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Olivier Py au Trianon de Paris : La magistrale démonstration

 

Olivier Py
OLivier Py, Trianon, 6 septembre 2014. Photograhie  Éric Deniset - Festival d'Île-de-France.

26 septembre 2014, par Flore Estang ——

En ouverture au Festival d'Île-de-France cuvée 2014, on pouvait entendre et voir, samedi 6 septembre, au Trianon à Paris, un spectacle orchestré par Olivier Py. Le metteur en scène a prouvé, s'il en était encore besoin, ses talents de chanteur- clown- artiste de variété et même de « Bouche trou », puisqu'il animait, avec esprit et dans une spontanéité travaillée, les interludes entre les groupes.

L'histoire originale du Trianon, depuis le début du xxe siècle, et des artistes qui s'y sont succédés (Piaf, Fréhel) a donné à Olivier Py l'idée de concocter un spectacle rappelant la grande époque du cabaret, en particulier l'entre-deux-guerres et la persécution des homosexuels par les nazis, évoquée dans le fameux film Cabaret de Bob Fosse avec Liza Minnelli et Michael York. Intitulé Wilkommen, Bienvenue, Welcome, le concert-spectacle impose bien la référence. On attend du grinçant, de la provocation, du contexte historicisé.

Olivier PyOlivier Py, Trianon, 6 septembre 2014. Photograhie  Éric Deniset - Festival d'Île-de-France.

Au contraire, c'est à un cabaret très personnel que nous convie Olivier Py, qui, d'emblée, transporte le spectateur dans un univers léger et désespéré, comique et névrosé, absurde et dépressif, mêlant l'humour et le tragique avec la virtuosité d'un équilibriste. L'esprit « bulles de champagne » est au rendez-vous de cette fête de la musique über Alles (par-dessus tout, malgré tout, au-delà de tout), « fille de l'amour et de la tendresse » (dixit Olivier Py). Son monde est poétique, gracieux, même dans les anecdotes graveleuses et bien en dessous de la ceinture du personnage travesti et haut en couleur qu'il interprète (paillettes, rouge vif et noir profond, perruque à la Marilyn).

Pour cet hommage au cabaret, quatre formations se produisent dans quatre sets, comprenant toutes une section rythmique piano, basse, batterie, et une voix, homme ou femme, voire « androgyne ».

Maniant avec virtuosité les aigus de son instrument impressionnant, Joey Arias séduit vocalement. Pour sa prestation, il choisit d'interpréter un personnage vulgaire et provocant, son corps adipeux vêtu de voiles transparents et rehaussé de semelles ultra-compensées. Le potentiel de l'artiste, vocalisant tel un rossignol, peut faire regretter ce parti-pris peu poétique, mais le public apprécie.

Joey AriasJoey Arias, Trianon, 6 septembre 2014. Photograhie  Heath McBrid - Festival d'Île-de-France.

La musique variété-jazz-rock rappelle les grandes années du cabaret, exploitant les rythmes de danse, samba ou tango. La construction des chansons répond, le plus souvent, aux critères du spectacle populaire : précédée par un thème mélancolique au piano, la voix s'installe doucement, puis les autres instruments, la partition organisée dans un crescendo naturel de plus en plus expressif, jusqu'au cri final. Après l'hystérie contrôlée, le pianissimo subito repose les oreilles et ça redémarre. En douceur, l'auditeur entre dans la musique et l'imaginaire des artistes, reçoit les changements de nuances et de tempo avec un plaisir anticipé. Les enchaînements harmoniques souvent répétés en ostinato sont intégrés spontanément et l'on peut se concentrer sur la diction, le sens du poème, l'émotion dégagée par le rapport texte-musique. Quel que soit le genre, le style, l'époque, les principes structurels de la composition musicale sont les mêmes : répétitions, progressions, contrastes.

La touche personnelle des artistes et leurs choix des paramètres sonores font la différence : accompagnant Little Annie, un violon miaule ou susurre un contrechant soutenant la voix éraillée et la diction pâteuse et alcoolisée (même si on ne comprend pas l'anglais, on pourrait au moins percevoir les phonèmes). Mêlant la fragilité du look d'Édith Piaf et le timbre de Brigitte Fontaine, la diseuse est accompagnée par Baby Dee, « pianiste » qui tentera de casser l'instrument sur scène, mais en vain !

The TIgers LiliThe Tiger Lillies, Trianon, 6 septembre 2014. Photograhie  Arnold Poeschl - Festival d'Île-de-France.

Enfin, avec The Tiger Lillies, la scie musicale et sa touche féérique charment l'auditoire conquis. Le chanteur s'accompagne au bandonéon ou au piano, plongeant les spectateurs dans les bas-fonds des caves londoniennes.

Photo Flore EstangLe Trianon, 6 septembre 2014. Photographie Flore Estang.

Orchestré par Olivier Py, le cabaret devient prétexte à une célébration de la musique et de la vie. Mais le fil rouge de la soirée est la blessure de l'âme, de la tendresse, de la fragilité de l'être humain rendu vivant par l'expression artistique et spirituelle. En cela, le fantaisiste chanteur rejoint le metteur en scène des Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc (donnés en décembre dernier au Théâtre des Champs-Élysées), et l'on reconnaît dans les deux spectacles le perfectionnisme du geste travaillé, corporel et vocal, du mouvement au service de l'émotion et du texte.

Olivier PyOLivier Py, Trianon, 6 septembre 2014. Photograhie  Éric Deniset - Festival d'Île-de-France.

Flore Estang
26 septembre 2014

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Vendredi 26 Septembre, 2014 15:49

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Delalande François, Analyser la musique, pourquoi, comment ? (illustrations de Valérie Gauffreteau, préface de Daniel Teruggi). INA, Paris 2012 [248 p. ; SBN 978-2-86938-201-5 ; 20 €] (17 décembre 2013).

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