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Friedrich Nietzsche
1844-1900

Humain trop humain (Un livre pour les esprits libres)
Menschliches, Allzumenschliches (Ein Buch für freie Geister)

Aphorismes 149-169 sur la musique et les musiciens
extraits de la seconde section du second volume :
Le voyageur et son ombre

-149 -

Sebastian Bach. - Sofern man Bachs Musik nicht als vollkommener und gewitzigter Kenner des Kontrapunktes und aller Arten des fugierten Stiles hört, und demgemäß des eigentlichen artistischen Hörern seiner Musik zumute sein (um uns grandios mit Goethe auszudrücken), als ob wir dabei wären, wie Gott die Welt schuf. Das heißt: wir fühlen, daß hier etwas Großes im Werden ist, aber noch nicht ist: unsere große moderne Musik. Sie hat schon die Welt überwunden, dadurch, daß sie die Kirche, die Nationalitäten und den Kontrapunkt überwand. In Bach ist noch zu viel krude Christlichkeit, krudes Deutschtum, krude Scholastik; er steht an der Schwelle der europäischen (modernen) Musik, aber schaut sich von hier nach dem Mittelalter um.

-149-

Sébastien Bach. Si nous n'écoutons pas la musique de Bach en parfaits et subtils connaisseurs du contrepoint et de toutes les variétés du style fugué, et devons par conséquent nous passer de la jouissance proprement artistique, nous aurons, à l'audition de sa musique, l'impression (pour le dire à la sublime manière de Goethe) d'être présents au moment même où Dieu créa le monde. Nous sentons, veux-je dire, que quelque chose de grand y est en gestation, mais n'existe pas encore: notre grande musique moderne. Elle a déjà surmonté le monde, ayant surmonté l'Église, les nationali tés et le contrepoint. Dans Bach, il y a encore trop de christianisme, de germanisme, de scolastique, tout cela à l'état brut; il se tient au seuil de la musique européenne (moderne), mais de là tourne les yeux vers le moyen âge.

-150-

Händel. - Händel, im Erfinden seiner Musik kühn, neuerungssüchtig, wahrhaft, gewaltig, dem Heroischen zugewandt und verwandt dessen ein Volk fähig ist, - wurde bei der Ausarbeitung oft befangen und kalt, ja an sich selber müde; da wendete er einige erprobte Methoden der Durchführung an, schrieb schnell und viel und war froh, wenn er fertig war, - aber nicht in der Art froh, wie es Gott und andere Schöpfer am Abende ihres Werktages gewesen sind.

-150-

 Händel. Hardiment novateur dans l'invention de sa musique, véridique, puissant, tourné par affinité vers l'héroïsme dont un peuple est capable, Händel était souvent gêné el froid dans la mise en œuvre, voire las de soi-même ; il appliquait alors certaines méthodes éprouvées d'exécution, écrivait vite et beaucoup, et était heureux quand il avait fini, mais non pas heureux à la manière dont le furent Dieu et d'autres créateurs au soir de leur besogne.

-151-

Haydn. - Soweit sich Genialität mit einem schlechthin guten Menschen verbinden kann, hat Haydn sie gehabt. Er geht gerade bis an die Grenze, welche die Moralität dem Intellekt zieht; er macht lauter Musik, die »keine Vergangenheit« hat.

-151-

Haydn. Pour autant que la génialité puisse s'associer à la pure et simple bonté de caractère, Haydn l'a possédée. Il va exactement jusqu'à la limite que la moralité impose à l'intelligence ; toute la musique qu'il fait  "n'a pas de passé"

-152-

Beethoven und Mozart. - Beethovens Musik erscheint häufig wie eine tiefbewegte Betrachtung beim unerwarteten Wiederhören eines längst verloren geglaubten Stückes »Unschuld in Tönen«: es ist Musik  über Musik. Im Liede der Bettler und Kinder auf der Gasse, bei den eintönigen Weisen wandernder Italiener, beim Tanze in der Dorfschenke oder in den Nächten des Karnevals, - da entdeckt er seine »Melodien«: er trägt sie wie eine Biene zusammen, indem er bald hier bald dort einen Laut, eine kurze Folge erhascht. Es sind ihm verklärte Erinnerungen aus der »besseren Welt«: ähnlich wie Plato es sich von den Ideen dachte. - Mozart steht ganz anders zu seinen Melodien: er findet seine Inspirationen nicht beim Hören von Musik, sondern im schauen des Lebens, des bewegtesten südländischen Lebens: er träumte immer von Italien, wenn er nicht dort war.

