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Louis Landuyt
L'art du cantabile

l'art du cantabile

Par Eusebius

Landuyt Louis, L'art du cantabile, méthodologie de la résonance vocale libre. L'Harmattan, Paris 2012, [364 p. ; ISBN 978-2-336-29081-2 ; 37,50 €]

Baryton belge, l'auteur a fait carrière au Benelux et en Allemagne. Il a déjà publié à Berlin un ouvrage dont le titre n'est pas sans parenté avec l'esprit qui anime cet ouvrage : Vom Singen und der Kunst der Lebendigkeit [Du chant et de l'art de vivre].

Le livre ne saurait être considéré comme un traité, encore moins comme une méthode. Ce sont pour l'essentiel des considérations générales de nature psychologique qui débouchent sur la réflexion plus précisément technique, fruit de l'expérience de l'auteur.

Le problème est de s'y retrouver entre ces considérations psychologiques, supposées fonder l'art vocal, et les observations et conseils pertinents, avec lesquelles elles n'ont pas forcément de lien de causalité. Qu'il faille être bien dans son corps et dans son esprit pour bien chanter semble une évidence. Il en va de même de la relation confiante et valorisante entre le maître et l'élève. La place prépondérante est prise par la dimension psychologique du chant, qui doit concourir à la « résonance libre », elle-même au cœur des préoccupations du pédagogue.

S'ils ne sont pas rebutés par les cent premières pages, je doute que les praticiens du chant, étudiants, amateurs, professionnels et enseignants y trouvent leur miel. Il faut atteindre la page 180 pour — enfin — aborder le chant de façon réaliste, assorti de conseils clairs. Les pages les plus pertinentes se situent en effet dans les derniers chapitres, qui s'appuient, eux, sur l'expérience concrète du chanteur et du pédagogue.

L'auteur s'inscrit fréquemment à contre-courant de certaines idées reçues (le diaphragme, le vibrato, la mobilité du larynx, les résonateurs, la couleur, les passages…). La lecture de Tomatis et Cornut a été mise à profit. Il réfute naturellement un enseignement mécaniste du chant et rejette avec dégoût les exercices traditionnels (mais alors, comment s'exercer ?). Le livre comporte — heureusement — des observations judicieuses. Ainsi, l'esprit d'improvisation donne lieu à une réflexion intéressante. Il en va de même de l'expérience théâtrale et de l'expression corporelle

La conduite de la voix chantée ou l'art du cantabile est abordé… à la septième partie, après plus de 300 pages d'un intérêt très relatif.

Les références superficielles à l'évolution de la pédagogie du chant depuis le xviiie siècle trahissent de réelles lacunes. Des anecdotes ne suffisent pas. Les références quasi exclusives aux pédagogues germaniques et italiens gênent le lecteur français, tant le cloisonnement culturel semble rigide. On a peine à imaginer que les conceptions de l'auteur correspondent à la démarche privilégiée Outre-Rhin.

L'auteur aurait certainement gagné à s'enrichir de références aux techniques vocales de musiques extra-européennes, et à celles des traditions européennes, particulièrement des Balkans. Ce n'est que de façon ponctuelle que cette question est abordée. Ainsi, à propos du vibrato, l'auteur ignore le chant traditionnel et ses caractéristiques d'émission. Comme si le chant « classique » était né avec l'homme… Mais il est également vrai que le chant contemporain, et les techniques qu'il a sollicitées et développées, ne l'intéressent que pour les réfuter.

N'aurait-il pas gagné, aussi, à élaguer les fastidieuses considérations générales, assorties de truismes, qui n'éclairent pas, d'autant que le style rend la lecture particulièrement fastidieuse ? L'expression prétentieuse est confuse, la syntaxe artificielle, sans doute liée à l'origine non-francophone de l'auteur. La langue est laborieuse, manifestement pensée en flamand (ou en allemand). Combien il aurait été aisé d'exprimer clairement, et de façon concise… « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement… », comme l'écrit l'auteur, citant Boileau, mais n'en prenant pas toute la leçon.

Une importante bibliographie, germanique pour l'essentiel, où — singulièrement — n'apparaissent pas certaines références que l'on croyait incontournables.

L'homme et le chanteur valent certainement mieux que cet ouvrage. Pour notre part nous en resterons à Miller et Rondeleux.

 

Eusebius
février 2013.

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28 février 2013

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