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Indigestion ramiste (billet d'humeur)

Jean-Philippe Rameau

8 juin 2013, par l'ouvreuse du festival d'été ——

L'histoire avait quelque peu oublié Rameau jusqu'il y a un siècle. Saint-Saëns lui consacra bien des efforts pour le faire renaître, avec des motivations ambigües (l'opposer, plutôt que le confronter à Bach et à l'influence germanique dominante). L'explosion baroque et le travail musicologique en amont ont permis depuis de connaître toutes les facettes de son œuvre. Le 12 septembre sera commémoré le 250e anniversaire de la disparition du taciturne protégé de La Pouplinière.

C'est le propre de ces événements que d'entraîner de multiples indigestions liées à l'abondance des productions et des éloges dithyrambiques, académiques ou institutionnels aussi. C'est pourquoi l'envie m'a prise de faire entendre une voix discordante dans le concert unanime de louanges dont nous sommes les témoins.

Rameau illustre parfaitement les derniers feux, ou presque, d'une société monarchique vieillissante, sans projet autre que le statu quo, avide de jouissances éphémères, artificielle, superficielle, disparue sans réel héritier. L'opéra-comique, dont le rayonnement allait être incomparable, ne lui doit strictement rien. Berlioz est fils de Gluck et des musiciens de la Révolution.

Musique aimable, de pur divertissement, desservie le plus souvent par de mauvais livrets. Le sens dramatique de Lulli, sa puissance aussi se sont dissous avec le temps. Quelques belles pages dont la force expressive tient autant aux interprètes qu'à l'écriture. Grâces fardées, lourdeur, pesanteur prétentieuse, l'artifice, l'ornement futile en lieu de souffle. Les danses sont toujours une réussite, dans leur caractère affirmé, dans leur orchestration riche et variée.

Des schémas, des structures simples sinon simplistes, répétitives lassent rapidement. Usage d'une palette de stéréotypes dont on a fait rapidement le tour.

Cela suffit-il à justifier à hisser Jean-Philippe au Parnasse musical ?

Le bilan demeure maigre malgré l'abondance de la production. Le théoricien, évidemment, l'œuvre pour clavecin, les pièces en concert, motets et cantates, certes, mais la faiblesse dramatique d'ennuyeuses et d'interminables œuvres lyriques, où les belles pages sont quelques cerises sur un gâteau indigeste est manifeste.

À la fin d'un récent concert, ma voisine (la Comtesse) me confiait, taquine : « Chameau ! c'est riant… »*. Peut-être n'avait-elle pas tort, même si Platée n'était pas au programme.

L'ouvreuse du festival d'été
8 juin 2014

* Elle m'a ensuite abreuvée de contrepets non publiables dans ce cadre (Dardanus, Les Courses de Tempé, Linus… tout un programme).

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Dimanche 8 Juin, 2014 23:58

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