-152-

Beethoven et Mozart. La musique de Beethoven semble souvent une contemplation profondément émue à la réaudition inattendue d'un morceau que l'on croyait depuis longtemps perdu, Innocence de la mélodie; c'est de la 'musique sur la musique. Une chanson de mendiants ou d'enfants des rues, les airs monotones d'Italiens vagabonds, un couplet de danse à l'auberge du village ou par les nuits de carnaval, voilà où il découvrait ses " mélodies" : il les recueille comme une abeille, butinant ici et là une note, une brève suite. Elles lui sont des réminiscences transfigurées d'un " monde meilleur ", un peu comme Platon imaginait ses Idées. Mozart a de tout autres rapports avec ses mélodies; il ne trouve pas ses inspirations en écoutant de la: musique, mais en regardant la vie, la vie méridionale la plus animée: il rêvait toujours à l'Italie quand il n'y était pas.

-153-

Rezitativ. - Ehemals war das Rezitativ trocken; jetzt leben wir in der Zeit des nassen Rezitativs: es ist ins Wasser gefallen, und die Wellen reißen es, wohin sie wollen.

-153-

Le récitatif. Autrefois, le récitatif était sec ; aujourd'hui, nous vivons à l'époque du récitatif mouillé : il est tombé à l'eau, et les vagues l'emportent où elles veulent.



Manuscrit autographe de Nietzsche
Hymnus an die Freundschaft
version inachevée pour piano à quatre mains (Pâques 1874) 34 x 27 cm

 

-154-

Heitere« Musik. - Hat man lange die Musik entbehrt, so geht sie nachher wie ein schwerer Südwein allzuschnell ins Blut und hinterläßt eine narkotisch betäubte, halbwache, schlaf-sehnsüchtige Seele; namentlich tut dies gerade die heitere Musik, welche zusammen Bitterkeit und Verwundung, Überdruß und Heimweh gibt und alles wie in einem verzuckerten Giftgetränk wieder und wieder zu schlürfen nötigt. Dabei scheint der Saal der heiter rauschenden Freude sich zu verengern, das Licht an Helle zu verlieren und bräuner zu werden: zuletzt ist es einem zumute, als ob die Musik wie in ein Gefängnis hineinklinge, wo ein armer Mensch vor Heimweh nicht schlafen kann.

-154-

Musique " gaie ". Quand on en a longtemps été privé, la musique passe ensuite trop vite dans le sang, comme un gros vin du Sud, et laisse l'âme engourdie comme par un narcotique, somnolente, toute à l'envie de dormir; c'est précisément ce que fait surtout la musique gaie, qui donne à la fois l'amertume et la blessure, le dégoût et la nostalgie, et oblige à savourer et resavourer tout cela comme dans un philtre empoisonné, mais sucré. En même temps, la: salle, aux flots allègres de la joie, semble se rétrécir, la lumière perdre de sa limpidité et s'assombrir; on a finalement l'impression que la musique arrive comme dans un cachot où un pauvre diable pris de nostalgie  ne peut dormir

-155-

Franz Schubert. - Franz Schubert, ein geringerer Artist als die andern großen Musiker, hatte doch von allen den größten Erbreichtum an Musik. Er verschwendete ihn mit voller Hand und aus gütigem Herzen: so daß die Musiker noch ein paar Jahrhunderte an seinen Gedanken und Einfällen zu zehren haben werden. In seinen Werken haben wir einen Schatz von unverbrauchten Erfindungen; andere werden ihre Größe im Verbrauchen haben. - Dürfte man Beethoven den idealen Zuhörer eines Spielmannes nennen, so hätte Schubert darauf ein Anrecht, selber der ideale Spielmann zu heißen.

-155-

Franz Schubert. Franz Schubert, moindre artiste que les autres grands musiciens, avait pourtant, de tous, le plus riche héritage musical. Il le prodigua à pleines mains et d'un cœur généreux, tant et si bien que les musiciens auront encore de quoi vivre pendant quelques siècles de ses idées et inspirations. Nous avons, dans ses œuvres, un trésor d'inventions inutilisées ; d'autres trouveront leur grandeur à les employer. S'il était permis d'appeler Beethoven l'auditeur idéal d'un ménétrier, Schubert aurait le droit de se dire lui-même ce ménétrier idéal.

-156-

Modernster Vortrag der Musik. - Der große tragisch-dramatische Vortrag in der Musik bekommt seinen Charakter durch Nachahmung der Gebärden des  großen Sünders, wie ihn das Christentum sich denkt und wünscht: des langsam Schreitenden, leidenschaftlich Grübelnden, des von Gewissensqual Hin- und Hergeworfenen, des entsetzt Fliehenden, des entzückt Haschenden, des verzweifelt Stillestehenden - und was sonst alles die Merkmale des großen Sündertums sind. Nur unter der Voraussetzung des Christen, daß alle Menschen große Sünder sind und gar nichts tun, als sündigen, ließe es sich rechtfertigen, jenen Stil des Vortrags auf alle Musik anzuwenden: insofern die Musik das Abbild alles menschlichen Tun und Treibens wäre, und als solches die Gebärdensprache des großen Sünders fortwährend zu sprechen hätte. Ein Zuhörer, der nicht genug Christ wäre, um diese Logik zu verstehen, dürfte freilich bei einem solchen Vortrage erschreckt ausrufen: »Um des Himmels willen, wie ist denn die Sünde in die Musik gekommen!«

