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Panorama du quatuor à cordes

 

Fournier Bernard, Panorama du quatuor à cordes. Fayard, Paris 2014 [328 p. ; ISBN 978-2-213-677224-4 ; 22,00 €]

Par Jean-Marc Warzawski ——

Après avoir publié chez le même éditeur, Fayard, une Esthétique du quatuor à cordes en 1999, puis entre 2000 et 2010 la gigantesque somme d'une Histoire du quatuor à cordes en trois gros volumes, qui est plutôt un catalogue chronologique raisonné et commenté du répertoire de quatuor à cordes de Haydn à nos jours, Bernard Fournier nous livre ici un volume plus modeste en nombre de pages, intitulé Panorama du quatuor à cordes, qui est en fait, cette fois, une histoire du quatuor à cordes, ou une introduction à cette histoire.

On se mettra d'accord sur le fait que l'histoire n'est pas l'énumération, aussi judicieuse et ordonnée qu'en soit l'exposition, de tous les faits passés, mais une analyse de spécificités sur la durée.

C'est le cas de cet ouvrage, par lequel l'auteur synthétise son immense érudition du sujet en deux parties. Une première partie qui ouvre des problématiques et une seconde partie, où, du point de vue du quatuor à cordes, il se cale sur les découpages ou périodisations conventionnels de l'histoire des musicologues et des pochettes de disques.

Parmi les problématiques mises à jour, qui auraient pu faire de beaux sujets de longue durée, on note la symbolique du nombre quatre, l'idée de famille homogène d'instruments, le fait des compositeurs qui ont hissé la composition de quatuors au rang d'épreuve initiatique, avec par contrecoup la formation d'une aura mystique nimbant les ensembles en quatuor à cordes.

L'auteur remarque également que le quatuor — la musique de chambre — est la musique des Lumières. Ce qui nous semble tout à fait juste. Elle est la musique des égaux qui échangent, contre la mélodie royale servilement accompagnée. Le point de vue de Jean-Jacques Rousseau est paradoxal. Il pensait à tort que la mélodie accompagnée d'accords était d'une simplicité et d'une pureté paysanne, une chose fondatrice, et il ne supportait pas que les motifs soient distribués à toutes les voix...Comme le veut la liberté de parole. L'examun d'une telle problématique sur la durée aurait été un grand sujet : la libération de la basse continue viennoise quand le violoncelle devient la quatrième voix libre, le goût concertant français, la manière plus orchestrale des Pragois (l'unité des voix), les couches sonores immobilisées de Ligeti.

Mais cela, contre tout attente ne débouche pas et brusquement s'enclenche dans la vision conventionnelle, notamment de ce qu'on nomme romantisme ou les musiques nationales, deux manières de dire la même matière, tiroirs à classeurs doctement remplis d'autorités, mais archives mortes du point de vue de l'esprit critique et de l'histoire.

Quelle était donc la musique qui n'était pas nationale ? L'italienne ? La française ? L'allemande ? C'est-à-dire l'art hégémonique des plus puissantes cours princières sur les autres moins puissantes ? L'art de Vivaldi n'est-il pas celui du classicisme vénitien ? Bach, l'apogée de l'art des organistes du nord de l'Allemagne ? Lully ou Rameau les musiciens du classicisme versaillais ? La disparition de l'ancien régime, son remplacement par la société bourgeoise (par révolution ou embourgeoisement), a modifié les lieux de musique, les publics, le métier de musicien, les esthétiques. Des cours princières et des grands centres religieux la musique migre dans l'urbanité bourgeoise, plus bruyante, moins protocolaire et plus soucieuse de ses propres racines et sentiments que de celles de ses anciens maîtres et de leurs mises en représentation. C'est à la fois ce qu'on nomme romantisme et musiques nationales (qu'on devrait nommer tout d'abord d'influences populaires).

C'est un peu dommage d'être entré — en partie — dans ces cases préfabriquées à forte rhétorique, mais pauvres en information.

L'érudition infinie de l'auteur permet toutefois de soutenir l'intérêt. Dans ce format « petit fayard », où l'éditeur semble demander aux auteurs une énumération maximum de noms et d'œuvres en un minimum d'espace, Bernard Fournier trouve tout de même le luxe de respirer avec des analyses et des jugements personnels.

Un supplément qui nous semble assez indispensable après les trois précédents ouvrages qui eux le sont tout à fait et sans aucun doute.

 

Jean-Marc Warszawski
1er novembre 2014

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