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Dolorisme à la napolitaine
Mater Dolorosa

 

Ambronay, Abbatiale, 5 octobre 2013, par Frédéric Norac ——

 

Pour le dernier weekend du 34e festival d'Ambronay, Christophe Rousset nous avait  réservé une bien belle surprise, avec un très intéressant programme couvrant un demi-siècle de musique sacrée napolitaine. Après un « classique » Stabat Mater de Pergolèse suprêmement réalisé où la soprano espagnole Maria Espada faisait valoir un aigu d'une grande pureté et un superbe tempérament dramatique associé au beau mezzo chaleureux d'Ann Hallenberg, les Talens Lyriques donnaient — en première française ? — un étonnant Stabat Mater de Tommaso Traetta (1727-1779), dont le chef  avait déjà révélé l'Antigona en 2004.

Christophe RoussetChristophe Rousset. Photographie © CCR Ambronay, Bertrand Pichène.

L'œuvre, des années 1760, porte d'évidence l'influence du style de l'illustre prédécesseur  dont on retrouve la tendresse caressante de l'inspiration mélodique dès le premier mouvement et le même sens du théâtre dans les numéros destinés aux solistes, parmi lesquels un magnifique trio pour soprano, mezzo et basse. Mais l'œuvre est aussi marquée par des passages contrapuntiques et des séquence chorales  d'une grande rigueur d'écriture. Elles sont réalisées ici par un ensemble de huit solistes — deux par pupitres — où se retrouvent les deux voix du Pergolèse. La texture sonore diaphane dans lequel se fond l'ensemble vocal semble flotter au-dessus du son velouté des  cordes dans l'acoustique idéale de l'abbatiale. Sont mis ici en avant le soprano de Monica Piccinini à la voix plus claire, et le mezzo de Milena Storti, un timbre sombre et dramatique fait pour l'opéra, auxquels se joignent le ténor Emiliano Gonzalez Toro et Frédéric Caton pour les parties de basse.

À l'instrumentation des seules cordes de Pergolèse, Traetta ajoute deux hautbois qui colorent subtilement la texture orchestrale. L'alternance de style galant, de polyphonie austère et de dramatisme se révèle très prenant. On croirait déjà y entendre les prémices d'œuvres romantiques comme le Stabat Mater de Rossini qui utilisera lui aussi basse et ténor parmi ses solistes.

Un motet polyphonique « Judica me Deus » de Leonardo Leo d'une écriture très contrapuntique assure la transition entre les deux œuvres. En guise de bis à ce beau  programme, Christophe Rousset offrait à notre curiosité déjà bien aiguisée le « Quando corpus morietur » du Stabat Mater de Pasquale Cafaro (1715-1787), un élève de Leo à la Capella dei Turchini de Naples. Sans doute l'avant goût d'une nouvelle découverte, destinée, comme cette soirée de haute tenue, à nous surprendre et à nous éblouir.

 

plume Frédéric Norac

Le concert était capté par France Télévisions et peut être visionné sur Culturebox jusqu'en avril 2014

 

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