Les Métamorphoses du son : matérialité imaginative de l'écoute musicale
Spampinato Francesco, Les Métamorphoses du son : matérialité imaginative de l'écoute musicale (préface par Gino Stefani).
L'Harmattan, Paris 2008 [199 p. ; ISBN 2-296-05848-5 ; 19 €].
Parce qu'il s'inscrit dans l'aire de la sémiologie musicale, ce livre est assez singulier. En effet, avec la « métaphore », on y explore un domaine où l'assignation lexicale est abolie, et donc, où la portée sémique est nécessairement floutée. Nous suivons parfaitement l'auteur, convaincu, avec lui, que la métaphore n'est pas un enjolivement, un ornement du langage, mais qu'elle en est un mode de fonctionnement fondamental, la condition de sa souplesse d'adaptation au monde, et un élément essentiel de ce qu'on appelle l'« intelligence », qui ne se laisse pas piéger par les analogies, la métaphore étant un artifice langagier, par lequel on attribue un objet les qualités d'un autre objet. Par exemple, quand on dit qu'une attitude, une musique, une architecture sont « froides », on sait qu'il ne s'agit pas d'une mesure thermique. C'est aussi la généralisation abstraite, d'un terme concret. Artifice seulement langagier ? Peut-être pas, si on considère que cela participe la dynamique de l'imagination, d'être d'un côté, nécessairement et salutairement fantasmagorique, et d'un autre côté, tout aussi salutairement, d'être portée aux qualifications rationnelles.
L'appel la barre des témoins de Gaston Bachelard, avec ses idées sur l'implication des quatre éléments scholastiques, dans les ressorts poétiques, est tout fait bienvenu. Il se pourrait que toutes les ressources métaphoriques de la poésie puissent se rapporter ces éléments : feu, terre, eau, air, qui ont été combinés, dans le passé, des qualités, comme le froid, le chaud, le sec ou l'humide, aux planètes, au zodiaque, aux humeurs, ou aux pathologies humaines. En fait, cela conduit l'auteur une réactivation étonnante, de ce qu'on nomme l'éthos des modes, apparat, issu de l'antiquité grecque, et ayant traversé par la suite, les livres scolaires, tant occidentaux qu'arabes. Leçon obligée du traité ancien de musique, les exemples en sont nombreux, on signalera des penseurs arabes du XIVe siècle, comme al-Salmani ibn al-Kathib, ou Al-Khatib al-Irbili, et au XVIIe siècle occidental, Robert Fludd, dans une orientation ésotérique.>
Mais, sommes-nous toujours dans le domaine de la métaphore poétique ? N'est-ce pas l plutôt une rhétorique de l'analogie ? Si l'auteur va en terrain ennemi, est-ce pour relativiser, marquer des limites la sémiologie musicale, où est-ce la poursuite de la recherche d'universaux, aujourd'hui, généralement abandonnée ? Tout serait-il signe, d'une grande architecture déterminée ? La métaphore produit-elle une véritable métamorphose de l'objet qualifié ?>
Francesco Spampinato ne considère pas que la métaphore soit une abstraction, mais qu'elle serait plutôt un vecteur de l'acquisition de caractères concrets, donnant la musique une existence physique. Elle opère donc une métamorphose.
À partir de l, il établit des relations entre une théorie de la « Globalité des Langages », les « dimensions psychologiques universelles », ou notre « structure psychocorporelle » ce qui éveille en nous quelques réserves, non pas au regard de ce livre particulier qu'il faut lire avec attention, mais du fait que les questions ouvertes chez nos collègues des sciences dites exactes, mais aussi de la neurologie, de la psychologie et autres, deviennent souvent, en passant, passablement arrangées, dans la musicologie, des assurances, des vérités avérées, et hypothèses solides.
Jean-Marc Warszawski
5 mai 2009.


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ISSN 2269-9910.

Mercredi 4 Mars, 2026