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Mélodie et fonction mélodique comme objets d'analyse

 

Mélodie et fonction mélodique

Bossis Bruno (éditeur scientifique), Mélodie et fonction mélodique comme objets d'analyse. « Pensé musicale », Éditions Delatour, Sampzon 2013 [184 p. ; ISBN 978-2-7521-0119-8 ; 20 €]

18 février 2014, par Jean-Marc Warszawski ——

Ce livre rassemble huit communications prononcées au cours d'un colloque organisé à l'IRCAM en octobre 2006, sous la direction de Bruno Bossis, sur une thématique à double confluence : la mélodie et l'analyse musicale.

Il s'ouvre sur une introduction de Jean-Michel Bardez à la plume alerte et fort poétique et se continue par des réflexions d'ordre philosophique, voire épistémologique, avec Susanna Pasticci qui évoque la pensée du compositeur et théoricien Abramo Basevi (1818-1885), à propos de la différentiation entre perception et sensation, l'implication de la mélodie dans l'harmonie et les difficultés de théoriser la mélodie comme objet à la fois indépendant et dépendant. Problématiques reprises par Marc Rigaudière sur « l'impossible traité de la mélodie ». Ce sont certainement là les deux communications qui répondent frontalement au plein du sujet.

Suivent des travaux d'analyse technique de cas issus d'œuvres de Johann Sebastian Bach, Richard Wagner, Johathan Harvey, Brian Ferneyhough, Édgard Varèse.

Il n'est pas certain que dans son ensemble ce livre réponde aux attentes évoquées par son titre. Il n'est d'ailleurs pas certain que la tentative, fondatrice en musicologie, de fusionner les analyses techniques, philosophie, épistémologie, voire mathématiques, soit pertinentes. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de chacune de ces communications. Mais leur collationnement dans un même ouvrage nous semble quelque peu artificiel, sans véritable continuité organique. Certes l'effet auberge espagnole est le défaut plus ou moins marqué de tous les colloques, mais ici, dans une matière si aisément numérisable et si peu matérielle qu'est la musique, on court le risque de sombrer dans la rhétorique et la paraphrase analogique, pour ne se préoccuper que de la structuration d'un discours plutôt que d'éclairer la réalité.

C'est un travers que Jean-Luc Leroy avec sa sonomotricité et Attilio Lanciani sur la phénoménologie de la mélodie, n'ont pas évité, il me semble.

Ce dernier qui d'ailleurs consacre l'essentiel de sa communication à expliquer ce qu'il va démontrer et ce qu'est la phénoménologie, apporte une étonnante contradiction à la célèbre phrase de Stravinski : « Je considère la musique, par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, etc. ». Or on peut considérer que la position de Stravinski est justement d'une parfaite essence phénoménale : on doit considérer la musique pour ce qu'elle est en soi, dans son propre phénomène, sans ajout extérieur subjectif.

Dans son introduction, Jean-Michel Bardez évoque à juste titre Jean-Jacques Rousseau. Mais plutôt que le Dictionnaire, c'est l'Origine des langues qu'il aurait fallu mettre sur le métier (on aurait pu aussi consacrer à la célèbre polémique Rousseau / Rameau sur le primat de la mélodie ou de l'harmonie).

Selon la quatrième page de couverture, « Dans la plupart des cultures, la fonction mélodique représente indéniablement l'un des éléments les plus fortement structurants de l'art musical ». C'est la voix, celle qui peint les émotions humaines. La mélodie ne serait-elle pas la résonance du destin humain ?

 

Présentation de l'éditeur

plume Jean-Marc Warszawski
18 février 2014

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013

musicologie

Mardi 18 Février, 2014 16:48

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