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Festival européen Jeunes talents : Un moment savoureux et intense

 

Paris, samedi 19 juillet 2014, par Flore Estang ——

Fondée par Laurent Bureau et parrainée, cette année, par Frédéric Ledéon, l'Association Jeunes Talents présente, pour la quatorzième année, le festival du même nom, du 6 au 26 juillet. Original et unique, l'ensemble des concerts se déroule dans le cadre prestigieux de l'Hôtel Soubise (60 rue des Franc-bourgeois à Paris) dont Laurent Bureau présente, avec verve et passion, l'historique exceptionnel au début de chaque concert : de Marie de lorraine, accueillant, dans son Hôtel de Guise, Marc Antoine Charpentier (dont la magnifique voix de haute-contre séduisit Louis XIV), à l'actuel Hôtel Soubise (merveilleux écrin à visiter) devenu, par un décret de Napoléon 1er, Archives Nationales, en passant par Gossec et ses Concerts spirituels, le Chevalier de Saint-Georges et Haydn, le public fasciné traverse le temps, réalisant la richesse musicale, culturelle et historique du lieu.

Même si l'on ne peut, en ce soir pluvieux, profiter des jardins pour ce spectacle unique (un concert nouveau et des artistes différents chaque soir, telle est la devise du festival), l'acoustique parfaite et le confort visuel (éclairage et disposition des sièges) atténuent grandement le regret du concert en plein air avorté.

Le répertoire baroque proposé par les deux jeunes interprètes se prête également à cette atmosphère feutrée et intime. De la Renaissance (Sermisy et son fameux Tant que vivrai) au siècle des Lumières avec Geminiani (1687-1762), la soprano au timbre clair (Jenny Högström) et le talentueux claveciniste (Joan Boronat-Sanz), virtuose de l'instrument et accompagnateur remarquable, présentent un panorama musical du répertoire associant voix et clavecin. Fabriqué spécialement pour le festival dès 2004, l'instrument décoré de rouge vif restitue fidèlement, sous les doigts souples et agiles de l'interprète, courant sur les deux claviers, le velouté discret du virginal (clavier supérieur joué seul) et celui plus métallique et sonore du clavecin de continuo. Comment exécuter des nuances avec un clavecin ? En superposant autant de notes que l'on veut pour un crescendo, en diminuant d'autant pour un decrescendo, en accélérant, la persistance de la note à l'écoute donnant l'impression d'augmentation de volume. Maître de l'illusion acoustique, Joan Boronat-Sanz donne de l'importance à l'expressivité de l'instrument, par les rubatos dérangeant la pulsation, la maîtrise parfaite de la technique et une écoute de grande qualité, tant à l'égard du clavier que de la voix chantée.

Les dix-huit courtes pièces interprétées ce soir font voyager le public à travers une partie de l'Europe du XVIe au XVIIIe siècle, de l'Allemagne (Nauwach) à l'Angleterre (Henry Purcell), en passant par les Pays-Bas (Sweelinck), l'Espagne (Carreira), l'Italie (Frescobaldi) et la France (Sermisy). Une incursion obligée et heureuse dans l'œuvre de Philippe Hersant respecte un autre principe du festival : chaque année, un compositeur est invité et chacun des concerts présente l'une de ses œuvres ; ce soir, nous entendrons Calliope (1985), petit bijou inspiré des musiques de la Grèce antique, dans lequel la voix soliste aux inflexions helléniques est ponctuée par un arpège obstiné du clavecin, qui ici remplace la harpe initialement prévue par le compositeur. Les dissonances de l'arpège sont perçues de plus en plus douces à chaque répétition du motif, qui évolue lui-même avec souplesse, se mêlant au chant psalmodié.

Les deux artistes égaient même leur récital de moments plaisants et originaux : le claveciniste interprète, par exemple, une courte pièce de John Mundy (1555-1735) qui varie les paramètres en fonction du climat décrit. Devant le public amusé, le musicien énonce, dans un français approximatif et coloré, les didascalies de la partition (« temps Kâlme, Orrrage »…). La cantatrice offre la pleine mesure de ses capacités vocales et musicales dans les deux pièces de John Eccles (1668-1735), qui demandent soutien, énergie et virtuosité lyrique. La voix claire est alors projetée, dans ce répertoire d'opéra propre à exprimer les passions les plus violentes (ici, Three Mad Songs). On regrettera que la soliste au talent prometteur ne se soit pas suffisamment détachée du pupitre, frontière toujours déstabilisante sur laquelle les chanteurs s'appuient, voire s'arqueboutent, telle une béquille.

Dans une volonté pédagogique, le festival propose, outre les concerts, des Répétitions publiques, des Introductions aux concerts et des Journées de découverte musicale.
www.jeunes-talents.org

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ISSN  2269-9910

Références / musicologie.org 2014

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Mardi 22 Juillet, 2014 0:51

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