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Les symphonies du Nouveau Monde : la musique aux États-Unis

Les symphonies du nouveau monde

Southon Nicolas, Les Symphonies du Nouveau Monde: la musique aux État-Unis. Fayard/Mirare Paris 2014 [184 p. ; ISBN 978-2-213-6810- ; 15.00 €]

Par Jean-Marc Warszawski ——

Il semble que pour l'auteur le Nouveau Monde soit vraiment l'Amérique du rêve dit américain, la Nouvelle Éden comme aimaient le rêver les premiers colons ayant fait leur traversée de la Mer rouge. C'est pourquoi son histoire de la musique américaine commence avec « les premiers pionniers » d'Amérique du Nord dès le milieu du xvie siècle, et non avec les populations autochtones pour lesquelles le rêve des nouveaux venus fut cauchemar et génocide. L'histoire des Amériques commence avec la colonisation.

Le sujet n'est pas facile, il échappe aux habitudes historicistes du vieux monde établies sur la longue durée de traditions (réelles ou fantasmagoriques). C'est d'ailleurs l'angle d'attaque de l'auteur, celle de l'introduction des musiques savantes européennes notamment par les pacificateurs religieux, plus tard par l'immigration des musiciens (et encore plus tard, ceux qui fuient le nazisme), levain d'inspirations nouvelles et originales, en déjouant nos habitudes de classifications restrictives

Très à l'aise dans son sujet, Nicolas Southon dresse donc en moins de 200 pages claires, une fresque de solide érudition argumentée et assumée. D'une écriture agréable, cet ouvrage se lit d'un coup de bout en bout.

Mais le format de la collection Fayard/Mirare, comme on le retrouve dans les autres ouvrages de ce type, impose aux auteurs une marche forcée (le maximum d'informations factuelles dans un minimum de pages), et à une exposition de type positiviste, avec laquelle on peut penser faire de l'histoire dès lors qu'on choisit judicieusement l'avalanche des noms et des dates qui se succèdent. Dans cet exercice, les auteurs on peu de place pour avancer (il est exclu de les développer, il faudrait alors doubler ou tripler le nombre de pages) des problématiques personnelles pour le bien commun.

Même si l'auteur arrive ici et là à faire respirer son texte par des ouvertures explicatives, à l'occasion de faits de société ou de compositeurs qu'il apprécie particulièrement, nous restons souvent sur notre faim.

Il aurait fallu plus de place pour opposer à la continuation des traditions européennes, la volonté des nouveaux colons à rompre avec l'Europe et ses villes corrompues, opposition revivifiée dès le milieu du xixe siècle, dans le mythe pastoral du bon fermier travailleur, par l'immigration et l'urbanisation massives. Et de suite donner plus d'importance à un compositeur comme Charles Ives, explorateur magistral de l'atonalité bien avant Schönberg.

À ce propos, on peut être étonné qu'Harry Partch soit demeuré un quasi-inconnu, alors que ses expériences auraient dû en faire une vedette planétaire dans les années 1970. Peut être l'inspiration indienne de ses mélopées, qu'il a connues dans sa jeunesse et dans ses vagabondages, paraissait-elle trop indécente ?

Bien que l'idée de musique afro-américaine (concept qu'il faudrait peut-être plutôt étudier dans l'Afrique d'aujourd'hui), soit bien ancrée dans nos représentations, elle devrait être discutable. L'Afrique n'est pas un pays. Les esclaves qui sont débarqués proviennent de tribus et de cultures différentes, ne parlent pas la même langue. La langue et la religion de leurs maîtres et le travail forcé ont été les conditions d'une sociabilité originale. Le gospel est certainement plus proche de la musique country que d'une hypothétique Afrique, tout comme le blues, chant des usines, des villes et des cafés ouvriers, dont on trouve une continuation savante chez des compositeurs engagés comme Frederic Rzewski.

Bien entendu, avec Georg Gershwing ou Leonard Benstein, Broadway, la musique de film, Nicolas Southon aborde le cousinage des musiques populaires et savantes. Ici encore, la question passionnante de cette confrontation si heureusement productives aux État-Unis est étouffée par le format éditorial, comme d'ailleurs la force des contradictions qui traverse ce pays colossal, inégalitaire, individualiste, raciste, guerrier, impitoyable, et qui pourtant fait toujours rêver. Certainement par nécessité.

 

Jean-Marc Warszawski
13 juin 2014

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