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Académie Francis Poulenc à Tours : « La master-class mitraillette » de François Le Roux

 

Tours, 21 août 2014, par Flore Estang ——

Dans le cadre agréable du Conservatoire de Musique de la ville de Tours, se déroule du 20 au 30 août, pour la dix-huitième année consécutive, l'Académie Francis Poulenc. Vitrine du Centre international de la mélodie française, ce stage de haut niveau est présenté en ligne par son créateur, baryton François Le Roux :

Faire du séminaire d'interprétation de l'Académie Francis Poulenc une véritable référence dans le domaine très spécifique de l'interprétation de la mélodie française en proposant à des musiciens français et étrangers, professionnels ou en voie de professionnalisation, un stage unique dans sa forme et dans son fond.

Devenir un lieu de création de mélodies contemporaines et d'interprétation de mélodies composées par des musiciens vivants.

Faire découvrir au public français et étranger tous les aspects de cet art subtil qu'est la mélodie française, par une programmation variée de haut niveau, tant par les concerts et récitals que par les cours d'interprétation et les rencontres musicales et poétiques.

Renforcer les relations que l'Académie Francis Poulenc a nouées dès 1997 avec des institutions internationales telles la Sibelius Academy d'Helsinki et le Cleveland Institute of Music et les multiplier.

François Le Roux François Le Roux.

Les ambitions généreuses de l'artiste lyrique sont donc musicales, internationales, musicologiques et créatives. Le but semble atteint dès l'écoute de la première demi-journée de « stage » : dans le parc du Conservatoire, l'Académie commence, ce jeudi matin, par un entraînement corporel collectif, dans lequel professeurs, stagiaires et auditeurs se mêlent afin de travailler sur la confiance (par exemple avec le jeu consistant à se laisser tomber en arrière et rattrapé par le partenaire), et autres réveils corporels, par automassage et respiration : la routine pour les artistes de la voix. Puis, chaque tandem chanteur-pianiste interprète une mélodie (choisie parmi une liste limitée de pièces) devant l'ensemble des participants et des professeurs. Ceux-ci conseillent collectivement les interprètes avec bienveillance, chacun dans sa spécialité : après chaque interprétation, François Le Roux partage ses conceptions de prosodie et de signification ; Claudine Bensaïd, qui anima la veille d'une conférence sur Verlaine, complète l'approche littéraire et historique, rappelle le langage de l'analyse poétique, le sexe des rimes, embrassées ou croisées ; Jeff Cohen et Christian Ivaldi approfondissent la lecture de la partition et Anne-Marie Lardeau conseille pour la diction. Les deux spécialistes du travail corporel, méthode Alexander, Denise Firmin-Devine et Laurence Schifrine, sont attentives aux attitudes et aux mouvements des jeunes chanteurs qu'elles vont suivre individuellement, comme leurs collègues, pendant une dizaine de jours. Sans surprise, on conseille aux chanteurs de « dire le texte en rythme », de prolonger la dernière note d'une phrase, à l'instar d'un instrument à cordes, de quitter la note à regret, d'aller « au-delà de la technique ». Mais la conjugaison des multiples conseils croisés enrichit le public et l'interprète de maints détails précieux pour sa propre recherche d'interprétation. On peut être surpris de l'absence d'enregistreur, tant les moments partagés sont riches en apprentissages et la mémoire sélective et limitée. Repasser en boucle les conseils des formateurs permet sans doute de s'en imprégner plus rapidement. Indispensable, le texte des poèmes est présenté sur un tableau, mais un projecteur de la partition (power point ou autre rétroprojecteur) aurait pu également permettre à l'assemblée de suivre l'analyse précieuse des pédagogues.

Académie francis poulencLes stagiaires de l'Académie Francis Poulenc en 2014, avec au centre la soprano Clémentine Decouture et le pianiste Nicolas Chevereau, lauréats du Concours international de musique de chambre de Lyon en 2013. Photographie © Abdelkader Naji.

Issue d'une conception pédagogique réfléchie et d'une ouverture internationale de la part de François Le Roux, sa « master-class mitraillette » (expression revendiquée par son auteur),  développe l'idée de  travail collectif des pédagogues. Elle constitue, d'une part, un phénomène unique, à notre connaissance,  dans le fonctionnement des stages musicaux en France, et prouve, d'autre part, une cohésion rare du groupe des formateurs, partageant confiance et respect mutuel. Ceux-ci sont transmis aux jeunes chanteurs, pris en main par une équipe soudée et amicale. La plupart des formateurs sont là « depuis le début ».

Les jeunes « stagiaires » sont déjà, pour la plupart, de jeunes professionnels, parfois eux-mêmes enseignants, et viennent approfondir leur connaissance du répertoire de la mélodie française, avec courage, humilité et passion. On appréciera, entre autres, les voix bien projetées et puissantes des barytons (Fabrice Alibert,  soutenu par la puissance de l'expression pianistique de Jordi Soler i Olivella, dans une magistrale interprétation du Travail du peintre de Francis Poulenc ; Simon Dubois, également baryton, dans une excellente mise en musique du sonnet Printemps, de Verlaine, par Gérard Condé). La musicalité et la variété sont au rendez-vous et l'on se régale avec sept interprétations d'une même mélodie, parcours marathonien très difficile pour les interprètes qui entendent, avant leur tour, une interprétation différente d'une même partition.

Le stage se conclût Samedi 30 août à 20 h,  par un concert à l'Eglise de Noisay, village tourangeau dans lequel Poulenc acheta sa demeure, havre de paix privilégié ayant vu la naissance de nombreuses compositions. On peut s'étonner du nombre restreint d'auditeurs libres, lors de cette académie de haut niveau international, tant le contenu des demi-journées est riche et formateur pour tous les interprètes et enseignants s'intéressant à la mélodie française. Sans doute le coût du stage pour les auditeurs libres est-il dissuasif, mais la passion devrait aider à  ne pas trop compter.

Flore Estang
21 août 2014

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