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La Grande Duchesse fait la deuxième revue auprès de son armée

 

La Grande Duchesse. Photographie © Claire Besse.

Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet, Paris, 29 décembre 2014, par strapontin au Paradis –—

Cela fait plus de dix ans que la Compagnie Les Brigands, spécialisée ès opéra-comique et opérette français, présente son spectacle de fin d'année au Théâtre de l'Athénée. Pour 2014, ils présentent pour la deuxième année consécutive La Grande Duchesse, une adaptation de La Grande Duchesse de Gérolstein d'Offenbach.

Lors de la présentation de la saison, par Patrice Martinet, le directeur du théâtre, quelques « fans » qui attendaient avec impatience une nouvelle création — comme ce fut toujours le cas — ont manifesté leur mécontentement pour cette seconde programmation de cette même pièce. Mais prenons la chose plus positivement : chouette ! Quel plaisir de pouvoir assister à cette adaptation délicieuse une deuxième fois !

En effet, tout y est fait pour le rire, à commencer par les personnages : la Grande Duchesse littéralement décoiffée (cheveux oranges en bataille !), au caractère léger, au comportement insaisissable (elle tombe d esuite amoureuse d'un simple soldat, Fritz, franchement pas remarquable, mais aussi d'un diplomate de haut vol, le baron Grog, beau et intelligent) ; un prince, Paul, prétendant de la souveraine, enfantin et ringard ; le général Boum suffisant et idiot ; le baron Puck sournois mais comique.

La mise en scène et la direction des chanteurs insistent délibérément sur ces caractères, jusqu'à la limite du ridicule. Mais le génie de Philippe Béziat consiste dans le fait que rien ne tombe dans la vulgarité. Tout est question d'un bon dosage : même les gestes du général Boum faisant allusion à sa libido débordante, même la substitution de Wanda par un autre soldat gay, en relation intime avec Fritz, ainsi que leur baiser franc au début du spectacle, s'arrêtent avant que cela ne devienne trop.

La Grande duchesse. Photographie © Manuel Vidal.

Béziat a par ailleurs la bonne idée d'intégrer un petit ensemble de neuf musiciens sur scène, en les faisant jouer de temps à autre avec les chanteurs ou en les cachant derrière les décors. Cela remplit ou désemplit efficacement le petit espace planché de l'Athénée, au rythme — entrainant — de l'histoire raccourcie.

C'est aussi le cas pour les accessoires, réalisés essentiellement à partir de caisses en bois à usages multiples selon les nécessités. Cette mise en scène, en parfaite phase avec la musique et le dialogue, n'aurait pas été possible sans collaboration étroite avec le chef Christophe Grapperon et surtout avec Thibault Perrine, dont il faut louer le merveilleux travail de réduction de la partition et de l'orchestration.

À quoi s'ajoutent les costumes, pour lesquels le vert foncé donne cohérence : pantalon des soldats, redingote du baron Puck, boléro façon militaire de la Grande Duchesse… Ce vert a-t-il une signification ? Sans parler du maillot-justaucorps des soldats avec des dessins très fantaisistes façon tatouage.

Isabelle Druet, La Grande Duchesse de cette version, s'éclate véritablement dans ce rôle, jouant sur la sensualité. On connaissait déjà ses qualités d'actrice et de cantatrice (et aussi le talent de danseuse), qui se fondent dans la même perfection, ce qui est extrêmement rare.

François Rougier, alias Fritz, exprime fort bien le côté bébête du personnage, en faisant merveilleusement correspondre sa voix « de tête » à ce caractère. Idem pour Olivier Hernandez qui joue le prince Paul (belle voix de ténor) et Antoine Philippot, le général Boum (il explore son timbre de baryton au service de la puissance autoritaire, mais illusoire). Dans le rôle du baron Puck, Arnaud Marzorati est plus qu'excellent, sa malignité est visible et audible dans tout son être, à travers ses regards, ses grimaces et sa voix, mais aussi dans ses cheveux grisâtres sur les tempes, les sourcils dressés vers le haut et une riche barde ! Son talent d'acteur est particulièrement apprécié. La froideur du baron Grog, qui était en réalité une femme (dans cette version, bien sûr), est irrésistible. Tous ces chanteurs principaux mais aussi les deux soldats (Guillaume Paire et David Ghilardi) ont une diction parfaite, en chanté aussi bien qu'en parlé, élément indispensable pour ce genre de répertoire mais qu'on a tendance à trop souvent dnégliger.

 

Direction musicale : Christophe Grapperon, Mise en scène Philippe Béziat, Compagnie Les Brigands. Le spectacle se joue jusqu'au 10 janvier (les 3, 4, 6, 7, 9, 10 janvier), puis la troupe part en tournée en janvier et février, ensuite en avril.

Strapontin au Paradis
29 décembre 2014

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