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Concours international de chorales d'enfants

 

Dimanche 23 mars 2014, Ville d'Avray, par Flore Estang ——

 

Concours chorales d'enfantsL'Ensemble Vocal du Brabant Wallon (Belgique), direction Charlotte Messiaen Photographie © Jean Pirot.

Quatre nations étaient représentées pour le final du concours international de chorales d'enfants organisé à Ville d'Avray par Jean-Louis Petit, anciennement directeur du conservatoire de musique de la ville et compositeur. En ce dimanche pluvieux, le gymnase est rempli de familles attentives et passionnées. Les lauréats vont recevoir le premier prix du Conseil Général des Hauts-de-Seine, le prix de la la Commune de Ville d'Avray, également le prix du public. Les quatre chœurs d'enfants interprètent trois chœurs pour voix égales de Debussy (Nous n'avons plus de maisons), Roger Calmel (Liberté, sur le poème de Paul Éluard) et Jean-Louis Petit (Chanson à rêver ou Marguerite). Le public écoute, dans l'ordre, les chorales belge (Brabant Vallon), française (Saint-Germain-en-Laye), allemande (Düsseldorf),  et ukrainienne (Les Perles d'Odessa). Un piano droit accompagne les chanteurs : nous avons entendu quatre instruments différents. Suivant le pianiste (chaque chorale est accompagnée par son propre pianiste), le son est doux ou brutal, souple ou raide, voluptueux ou académique. Même le timbre est modifié ! Le pianiste ukrainien fait résonner l'instrument avec un toucher profond et un sens du phrasé expressif adapté aux polyphonies.

On ne dira pas assez le travail exemplaire, patient et acharné de ces enfants et de leur chef, qui ont monté ce programme en quelques mois pour un résultat très honorable pour tous. Les chœurs d'enfants, au-delà de la technique vocale, représentent chacun une culture particulière et la richesse de cette variété a séduit le public et le jury. Le chœur belge (une vingtaine d'enfants) est imprégné de musique sacrée, le timbre des enfants, sans vibrato, avec finesse et légèreté, rappelant les maîtrises des églises catholiques. Le troisième chant (Chanson à rêver) est l'occasion d'une mise en espace, plusieurs petits groupes évoluant comme dans une comédie musicale. Le résultat est frais, dynamique et musicalement convaincant. Les enfants prennent le risque des attaques pianissimo, qui charment un public d'église mais ne résonnent pas à leur juste valeur dans l'acoustique d'un gymnase.

La Maîtrise de Saint-Germain-en-Laye (France), direction Sandrine Carpentier.La Maîtrise de Saint-Germain-en-Laye (France), direction Sandrine Carpentier. Photographie © Jean Pirot.

Le chœur français, de Saint-Germain-en-Laye, est plus jeune, plus statique. Les voix insistent sur l'articulation, les dix-huit filles de l'ensemble, malgré leur jeune âge, ont une attitude très travaillée. Mais on peut regretter que l'ensemble représentant la France soit peu préparé pour la justesse des voix, le soutien et la technique vocale imposés à ce niveau de compétition. Le chœur allemand (une soixantaine de jeunes adolescentes) possède un sens de la polyphonie lié à leur culture musicale, les trois voix équilibrées sonnant comme un orgue ou un clavier, avec une maîtrise parfaite de l'instrument vocal, les nuances expressives bien amenées, le dosage équilibré. Avant de chanter Debussy, deux jeunes filles expriment, dans un très bon français, l'émotion qu'elles ont eu à « chanter ce choeur célèbre dans lequel les Allemands sont les méchants ». Ce moment est émouvant pour toute l'assistance.

« Les Perles d’Odessa » (Ukraine), direction Larysa Garbuz« Les Perles d'Odessa » (Ukraine), direction Larysa Garbuz. Photographie © Jean Pirot.

Les quarante jeunes chanteurs de la chorale ukrainienne entrent sur « scène » en costume d'apparat, coiffures fleuries et chemisier blanc des Balkans sous un costume rouge sans manches. La justesse de leur prestation est remarquable, le timbre un peu métallique et nasale, comme souvent dans les chorales de l'est, la voix ample et sonore, libérée et contrôlée à la fois.

Les quatre chœurs, arrivés en finale du concours,  ont montré une belle musicalité. Le public nombreux va voter : les Ukrainiens emportent la palme. Ce sont eux qui séduisent également le jury pour le premier prix, les Allemands emportant celui de la ville [« Clara Schumann Jugendchor » de Dusseldorf, direction Justine Wanat]

Les Français se passionnent-ils pour les concours de chorales ? Oh bonheur ineffable d'un public mélomane ! Mais non, bien sûr ! À la suite du concours, la chorale des écoles de Ville d'Avray, dirigée par la talentueuse Marie-Aude Menou, dumiste expérimentée recrutée par la ville pour le conservatoire et les écoles, présente son concert, d'où la présence nombreuse des parents dans le gymnase. La pièce de Jean-Louis Petit, sorte de court oratorio pour clarinette seule et chorale à voix égales s'intitule Claribolus et raconte l'histoire d'un personnage hors du commun, passionné de clarinette et vivant à Ville d'Avray.

Hommage à son ami soliste Dominique Vidal et aux enfants des écoles, le conte musical est interprété avec entrain. Les élèves des écoles primaires se succèdent au micro pour réciter, par cœur, leur texte vivant et humoristique. D. Vidal, virtuose de son instrument à anche, joue un contrepoint savant autour des mélodies chantées à une ou deux voix. Certaines chansons sont entonnées avec joie et entrain, lorsque les enfants ont compris la musique (dans une tonalité et une tessiture qui leur sont accessibles). D'autres pièces sont plus difficiles pour des chanteurs débutants. Le concert ravit petits et grands, en honneur de la musique chorale pour enfants, toujours susceptible de nous étonner.

Chorale des écoles de Ville d'Avray, dirigée par Marie-Aude Menou. Photographie © Jean Pirot.

Jean-Louis Petit annonce un prochain concours de chefs de chœurs pour 2015. Qu'on se le dise !

 

plume Flore Estang
27 mars 2014

Le concours était organisé par le Festival de Musique Française de Ville d'Avray en collaboration avec l'Association des Concerts, le Conservatoire, avec le soutien du Conseil Général, de la Commune, de la Communauté d'Agglomération, et partenariat avec la Confédération Musicale de France, sous le patronage de la Société Française des Chefs de Chœurs et des « Pueri Cantores ». Le Jury était composé de Francis Bardot, Catherine Lobet, Catherine Napoli, Gaël de Kerret, Daniel Navia et Françoise Hardulot. Les chœurs ont interprété des œuvres de Gabriel Fauré, Mel Bonis, Claude Debussy, Roger Calmel et Jean-Louis Petit.

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ISSN  2269-9910

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