-156-

Le style le plus moderne de l'exécution musicale. Le grand style tragique et dramatique de la musique doit son caractère à l'imitation des gestes du grand pécheur tel que l'imagine et le souhaite le christianisme; c'est l'homme à la lente démarche solennelle, aux cogitations passionnées, ballotté en tous sens par les tourments de sa conscience, fuyant d'épouvante, saisissant ce qu'il peut dans l'extase, s'immobilisant de désespoir, avec tout ce qu'il peut encore y avoir de marques de la grande coulpe. Seule, cette condition supposée par le chrétien, que tous les hommes soient de grands pécheurs et ne fassent rien que pécher, pourrait justifier l'application de ce style d'exécution à toute la musique, en admettant que la musique soit le reflet de toutes les activités et conduites humaines et doive en tant que telle parler sans interruption le langage mimique du grand pécheur. Un auditeur qui ne serait pas assez chrétien pour comprendre cette logique pourrait bien, il est vrai, s'écrier avec effroi devant un style pareil: " Pour l'amour du ciel, comment le péché est-il donc entré dans la musique? " 1

-157-

Felix Mendelssohn. - Felix Mendelssohns Musik ist die Musik des guten Geschmacks an allem Guten, was dagewesen ist: sie weist immer hinter sich. Wie könnte sie viel »Vor-sich«, viel Zukunft haben! - Aber hat er sie denn haben wollen? Er besaß eine Tugend, die unter Künstlern selten ist, die der Dankbarkeit ohne Nebengedanken: auch diese Tugend weist immer hinter sich.

-157-

Félix Mendelssohn. La musique de FélixMendelssohn est la musique du bon goût appliqué à tout ce qu'il y a déjà eu de bon: elle renvoie toujours derrière elle. Comment pourrait-elle avoir beaucoup de devant-soi, beaucoup d'avenir ! — Mais a-til, lui, voulu en avoir ? Il possédait une vertu qui est rareparmi les artistes, celle de la gratitude sans arrièrepensées: cette vertu aussi renvoie toujours derrière elle.

                                      -158-

Eine Mutter der Künste. - In unserem skeptischen Zeitalter gehört zur eigentlichen Devotion fast ein brutaler Heroismus des Ehrgeizes; das fanatische Augenschließen und Kniebeugen genügt nicht mehr. Wäre es nicht möglich, daß der Ehrgeiz, in der Devotion der letzte für alle Zeiten zu sein, der Vater einer letzten katholischen Kirchenmusik würde, wie er schon der Vater des letzten kirchlichen Baustils gewesen ist? (Man nennt ihn Jesuitenstil.)

-158-

Une mère des arts. A notre siècle de scepticisme, la véritable dévotion exige presque l'héroïsme brutal de l'ambition ; fermer les yeux et plier le genou en fanatique ne suffit plus. Ne serait-il pas possible que l'ambition d'être à tout jamais l'ultime sommet de la dévotion fût un jour la mère d'une dernière musique sacrée catholique, comme elle le fut déjà du dernier style d'architecture religieuse ? (On l'ap pelle le style jésuite.)

                                     - 159-

Freiheit in Fesseln - eine fürstliche Freiheit. - Der letzte der neueren Musiker, der die Schönheit geschaut und angebetet hat, gleich Leopardi, der Pole Chopin, der Unnachahmliche - alle vor und nach ihm Gekommenen haben auf dies Beiwort kein Anrecht - Chopin hatte dieselbe fürstliche Vornehmheit der Konvention, welche Raffael im Gebrauche der herkömmlichsten einfachsten Farben zeigt, - aber nicht in bezug auf Farben, sondern auf die melodischen und rhythmischen Herkömmlichkeiten. Diese ließ er gelten, als geboren in der Etikette, aber wie der freieste und anmutigste Geist in diesen Fesseln spielend und tanzend - und zwar ohne sie zu verhöhnen.

-159-

La liberté dans les chaînes, liberté princière. Le dernier des musiciens modernes qui, tel Leopardi, ait vu et adoré la beauté, le Polonais Chopin, l'inimitable (aucun de ceux qui l'ont précédé et suivi n'a droit à ce qualificatif), Chopin avait la même élégance princière de convention dont fait montre Raphaël dans l'emploi des couleurs traditionnelles les plus simples, non toutefois quant aux couleurs, mais quant aux traditions mélodiques et rythmiques. Il les recevait, pour être nées dans l'étiquette, mais jouant et dansant dans ces chaînes comme l'esprit le plus libre et le plus gracieux et ce, sans les tourner en dérision.

