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Vienne version boulevard : La Chauve-Souris de l'Opéra-Comique

 

La Chauve-Souris, Opéra-Comique de Paris, décembre 2014. Franck Leguérinel (Frank), Jodie Devos (Ida), Sabine Devieilhe (Adele), Kangmin Justin Kim (Prince Orlofsky), Christophe Mortagne (Maître Miro), Chiara Skerath (Rosalinde). Photographie © Pierre Grosbois.

Opéra Comique, 25 décembre 2014, par Frédéric Norac ——

Décidément La Chauve-Souris n'inspire guère la France. On se souvenait de la mise en scène sinistre de Coline Serreau à  l'Opéra Bastille en 2000, de son Prince Orlofsky « sidaïque » sous perfusion et de son quadrille en forme de croix gammée. La nouvelle production de l'Opéra-Comique ne va certes pas si loin mais, en guise de spectacle festif, elle nous sert un breuvage bien tristounet que la coupe de champagne offerte à l'entracte par la maison — après une longue et fatigante imitation de De Gaulle par son directeur à la fin de l'acte 2 — ne réussit pas à rendre plus pétillant.

Le pari était risqué de proposer cette opérette si hautement viennoise, malgré ses origines — le livret s'inspire d'une pièce de Meilhac et Halévy — dans une nouvelle version française. On sait que les œuvres lyriques perdent souvent de leur saveur à être traduites. C'est le cas ici, car si la prosodie du texte de Pascal Paul-Harang arrive à sauver les meubles dans les airs, elle devient vite bancale dans les ensembles. Quant à ses dialogues, ils sont hélas d'une platitude affligeante et souvent rédhibitoire, à l'image d'une mise en scène sans esprit ni tonus. Le pire dans le genre est atteint dans les scènes théâtrales de l'interminable troisième acte où le monologue du Frosch, d'Atmen Kelif, et ses allusions éventées à l'actualité — où ne manque même pas Valérie Trierweiler ni la subvention des Musiciens du Louvre Grenoble, on s'en serait douté — donnent l'impression d'assister à une représentation de fin d'année sur une scène de troisième plan.

La Chauve-Souris, Opéra-Comique de Paris, décembre 2014. Chiara Skerath (Rosalinde) – Stéphane Degout (Gabriel von Eisenstein). Photographie © Pierre Grosbois.

Il faut dire que la transposition dans un Paris réputé contemporain nous promène d'un salon avec télé à écran plat et vue sur la cuisine à une salle de bal aristocratique aux airs de sous-sol pour ne pas dire de back room où l'on devine déjà les coursives de la prison « high tech » qui va venir. Le décor unique à transformations qui ne se transforme guère, d'Antoine Fontaine serait encore acceptable, malgré sa grisaille désespérante, si toutefois la mise en scène arrivait à animer tant soit peu le plateau. Mais la direction d'acteurs est digne d'un spectacle de patronage imitant le style inoubliable des productions d'Au théâtre ce soir dont on ne doute pas qu'Ivan Alexandre a dû être nourri dans son enfance pour la réussir aussi bien.

Que sauver alors dans ces interminables 3 h 10 ? Certainement pas le solo de la ballerine — seule trace du bal du 2e acte déplacé après l'entracte, un numéro téléphoné qui la voit se transformer sous nos yeux en écorché puis finalement — vous l'auriez deviné — en squelette. L'imitation de Cecilia Bartoli par le contre ténor Kagmin Justin Kim, plutôt réussie mais qui arrive là comme un cheveu sur la soupe et ne résiste pas — vocalement — au bis réclamé par le public ? Peut-être l'image finale de cette immense chauve-souris déployant ses ailes noires sur un spectacle finalement bien triste pour une fin d'année peu réjouissante.

La Chauve-Souris, Opéra-Comique de Paris, décembre 2014. Chiara Skerath (Rosalinde), Stéphane Degout (Gabriel von Eisenstein), Sabine Devieilhe (Adèle). Photographie © Pierre Grosbois.

Heureusement les solistes arrivent par moment à secouer cette glèbe et à rendre un peu de charme et de séduction à la musique de Johann Strauss. Délicieuse l'Adèle de Sabine Devielhe, un rien gouailleuse dans les dialogues mais d'une distinction absolue dans les airs. D'une autorité incroyable, le Falke malheureusement peu gâté du côté de ses airs, de Florian Sempey. Un peu surdimensionné vocalement l'Eisenstein de Stephane Degout et un peu blanche, mais plutôt bien chantée, la Rosalinde de Chiara Skerath. Une mention pour le joli timbre de l'Alfred de Philippe Talbot remplaçant Frédéric Antoun initialement annoncé, et pour l'excellent Maître Miro de Christophe Mortagne dont le travail sur la dyslexie et le bégaiement est sûrement un des numéros les plus virtuoses de la soirée. Les Musiciens du Louvre-Grenoble ne sont pas le Philharmonique de Vienne et leur sonorité n'a pas la distinction ou la finesse de la phalange viennoise mais Minkowski leur insuffle toute l'énergie nécessaire à porter ce spectacle hélas souvent bien pesant que seuls quelques moments musicaux de haute volée viennent éclairer d'un peu de poésie comme ce superbe ensemble rêveur de la fin du deuxième acte qui réunit la totalité d'un excellent plateau et des chœurs superlatifs.

Prochaines représentations les 28, 30 décembre et 1er janvier.

Diffusion sur France Musique le 3 janvier à 19h

La Chauve-Souris, Opéra-Comique de Paris, décembre 2014. Chiara Skerath (Rosalinde). Photographie © Pierre Grosbois.

 

plume Frédéric Norac
25 janvier 2014

 

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Vendredi 26 Décembre, 2014 14:50

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