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« La Scala di Seta » de Rossini : Une merveille d'humour et de fraîcheur

 

Théâtre des Champs-Élysées, par Flore Estang ——

La musique peut-elle exprimer de l'humour ? Rossini nous le prouve dès l'ouverture de ce bijou lyrique qu'est La Scala di Seta (L'échelle de soie), « Farce comique en un acte » de quatre-vingt-dix minutes, remarquablement interprétée ce soir en « version concert ». Le public hilare reçoit d'emblée l'alternance des traits des vents et des cordes, dont l'énergie joyeuse nous prépare à un spectacle vivant et drôle, léger et émouvant. Les acteurs-chanteurs affublés de pupitres et partitions, clin d'œil permanent au compositeur – car ils connaissent tous leur rôle par cœur – occupent l'espace du plateau du Théâtre des Champs-Élysées, parmi les musiciens de l'orchestre qui leur servent de décor. Maints gags de scènes sont exploités avec brio, comme le ténor amoureux qui se cache derrière les violons, le baryton-basse qui fait tomber les partitions du claveciniste à chaque coup donné sur l'instrument, le chef d'orchestre entre dans le jeu, une suite ininterrompue de clins d'œil truculents, de vocalises époustouflantes. Cette œuvre plaisante est traitée avec une intention de réel bonheur partagé, même si les clichés et les références simples s'enchaînent, on est au Boulevard et on s'amuse follement !

Irina DubrovskayaIrina Dubrovskaya.

Par une direction énergique et précise, le maestro met en valeur l'orchestration d'un Rossini en pleine verve. La partition et le livret rappelant parfois le Mariage de Figaro, on retrouve les personnages vocaux de Figaro et du Comte dans ceux du valet et du soupirant, Rosine devenant Giulia au timbre plus clair. Sorte de vaudeville léger et charmant, le livret est soutenu par la musique du génial compositeur, alternant comme il se doit récitatifs et airs, duos et ensembles à l'instar du divin Mozart. Aucune seconde de musique ou de jeu théâtral n'est laissée à l'abandon par la jeune troupe de chanteurs virtuoses italiens et slaves, redoublant de gags en tous genres. Les conventions des airs sont oubliées tant les qualités vocales et scéniques des chanteurs sont exploitées. Eux-mêmes mis à contribution pour le jeu théâtral, chef et claveciniste, tous deux de grand talent, allient une vitalité explosive et une grande rigueur d'interprétation, avec l'Orchestre de l'Île-de-France surpassé dans son expressivité où rien n'est laissé au hasard. Alliant qualité vocale, musicale et virtuose, les chanteurs vedettes, ténor et soprano léger, ont déroulé les vocalises rossiniennes à un haut degré de perfection, salués avec raison par les ovations du public éberlué. On cherchera en vain le nom du metteur en espace dans le programme, ils ont tout réglé seuls ! Un concert-spectacle de très grande qualité qui interroge sur la rareté de cette œuvre dans nos salles de spectacle lyrique. Qu'on se le dise !

Enrique Mazolla Enrique Mazolla. Photographie © Martin Signund.

 

La Scala di seta
Gioachino Rossini
Farce comique en un acte (1820)
Livret de Giuseppe Maria Foppa

Direction : Enrique Mazzola
Giulia : Irina Dubrovskaya
Dorvil : Bogdan Milhai
Germano : Christian Senn
Blansac : Rodion Pogossov
Lucilla : Carine Séchaye
Dormont : Enrico Casari

Orchestre national d'Île-de-France
Continuo et chef de chant : Alessandro Amoretti
Production Théâtre des Champs-Élysées

Concert en italien, surtitré en français

 

Flore Estang
13 juin 2014

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