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Un tombeau d'Olivier Greif

 

Olivier Greif

François-Sappey Brigitte & Nectoux Jean-Michel (direction), Olivier Greif : le rêve du monde. Éditions Ædam Musicæ, Château-Gontier 2013 [354 p. + 1 cédé ; ISBN 978-2-919046-15-7 ; 24 €].

 

2 novembre 2013, par Jean-Marc Warszawski ——

Voici enfin ce livre, initié par le compositeur Benoît Menut, dont on murmure la parution depuis pas mal de temps. Celles et ceux qui ont déjà écouté de la musique d'Olivier Greif, qui en ont été certainement éblouis, voire sidérés ou au moins piqués dans leur curiosité — car il est difficile de ne pas soupçonner qu'il s'agit d'une œuvre majeure dans la longue durée musicale — auront plaisir à ouvrir.

Les autres devraient aussi le faire, d'autant qu'un cédé accompagne ce livre... Même qu'ils devraient faire un tour à la discothèque de leur quartier pour s'en convaincre.

C'est un livre de louange dans lequel se succèdent les articles de membres de la famille, amis intimes et moins proches, admirateurs, collègues. Ce qu'on appelle un tombeau.

Il était fâché avec lui-même, comme le furent beaucoup parmi les premières générations d'après-guerre, dans les familles terrorisées et massacrées par le nazisme — quand bien même Résistants dans les bataillons FTP-MOI1, comme le furent ses parents — avec la double ou triple honte peut-être, d'avoir été des parias et de le sentir toujours, d'avoir été un « problème juif » alors qu'il s'agit d'un problème de racisme, de haine extrémiste, et celle d'avoir trahi les morts en ayant survécu.

Génie musical, d'une belle clairvoyance intellectuelle (écouter les extraits d'entretiens sur le cédé), il est tout de même souffrant. Il est happé par le spiritisme, abusé par ses fariboles, tombe sous la coupe d'un « maître » (nécessairement charlatan) indien qui opère dans le beau monde et en reçoit légitimité et protection, devient lui-même un prosélyte important de la secte. Puis après une vingtaine d'années refait surface et musique, comme par enchantement, semble cette fois porter toute la douleur des méfaits de la barbarie nazie, mais alors le cancer le tient.

D'un côté, on aimerait en savoir plus concrètement (par exemple les moyens financiers), entre quelques demi-mots un peu agacés du frère et le tact des autres pour ces années de « méditation » (de quoi peut-on bien méditer quand on est hors-le-monde). D'un autre côté, est-ce bien important au regard de la prodigieuse œuvre musicale ?

Articles, analyses musicales, souvenirs par Jean-Jacques Greif, Brigitte François-Sappey, Jean-Michel Nectoux, Alexis Galpérine, Philippe Hersant, Nicolas Bacri, Benoît Menut, Patricia Aubertin, Henri Barda, Gilles Cantagrel, Midred Clary, Michel Dalberto, Henri Demarquette, Anthony Girard, Christophe Henkel, Marc Minkowski, Gaëtane Prouvost, Dominiqe de Williencourt, Étienne Yver.

Extraits du journal d'Olivier Greiff, catalogue de ses œuvres, photographies.

 

 

plume Jean-Marc Warszawski
2 novembre 2013

 

1.La MOI (Main-d'œuvre immigrée), était une organisation spécifique du Parti communiste français créée dans les années 1930. Avant-guerre, la MOI regroupait beaucoup de militants ayant vécu le fascisme : Espagnols, Italiens, Allemands, et beaucoup de juifs d'Europe orientale. Pendant l'occupation, ils s'organisèrent dans les réseaux de résistance initiés par leur parti, les FTP (Francs tireurs et partisans). Déjà souvent engagés dans la lutte contre la barbarie dans leurs pays d'origine, ils furent parmi les premiers Résistants et des plus déterminés (la célèbre « Affiche rouge »). À la Libération, pour des raisons « nationales » on minimisa leur apport à la Libération. Vers les années 1980, des cérémonies mémorielles eurent lieu et des rues furent baptisées au nom de ces étrangers morts pour la libération de la France.

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Samedi 2 Novembre, 2013 15:48

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