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Un coq d'or un peu atone : Les saisons russes du xxie siècle au Théâtre des Champs-Élysées

10 juillet 2013

Par Frédéric Norac

 

Il ne suffit pas de recréer consciencieusement un univers esthétique pour en retrouver automatiquement l'esprit. C'est ce que prouve cette nouvelle production du Coq d'or présentée au Théâtre des Champs-Élysées, dans le cadre des 6e Saisons russes du xxie siècle, par le Théâtre musical d'état Natalia Sats de Moscou.

Il ne reste en fait du spectacle original, créé à Paris en 1914 par les Ballets russes de Diaghilev, que les décors et les costumes de Natalia Gontcharova, dans ce style joyeusement chamarré et irréaliste caractéristique du Conte russe, directement inspiré du travail de Léon Bakst.

Coq d'or. Photographie © Valeria Komissarova.

La chorégraphie de Michel Fokine a dû être entièrement imaginée d'après quelques photos d'époque et un fragment de film capté en 1938 à Bâle. De fait, il paraît bien difficile de retrouver dans l'académisme de bon ton de la chorégraphie Galli Abajdulov la sauvagerie de l'opéra de Rimsky-Korsakov, chez qui Stravinsky et Prokofiev sont allés puiser les sources de leur révolution musicale.

Ce Coq d'or, interdit par la censure russe en 1908, s'est transformé en une gentille bouffonnerie pour bambins quand il s'agissait à l'origine d'une violente charge contre le pouvoir tsariste et ses incompétences. Tel quel et sans la moindre actualisation, le spectacle paraît un peu générique, sans objet, et respire l'autosatisfaction. C'est certes du travail bien fait mais un rien provincial, au sens où on l'entendait il y a cinquante ans en France.

Reste à se consoler avec les splendeurs visuelles des décors — notamment le magnifique rideau de scène aux deux sphinges — la qualité d'une troupe de danseurs dont se détachent  les rôles bouffes et singulièrement le Tsar Dodon d'Oleg Fomine, et la modernité étonnante de la partition de Rimsky hélas servie sans relief particulier par un orchestre honnête mais ordinaire.

Coq d'or. Photographie © Valeria Komissarova.Coq d'or. Photographie © Valeria Komissarova.

Musicalement, l'opéra passe ici au second plan, les chanteurs interprétant leur rôle à l'avant-scène en costume de ville, et il devient le support d'une lecture entièrement chorégraphique. Pourtant un des meilleurs moments de la soirée reste le duo du deuxième acte entre le Tsar Dodon et la Reine de Chemakha où les danseurs s'effacent pour laisser le chant occuper seul l'espace scénique dans une respiration d'une authentique poésie. Sans doute aurait-il fallu pousser un peu plus loin ce dialogue entre la danse et le chant plutôt que de s'en tenir à ce rapport essentiellement illustratif et mimétique entre les deux registres qui domine le spectacle.

Au plan vocal, la troupe moscovite n'est pas constituée que de premiers plans mais elle est d'un niveau honorable. Elle associe les vétérans — le Tsar Dodon de Youriy Deynekene ou le général Polkan de Nikolai Petrenko tous deux excellents — à des voix encore un peu vertes comme celle de la reine de Chemakha d'Olga Butenko ou du ténor altino de Dmitry Trounov dans le rôle de l'Astrologue.

Coq d'or. Photographie © Valeria Komissarova.

L'on s'ennuie un peu dans cet univers atone et prévisible. Significativement, à peine le rideau est-il baissé que de nombreux spectateurs s'éclipsent sans attendre les saluts finals, prouvant qu'ici comme ailleurs l'art officiel n'a guère changé de nature et continue de produire des objets culturels figés où manquent le sens et la véritable créativité.

 

Frédéric Norac

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