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La Favorite bis repetita. Théâtre des Champs Elysées

 

18 décembre 2013, par Frédéric Norac ——

 

Session de rattrapage en quelque sorte pour cette Favorite dont le Théâtre des Champs-Élysées avait présenté la saison dernière une mise en scène erratique  et décalée.

La Favorite

Cette version de concert  nous arrive de Monte-Carlo et, comme elle a déjà été saluée ici même par Jean-Luc Vannier, nous n'aurons pas  besoin de surenchérir sur ses éloges. À l'instar de notre collègue, disons combien la performance de Juan Diego Florez nous a impressionné. D'une vaillance à toute épreuve, mais jamais complaisante ou ostentatoire, son émission n'hypothèque pas  la beauté du phrasé et une ligne de chant merveilleusement conduite dans les aspects lyriques du rôle. Ses deux grands airs « Un ange, une femme inconnue » et surtout « Ange si pur », au début de l'acte III, lui valent un triomphe qu'il reçoit avec une totale simplicité et un naturel bon enfant. Si l'on ajoute à ses qualités vocales et à sa  musicalité impeccable, une articulation française d'une clarté exemplaire, on comprend qu'il fasse délirer la salle. Le ténor léger des années 90 a désormais acquis une largeur et une puissance de projection qui lui permettent d'aborder les rôles romantiques — non seulement ceux de Rubini et de Nourrit mais également ceux plus héroïques de Duprez, l'inventeur de l'ut de poitrine — comme l'avait déjà prouvé son Arnold de Guillaume Tell cet été au festival Rossini de Pesaro . Dans le rôle-titre, Béatrice Uria Monzon a bien du mal à se placer au même niveau d'excellence et le public le lui fait quelque peu sentir aux saluts finals. C'est un peu injuste. Certes la véhémence de son émission, si elle traduit bien le caractère passionné de son personnage, oblitère toute tentative de prononciation un peu intelligible, mais son beau timbre fauve, sa facilité dans l'aigu sont ceux que l'on attend dans ce rôle de Falcon. Quelques limites dans le grave ne sont pas rédhibitoires mais laissent penser que la chanteuse est finalement plutôt un soprano au timbre sombre qu'un authentique mezzo-contralto. L'autre grand triomphateur de la soirée reste le baryton Jean-François Lapointe dans le rôle d'Alphonse XI. Timbre velouté, phrasé d'une grande élégance, facilité dans l'aigu et autorité naturelle jamais appuyée font de chacune de ses apparitions un grand moment de bel canto. En Balthasar, Nicolas Cavalier manque sans doute un peu de charisme et de profondeur de timbre  mais il ne démérite pas et impose une présence de grande dignité. Dans le rôle secondaire mais très exposé de Don Gaspar, Alain Gabriel ne renouvelle pas la performance de Loïc Felix en février dernier et semble même souvent à la limite de la justesse dans une tessiture tendue pour lui. Dans un ensemble globalement très idiomatique, une pointe d'accent exotique décelable chez les choeurs de l'Opéra de Monte Carlo dominés par les voix italiennes  ne compromet pas la qualité de leur prestation.

La direction efficace de Jacques Lacombe ne fait pas toujours dans la nuance. Avec l'orchestre sur le plateau, on attendrait parfois un peu plus de modération et quelques raffinements dans la dynamique. C'est singulièrement la parenté de l'œuvre avec le grand opéra à la Meyerbeer que le chef révèle dans les deux premiers actes mais les prémisses des grands Verdi comme la Force du destin dans les deux suivants restent ce qu'elle offre de plus captivant. Cette partition inégale ne devient vraiment convaincante que lorsque le compositeur rejoint les sphères du drame intime passionnel qui lui sont nettement plus congéniales.  

 

plume Frédéric Norac
18 décembre 2013

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