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De nombreux mobiles peuvent pousser
à s'intéresser aux petits maîtres
de musique du passé. Encore que « petits
maîtres » soit une mauvaise expression,
car elle est essentiellement, une construction de la
mémoire collective, elle ne dit pas grand-chose
des œuvres, et de l'histoire. Elle n'est elle-même
pas l'évidence qu'elle semble nommer.
La confusion entre l'histoire qui
est l'étude de notre passé, et la mémoire
collective qui est un miroir de ce que nous sommes là,
fait aussi, que les nombreux mobiles qui poussent à
s'intéresser au passé, soient souvent
de mauvais conseillers, voire des prémices biaisées.
Par définition, la mémoire
collective n'est pas amendable, et elle n'est pas un
vecteur assuré de connaissance du passé.
Il est donc nécessaire de faire de l'histoire
si on veut donner un sens aux traces et témoignages
hérités du passé, qui peuplent
notre présent (mémoire collective comprise).
Certes, ce livre composé à
quatre mains et deux registres peut être envisagé
comme une sorte de réparation de ce qu'on appelle,
imprudemment, un « oubli » ou une «
injustice » de l'histoire. Mais il n'est pas un
travail mémorialiste et vise bien l'histoire,
même s'il paraît, comme un monument de mémoire,
pour le 150e anniversaire de la mort d'Alexandre
Boëly.
D'ailleurs, la première partie
de biographie générale, a comme un fil
conducteur, la recherche de ce qui provoque l'incapacité
de Boëly à accéder à une notoriété
suffisante pour imprégner la mémoire collective
— événements politiques, les institutions,
le caractère, pas toujours facile, du compositeur
—, malgré une œuvre considérable, et la
réputation qu'il a d'être un virtuose inégalé
(mais les organistes et pianistes tombent nécessairement
sur des pages de Boëly).
La seconde partie s'attache au quotidien
musical du musicien et à ses œuvres. Éric
Lebrun est à son affaire, puisqu'il joue l'œuvre
pour orgue de Boëly, et qu'il a donné et
donne encore, à l'occasion du 150e anniversaire,
de nombreux concerts. Il a, par ailleurs, enregistré
avec Marie-Ange Lebrun, une intégrale de l'œuvre
pour orgue ( Disques Bayard ).
La musique de Boëly, inspirée
par l'œuvre de Jean-Sébastien Bach, de facture
classique, a des traits, des manières, qui font
penser au romantisme allemand. Ce qu'on peut dire aussi,
en partie, de la musique d'Hélène de Montgeroult,
qui fut certainement, sous la Convention, sa professeure
de piano, au tout nouveau Conservatoire de Paris.
Cela est passionnant, car ces musiques,
qu'on juge en partie passéistes, indéfinissables,
avec des manières qui font penser à Mendelssohn,
Schuman ou Schubert (et du coup c'est de l'audace),
ne semblent pas être des singularités curieuses
perdues dans le courant de l'histoire. Elles ne sont
ni en retard, ni en avance sur leur temps ( comment
cela serait-il possible ? ), elles sont bel et bien
dans la spécificité de leur époque,
une spécificité qui ne s'est pas accommodée
avec la mémoire collective, qui ne figure pas
dans nos clichés, mais qu'il faut faire entrer
dans l'histoire qu'on écrit, et bien entendu
dans les concerts. La musique allemande ( sans aucun
doute « le premier » Beethoven ) a
donc inspiré des musiciens français, avant
l'épisode Wagner, tout au moins, a-t-on suivi
des voies proches, et la période révolutionnaire
n'a donc pas transformé la France en désert
artistique, mais a certainement profondément
transformé le paysage et renouvelé les
hiérarchies esthétiques.
Jean-Marc Warszawski 30 mai 2008
Présentation de l'éditeur
Alexandre P. F. Boëly (1785-1858),
dernier fleuron d’une dynastie de musiciens des rois
de France, a su accomoder ses racines dans le XVIIIe
siècle versaillais avec sa carrière dans
le Paris romantique.
Au-delà de son parcours de
pianiste, altiste, chambriste accompli et organiste
de la paroisse royale de Saint-Germain-l’Auxerrois,
ce pur Français, nourri de partitions allemandes
encore peu connues, s’affirme comme un beethovénien
d’avant-garde tandis qu’à l’orgue tous le proclament
«Bach ressuscité». Malgré
les événements politiques difficiles et
une certaine frivolité ambiante, Boëly a
connu un parcours singulier et fécond, couronné
par un vaste corpus instrumental de tout premier plan,
faisant de lui un véritable maître de l’orgue
français.
Ce nouveau volume de la collection horizons, riche
en illustrations rares et en nombreux exemples musicaux,
montre combien il est désormais essentiel de
redécouvrir cette figure exemplaire de la France
au temps de Berlioz.
Musicologue, Docteur ès lettres, Brigitte
François-Sappey s’est essentiellement penchée
sur le romantisme français et allemand, et s’impose
désormais comme une référence à
travers sa contribution au Guide de la Mélodie
et ses ouvrages sur l’Histoire de la musique en Europe,
Alexandre P.F. Boëly ou encore Charles-Valentin
Alkan. Son vaste Robert Schumann a reçu le Grand
Prix des Muses. Elle a publié, depuis, des biographies
de Clara Schumann et Felix Mendelssohn.
Eric Lebrun est un concertiste international, également
compositeur et pédagogue. Professeur d’orgue
au CNR de Saint-Maur-des-Fossés, il est aussi
l’organiste titulaire du Cavaillé-Coll de l’église
Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts à Paris depuis
1990. Il a déjà publié dans la
collection horizons une biographie sur Buxtehude et
livre ici un nouvel opus sur une figure injustement
délaissée du grand répertoire français.
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