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Titus, version Comédie-Française : « La Clémence de Titus » de Mozart au Théâtre des Champs-Élysées

 

La Clémence de Titus, Théâtre des Champs-Élysées, Paris décembre 2014. Phtographie © Vincent Pontet.

12 décembre 2014, par Frédéric Norac ——

La Comédie-Française est redevenue bien sage depuis quelques années. Exit les recherches outrées des metteurs en scène d'avant-garde, place à un théâtre néo-classique de bon ton, élégamment modernisé. C'est un peu dans cet esprit que Denis Podalydès, sociétaire de cette digne maison, a abordé sa production de la Clémence de Titus. N'était la transposition dans les années 30, pour le climat politique troublé, le lobby du grand hôtel et ses lambris remplaçant les marbres des antichambres du palais de Titus (imposant décor assez sinistre dû à Éric Ruf), sa vision reste essentiellement classique et le meilleur de sa mise en scène est à trouver dans une caractérisation psychologique des protagonistes et une direction d'acteurs efficace et pertinente.

Autour d'eux le metteur en scène organise tout un ballet de comparses muets, dame de compagnie, médecin personnel, gardes du corps, secrétaires — que sais-je  ? — sans compter une abondante figuration de domestiques qui, dans les arrière-plans, nous rappelle à tout instant l'agitation d'un palace, avec force chariots à bagages. Tout cela, du reste, finit par déborder sur la musique et parasite un peu le final du premier acte.  Au second, en revanche, après l'incendie criminel et le complot manqué contre l'empereur, le huis clos se referme sur la solitude des protagonistes et leurs tourments.

La Clémence de Titus, Théâtre des Champs-Élysées, Paris décembre 2014. Phtographie © Vincent Pontet.

Etait-il bien nécessaire de faire précéder l'opéra par les « Adieux de Bérénice à Titus ? » Sans doute le metteur en scène a-t-il voulu nous replacer ainsi dans le droit fil de tragédie classique mais Métastase (revu par Caterino Mazzolà en 1791) et Racine appartiennent à des univers esthétiques bien différents. Du reste, les allusions du livret au cruel renoncement de l'empereur à son amour pour la Reine de Judée sont parfaitement claires et auraient pu suffire. Belle idée en revanche de la faire reparaître comme un souvenir hantant Titus, pendant le chœur de l'acte 2.

Dans le rôle-titre, le vétéran mozartien  Kurt Streit offre une belle stature et un jeu tourmenté à souhait. Si les subtiles variations de son air d'entrée font entendre un styliste de premier plan,  la voix claire et haut placée se fatigue au fil de la soirée dans l'aigu et le trahit pour son dernier grand air. Karina Gauvin débutait, dit-on, dans une production scénique. Sa Vitellia est d'un format suffisant sinon exceptionnel, rompue par la fréquentation assidue de Haendel à la colorature qu'elle fait brillamment valoir dans son fameux rondo de l'acte II. Son jeu peut paraître un peu gauche mais il donne de la crédibilité à son personnage de star hystérique, angoissée, égoïste et pusillanime, aux prises avec ses contradictions. Vocalement, l'élément le plus intéressant reste le Sextus, d'une touchante fragilité, de Kate Lindsey dont le chant à la dynamique raffinée rappelle par moments la Vesselina Kasarova des grandes années sans en avoir toutefois la profondeur dans le grave. D'excellents seconds plans, l'Annius de Julie Bouliane (dont la voix est sans doute un peu trop proche par la couleur de celle de Sextus), la délicate Servilia de Julie Fuchs et le remarquable Publius de Robert Gleadow — tous trois un peu sacrifiés dans des rôles finalement épisodiques — complètent une distribution dont la principale qualité est l'homogénéité. Comme toujours les chœurs Aedes se révèlent exemplaires.

La Clémence de Titus, Théâtre des Champs-Élysées, Paris décembre 2014. Phtographie © Vincent Pontet.

Avec ce faux opera seria mal compris et souvent sous évalué, Jérémie Rhorer et son Cercle de l'Harmonie bouclent leur cycle Mozart, commencé en 2007. Après les petites errances de son Fidelio de l'année dernière qui nous avait laissés perplexes, le chef retrouve dans cette œuvre classique, si parfaitement en phase avec son tempérament, toutes les qualités qui nous avaient séduit dans ses Noces d'Aix en Provence de 2012 ou son Don Giovanni ici même en 2013 : transparence de la texture orchestrale, dynamique et tempi toujours justes et équilibrés, encore qu'un peu étirés ici dans les mouvements lents, variété dans la couleur instrumentale, bref tout l'arsenal d'un Mozart authentique et vivant.

Prochaines représentations les 14, 16 et 18 décembre.

Diffusion en streaming direct sur Arte Concert et sur le site du Théâtre le 18 décembre et sur France Musique en différé le 27 décembre

La Clémence de Titus, Théâtre des Champs-Élysées, Paris décembre 2014. Phtographie © Vincent Pontet.

 

plume Frédéric Norac
12 décembre 2014

 

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