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La nouvelle Anna Netrebko

 

anna netrebkoAnna Netrebko. Photographie © Kristian Schuller / Deutsche Grammophon.

Les Grandes Voix, Théâtre des Champs Elysées, 12 juillet 2014, Par Frédéric Norac ——

Avec Anna Netrebko, la notion de « grande voix » n'est certes pas un vain mot. Le lyrique léger du début des années 2000 s'est épanoui dans un grand lyrique à l'aigu souple et brillant et au medium pulpeux, comme le laisse entendre l'« Air du Trouvère » qui ouvre ce concert. Alors que le cantabile semblait encore bien mal assuré en termes de ligne la « Cabalette » est d'une maîtrise éblouissante car, si la voix est large, elle met un moment à se chauffer comme ce sera le cas également en deuxième partie de programme. Toutefois, le grave manque un peu de profondeur pour « La luce langue » de Lady Macbeth dont la tessiture intermédiaire relève quasiment du Falcon sinon d'un véritable mezzo.

Du reste, le problème majeur de ces trois Verdi ne réside pas tant dans la question des moyens bien réels de la cantatrice que dans une certaine uniformité d'expression, de Leonora à Desdemone en passant par Lady Macbeth.

Il n'en va pas de même avec la partie « vériste » du programme où la chanteuse semble avoir trouvé un nouveau registre qui lui permet de dépasser la simple beauté sonore, pour accéder à une caractérisation très approfondie. Le sommet de la soirée sera finalement cette « Mamma morta » d'Andrea Chénier d'anthologie où passe le souvenir d'une Callas, dans cette façon de donner son poids juste à chaque mot et à s'investir pleinement, qui lui vaut un triomphe absolu.

Sa Manon Lescaut, celle de « In quelle trine morbide » aussi sensuelle que pathétique ou du duo de l'acte II, lui convient à merveille à ce stade de son développement vocal et donne à comprendre le triomphe que lui a valu son incarnation du rôle à Rome en mars dernier sous la direction de Riccardo Muti. Malheureusement, Riccardo Massi, le ténor qui la soutient dans les duos, malgré un curriculum flamboyant, avec une ligne problématique et une voix en arrière qui peine à passer la barrière de l'orchestre nourri du dernier Verdi ou de Puccini, paraît à peine plus qu'une simple réplique, si ce n'est même un faire-valoir, dans des rôles (Othello et Des Grieux) bien trop lourds pour lui. Pour conclure en beauté, la soprano régale ses fans en délire d'un unique bis, le sublime « Hymne à la lune » de Russalka où la couleur argentine de son timbre et la subtilité de son registre aigu font merveille. Massimo Zanetti tire le meilleur possible de l'Orchestre philharmonique Janáček d'Ostrava, une phalange spécialisée dans l'accompagnement des concerts lyriques — notamment dans deux extraits du ballet du Macbeth (version parisienne) et dans l'intermezzo du deuxième acte de Manon Lescaut.

Des fleurs bien sûr et une standing ovation pour une diva pur jus que l'on aimerait réentendre à Paris dans un rôle à sa mesure car pour l'instant, à part les quatre derniers Lieder en mai 2015 et un concert lyrique au Château de Versailles en juillet, rien a l'horizon en matière d'opéra sur nos scènes.

 

plume Frédéric Norac
12 juillet 2014

 

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Samedi 9 Août, 2014 11:20

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