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Déliravox : la voix dans tous ses états

 

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Paris, 4 avril 2014, Par Flore Estang ——

 

Le Théo-Théâtre, petit théâtre parisien dans le 15e arrondissement, est situé au fond d'une courte impasse. Il comprend deux salles de spectacle séparées… par la rue. Cette architecture originale et conviviale reçoit, jusqu'au 13 avril 2014, Déliravox, spectacle pour quatre chanteuses et un pianiste.

Elena Vassilieva, créatrice du quatuor féminin, est reconnue internationalement pour son répertoire vocal contemporain. Les récentes représentations de l'opéra Cœur de Chien d'Alexander Raskatof à l'Opéra de Lyon ont confirmé l'étendue de son talent. Virtuose des extrêmes, adepte de la prise de risque, la cantatrice montre, dans Déliravox, un nouvel aspect de sa personnalité complexe. Le quatuor vocal féminin pratique la haute voltige musicale, avec une technicité à toute épreuve. Les voix de soprano coloratur (Sophie Desmars), soprano dramatique (Elena Vassilieva), mezzo-soprano (Anne Le Coutour), et alto (Lara Bilger), se mêlent avec sensualité, tendresse ou violence.

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Le quadruple récital alterne des tubes et des créations moins connues. Du répertoire baroque (Monteverdi) aux créations contemporaines (une pièce vocale écrite spécialement pour le quatuor — Salve Regina d'Alexander Raskatof — en passant par Mozart (stupéfiante « Reine de la Nuit » de Sophie Desmars), Gluck (Trio final d'Orphée) et Bizet (« L'air des Cartes » de Carmen par Anne Le Coutour), le public voyage ravi dans une temporalité musicale mouvante et magistralement interprétée, survolant les mondes musicaux de Händel, Mozart, Schubert et Raskatof, dans des décors imaginaires d'asile, d'église, de théâtre de marionnettes ou de comédie musicale. L'ensemble est harmoniquement soutenu par Luc Benoît, pianiste et acteur, qui exprime avec talent les multiples facettes des relations, humaines et musicales, de son personnage avec les quatre femmes.

La palette complète des émotions est convoquée dans ce Four-Women Show. Les chanteuses sont aussi comédiennes, alternant les scènes drôles, jusqu'au grotesque, et émouvantes jusqu'aux larmes. L'autodérision, rare dans un spectacle lyrique, est convoquée jusqu'à l'absurde. La mise en scène magistrale de Lionel Erpelding construit la quadruple incarnation des personnages (L'ange, la folle, la rebelle et la mystique). Le régisseur, Manuel Leroueil, participe activement à la représentation, avec des jeux de lumière savoureux et efficaces : effets stroboscopiques, noirs et atmosphères inquiétantes sont utilisés avec brio.

Apparemment décousu et contrasté, le spectacle suit pourtant un fil rouge dramatique, maintenu par les personnages déjantés. La « scène de la folie » entre les deux sopranos est un des moments hallucinants : l'ange déchu et l'autiste créent, en quelques secondes, un monde terrifiant et fascinant. Elena Vassilieva a elle-même composé ce duo de suraigu expressionniste. Le trio de Gluck (Orphée, « Eurydice et l'Amour ») est mis en espace avec une poésie exquise. On rit beaucoup avec la scène rock'n'roll et blouson à clous. Toutes ces saynètes sont également des morceaux de bravoure. Seul bémol de la soirée, l'état du piano ne peut mettre en valeur la virtuosité du pianiste ni rivaliser de qualité acoustique avec les voix.

Deliravox, Théo Théâtre, 20 rue Théodore Deck, 75020 Paris, jusqu'au 13 avril. La salle est petite, il vaut mieux réserver : 01 45 57 92 74. Attention, le spectacle est à 19h30 le vendredi, 21h15 le samedi et 17h30 le dimanche !

 

plumeFlore Estang
4 avril 2014

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ISSN  2269-9910

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