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Les errances de Jérémie Rhorer et du Cercle de l'harmonie : « Fidelio »

 

Théâtre des Champs-Élysées, 14 juin 2014, par Frédéric Norac ——

Jérémie RhorerJérémie Rhorer. Photographie © Yannick Coupannec.

Le Beethoven de Jérémie Rhorer est bruyant, approximatif et pressé. Dès l'ouverture, les cors commencent à détonner, bientôt rejoints par l'ensemble de la petite harmonie, et l'on se demande tout au long de la soirée si l'orchestre a seulement eu le temps de se préparer, tant l'ensemble paraît calamiteux. Les tempi sont si rapides que le premier acte est expédié en 1h10 quasiment sans respiration, n'était la (trop) brève éclaircie du chœur des prisonniers rendus à la lumière qui ouvre le premier finale. Enfin, pour faire bonne mesure le chef semble ne connaître que deux nuances dynamiques forte et fortissimo, et s'y cantonne pratiquement en permanence, sauf quand il se voit obligé, au deuxième acte, de se mettre à genoux pour implorer son orchestre emballé de se calmer un peu. Tout cela ensemble, poussé aux limites de l'insupportable, débouche sur une cacophonie quasi permanente où les solistes sont noyés dans une masse informe et assourdissante.

Sophie KarthäuserSophie Kathäuser. Photographie © Alvaro Yanez.

Ne parlons même pas des dialogues que d'évidence les chanteurs n'ont pas préparés et qu'ils ânonnent la plupart du temps ou semblent encore déchiffrer. Dans ces conditions pourquoi ne pas les avoir supprimés et s'être contenté des numéros musicaux ? Quelques rares moments du deuxième acte comme le prélude de l'air de Florestan ou l'introduction de la scène de la prison, arrivent à échapper à ce qui ressemble un massacre systématique et concerté, car à n'en pas douter, cette lecture sommaire est un parti pris interprétatif du chef qui y voit sûrement l'expression ultime du génie beethovénien et du romantisme naissant.

Peu aidés par cette conception brutale et sans nuances, les solistes paraissent pour la plupart dépassés par leurs rôles ou sur-distribués. Commençons par la Léonore, terriblement limitée dans l'aigu et poussive de Malyn Byström qui ne trouve un peu de puissance que dans les scènes dramatiques du deuxième acte. Le Florestan de Joseph Kaiser doit encore mûrir pour un rôle dont il n'a pas tout à fait la carrure et dont il n'offre encore qu'un brouillon. La voix est certes intrinsèquement belle, mais trop lyrique et insuffisamment charpentée. En Marzelline, Sophie Karthäuser tire son épingle du jeu dans son petit air de l'acte I mais peine partout ailleurs à s'imposer. Passons sur un Jaquino à la voix étroite et nasale qui ferait à peine l'affaire pour un Monostatos et que n'a pas de mal à éclipser le coryphée ténor de la scène des prisonniers. Seuls, le Rocco de Robert Gleadow, superbe basse chantante, au demeurant peu de l'esprit de son personnage qui est plutôt d'origine bouffe et pour lequel le chanteur paraît bien trop noble et autoritaire, et, dans une moindre mesure, le Pizzaro d'Andrew Foster-Williams, bien chantant mais sans la noirceur et le caractère aristocratique, semblent à la hauteur de l'enjeu. Reste au final à saluer la prestation superlative du chœur « Les Éléments », magnifiquement préparés, eux, par Joël Suhubiette et à souhaiter que ce concert catastrophique ne soit qu'un errement passager dans un parcours jusqu'ici plutôt intéressant et plus qu'honorable.

Concert enregistré et diffusé par France Musique le 29 juillet à 20h

Robert GleadowRobert Gleadow. Photographie © Keith Penner.

 

plume Frédéric Norac
14 juin 2014

 

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Mardi 17 Juin, 2014 1:31

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