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L'Italie de Chopin et de George Sand : Nohant Festival Chopin

 

Jeudi 6 mars 2014, Salle Cortot à Paris, par Flore Estang ——

Paris se souvenait de Nohant jeudi dernier, avec une journée exceptionnelle placée sous le signe de l'amitié et du piano de Chopin (emprunté à Nohant pour l'occasion et présent sur la scène de la salle Cortot). Dans la propriété de George Sand, Frédéric Chopin a composé une partie de ses plus belles pièces, l'été, de 1839 à 1846.

Les personnalités présentes en cette douce fin d'après-midi, avant le concert du soir, sont rayonnantes et heureuses de partager, comme entre amis, les retrouvailles d'une célébration devenue rituel : chaque été, depuis 48 ans, le public est accueilli à Nohant pour un festival Chopin qui se décline en concerts, promenades musicales, conférences et échanges musicaux et amicaux.

Brigitte Fosset, Marie-Christine Barrault, les deux phares féminins de cette soirée, expliquent leur bonheur partagé dans le souvenir, la musique et l'émotion. Elles seront toutes deux récitantes du concert, ce soir, lisant George Sand, Brigitte avec le piano de Chopin, Marie-Christine faisant partager avec bonheur l'humour sandien dans ses analyses de musiques berrichonnes, suivies des dites musiques pour le plus grand plaisir amusé du public parisien (dont la moyenne d'âge était encore largement avancée).

D'autres personnalités sont congratulées pour leur contribution au festival : le célèbre Alain Duault — qui, interrogé et remercié, me répond en substance : « mais tout le monde doit en faire autant, la musique doit rayonner, doit être partout » —, les acteurs Jean Piat et Francis Huster, le pianiste Aldo Ciccolini, Gonzague Saint Bris et Sonia Rykiel.

L'après-midi, la musique de Chopin alterne avec les discours et, dans une ambiance bonne enfant, le jeune pianiste Nima Sarkecik joue une courte pièce. Aussi remarquable en récital qu'en improvisation, le pianiste fabrique une couleur de son issue d'un toucher, d'une pensée, d'une écoute au service exclusif de la musique qu'il interprète ou invente. Avec ses improvisations pianistiques, le public est plongé dans un univers oriental, dans lesquelles le piano sonne comme in sitar ou un luth (oud), et l'oreille de l'auditeur entend un mode non tempéré, malgré les hauteurs de sons imposés par l'instrument. L'artiste combine le mode mineur, la rythmique et la dynamique du genre oriental. Le piano sonne comme un orchestre de cordes pincées.

Dans la salle Cortot, célèbre pour son acoustique et ses architectes — les frères Perret, créateurs du Théâtre des Champs-Élysées et de la cathédrale du Havre, merveille de transformation du béton en objet artistique et spirituel —, Nima Sarkecik joue avec cette acoustique et le son chaud et moelleux de l'instrument tourbillonne dans Chopin, virevolte et fait mouche. L'émotion est directe, intacte, époustouflante ; le pianiste réinvente la mélodie, modifie le tempo mille fois respecté par les plus grands. Qu'importe, la musique respire, s'étire puis s'élance, les courbes mélodiques caressent et attirent. Ce fut un court mais grand moment musical.

Les nombreux artistes du concert du soir, tous remarquables, n'ont pas eu la chance de rester sur scène assez longtemps pour s'habituer à son l'acoustique particulière (très peu d'écho, pour les voix cela complique l'émission) et au toucher du Steinway. Il est très difficile de venir chanter trois minutes et de repartir sans avoir eu le temps de donner, de s'ouvrir, de se lâcher. C'est pourquoi les récitals sont souvent meilleurs à la fin, même pour plus grands. Bruno Riguto fait une courte et sage apparition, les interprètes alternent leurs entrées et défilent, comme dans un concours. Les pièces s'enchaînent avec les contrastes les plus grands (une polonaise au violon de Wieniawski — contemporain du compositeur, qui n'a pas écrit pour cet instrument soliste — est précédée d'un mouvement lent de sonate pour violoncelle et suivi par une bourrée des Gâs du Berry. Programme éclectique donc, à l'image de George Sand, romancière et musicienne, qui dans l'amour, l'amitié, la littérature et la musique, a ouvert sa maison et sa générosité aux plus grands artistes de son temps, de Delacroix à Liszt.

Le festival Chopin, présidé par le polyvalent Yves Henry — ce soir, pianiste, accompagnateur et présentateur — est organisé par Musique au Pays de George Sand, en juin-juillet 2014. Un rendez-vous estival à ne pas manquer.

http://www.festivalnohant.com

 

plume Flore Estang
6 mars 2014

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ISSN  2269-9910

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