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Musique et littérature

Harmat Andrée-Marie (éditrice), Musique & littérature : jeux de miroirs.« Musique », Éditions Universitaires du Sud [414 p. ; ISBN 978-2-22027-0120-5 ; 25 €]

La question des relations de la musique et de la littérature est très vaste, et peut-être ramenée, si l'on recherche la simplicité, à la question littéraire ou musicale, chacune dans sa globalité.

On peut encore aujourd'hui interroger la pensée de Jean-Jacques Rousseau, qui plaçait dans la voix, dans la parole, l'origine à la fois de la musique et du langage. On pourrait évoquer les pères de l'Église, s'inquiétant du pouvoir sensuel de la musique, et de sa possible capacité à prendre le pouvoir sur l'autorité de la parole. Tout porte à penser que dans l'Antiquité, la poésie était chantée. On peut citer les longs récits des troubadours, et des trouvères, les problèmes de la mise en musique des textes poétiques et de leur  musicalité propre, et de leur confrontation qui en surgit, la fameuse question de l'opposition de l'opéra français et de l'opéra italien, qui est en grande partie issue de questions de littérature, qui renvoient au clacissisme français élaboré à la toute fin du XVIe siècle, on peut aussi se demander si les formes classiques du théâtre, notamment, les règles qui régissent l'ordre des entrées des personnages, l'enchaînement des scènes, n'auraient à voir avec les règles de l'harmonie dite tonale, et en un mot, toutes ces questions relatives à  l'inflexion, la prononciation, l'accentuation, la musicalité du verbe et la musicalité de la musique pure, ou qu'on nomme telle. Enfin, des questions générales de forme, dans l'intrigue littéraire, ou les progressions formelles musicales, l'organisation de la succession des événements, dans la justification de leurs logiques d'enchaînements, ou dedans leurs contrastes.

Toutes ces problématiques ne sont pas absentes des nombreuses communications de ce livre, mais l'orientation en est assez différente. Comme dans la tradition de la linguistique structuraliste, et dans ce qu'on nomme le sémiologie musicale, où l'on considère les notes de musique comme des phonèmes, des signes linguistiques, les auteurs de cet ouvrage sont surtout, à la recherche d'unités de base, ou d'universaux, qui seraient communs à la musique et à la littérature .

Il s'agit ici de voir, de descendre, à la fois dans l'analyse de partitions musicales, et d'œuvres littéraires, pour tenter d'extraire, si possible, des signes, ou des objets simples, de base, communs aux deux arts.

Ainsi, quand on ramène la forme de fugue en musique à l'idée de « fuite », ce qui n'est pas exactement le cas, on peut établir une analogie avec, par exemple la fuite d'un personnage dans un récit de fiction.

Le lecteur de littérature, à conscience qu'une œuvre littéraire artistiquement étoffée, est à plusieurs niveaux ou entrées : il y cherche bien sûr une intrigue bien ficelée, riche en attentes et rebondissements, qui tienne en haleine, mais encore un style d'écriture qui donne un plaisir, pourquoi pas charnel, mais encore un agencement des événements, une forme, qui joute avec lui, en ayant des égards avec l'intelligence. Il attend des facilités avec l'intrigue, qu'on le caresse avec le style, et qu'on le considère intelligent par la forme.

Certes, on retrouve tout cela en musique. Ainsi, on peut avoir le sentiment qu'un bon roman a une certaine familiarité avec une œuvre musicale, dans l'invention, la musicalité propre aux mots, la forme. Il est donc tout a fait légitime et intéressant d'y aller voir de plus près, comme il est fait dans ce livre.

Il n'est pas certain qu'on soit ici dans des domaines de signes langagiers (y compris quand on parle d'esthétique littéraire). Il me semble qu'il s'agit plutôt d'intentions d'auteurs (et de lecteurs), de projets esthétiques, inclus dans une culture d'écriture et de lecture, que de l'existence d'éléments réels, d'unités de base ou d'universaux, communs à la musique et à la littérature. Il pourrait s'agir de domaines qui ne peuvent prendre sens que par leur contexte global, produisant des mirages. Ainsi en est-il de la « fugue » en musique, qui est autant une fuite, qu'un éternel retour obstiné d'un sujet,  qui n'a des sens que par une organisation formelle sophistiquée, une rhétorique formelle musicale, sans laquelle, il n'y aurait pas fuite (et poursuite). Dans cette rhétorique musicale, il y a la rétrogradation du sujet. Ainsi le plus célèbre sujet de fugue, B-A-C-H, soit si bémol, la do, si se rétrograde si, do, la si bémol.... stom sel ceva no-tiaf tnemmoc ?

Jean-Marc Warszawski
18 août 2009

Table des matières

Introduction

I - Les deux  arts

II - Des relations interartistiques à l'intersémioticité

III - Les recherches intersémiotiques

IV - Le contenu du présent ouvrage

Premiere partie : son du sens ou sens du son

Deuxième partie - Musique et théâtre

Troisième partie : de l'hypotexte musical a l'hypertexte verbal

Quatrième partie: structures musicales en littérature


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