                                      -160-

Chopins Barcarole. - Fast alle Zustände und Lebensweisen haben einen seligen Moment. Den wissen die guten Künstler herauszufischen. So hat einen solchen selbst das Leben am Strande, das so langweilige, schmutzige, ungesunde, in der Nähe des lärmendsten und habgierigsten Gesindels sich abspinnende; - diesen seligen Moment hat Chopin in der Barcarole, so zum Ertönen gebracht, daß selbst Götter dabei gelüsten könnte, lange Sommerabende in einem Kahne zu liegen.

-160-

La barcarolle de Chopin. Presque toutes les situations et manières de vivre ont leur moment de bonheur. C'est lui que les bons artistes savent prendre au filet. Même l'existence au bord de la mer a le sien, elle si ennuyeuse, si sale, si malsaine à vivre, et côtoyant la canaille la plus bruyante et la plus cupide; ce moment de bonheur, Chopin l'a si bien fait chanter, dans la barcarolle, qu'à l'écouter l'envie pourrait prendre même les dieux de passer de longues soirées d'été allongés dans une barque.

-161-

Robert Schumann. - Der »Jüngling«, wie ihn die romantischen Liederdichter Deutschlands und Frankreichs um das erste Drittel dieses Jahrhunderts träumten, - dieser Jüngling ist vollständig in Sang und Ton übersetzt worden - durch Robert Schumann, den ewigen Jüngling, so lange er sich in voller eigner Kraft fühlte: es gibt freilich Momente, in denen seine Musik an die ewige »alte Jungfer« erinnert.

-161-

Robert Schumann. Le "-jeune homme" tel que l'ont rêvé les romantiques auteurs de lieder d'Allemagne et de France vers le premier tiers de ce siècle, ce jeune homme a été entièrement traduit en sons et chansons par Robert. Schumann, l'éternel jeune homme, tout le temps qu'il se sentit en pleine possession de sa force; il y a, il est vrai, des moments où sa musique rappelle l'éternelle "vieille fille ".

-162-

Die dramatischen Sänger. - »Warum singt dieser Bettler ?« - Er versteht wahrscheinlich nicht zu jammern. - »Dann tut er recht: aber unsere dramatischen Sänger, welche jammern, weil sie nicht zu singen verstehen - tun sie auch das Rechte?«

-162-

Les chanteurs d'opéra. "Pourquoi ce mendiant chante-t-il ?  - Il ne comprend vraisemblablement rien au gémissement. "Alors, il fait bien : mais nos chanteurs d'opéra, qui gémissent parce qu'ils ne savent pas chanter — font-ils eux, le bien ?"

-163-

Dramatische Musik. - Für den, welcher nicht sieht, was auf der Bühne vorgeht, ist die dramatische Musik ein Unding; so gut der fortlaufende Kommentar zu einem verlorengegangenen Texte ein Unding ist. Sie verlangt ganz eigentlich, daß man auch die Ohren dort habe, wo die Augen stehen; damit ist aber an Euterpe Gewalt geübt: diese arme Muse will, daß man ihre Augen und Ohren dort stehen lasse, wo alle anderen Musen sie auch haben.

-163-

Musique dramatique. Pour qui ne voit pas ce qui se passe sur la scène, la musique dramatique est une absurdité; tout comme l'est le commentaire suivi d'un texte perdu. Elle exige en fait que l'on ait aussi les oreilles où se trouvent les yeux; mais c'est faire violence à Euterpe; cette pauvre Muse veut qu'on lui laisse yeux et oreilles là où les ont aussi toutes les autres Muses.

-164-

Sieg und Vernünftigkeit. - Leider entscheidet auch bei den ästhetischen Kriegen, welche Künstler mit ihren Werken und deren Schutzreden erregen, zuletzt die Kraft und nicht die Vernunft. Jetzt nimmt alle Welt als historische Tatsache an, daß Gluck im Kampfe mit Piccini recht gehabt habe: jedenfalls hat er gesiegt; die Kraft stand auf seiner Seite.

-164-

Victoire et raison. Malheureusement, dans les guerres esthétiques que provoquent les artistes par leurs œuvres et leurs discours destinés 'à les soutenir, c'est aussi en définitive la force qui décide, et non pas la raison. Tout le monde admet maintenant comme un fait historique que Gluck avait raison dans sa lutte contre Puccini; en tout cas, il a remporté la victoire; la force était de son côté.

-165-

Vom Prinzipe des Vortrags in der Musik. - Glauben denn wirklich die jetzigen Künstler des musikalischen Vortrags, das höchste Gebot ihrer Kunst sei, jedem Stück so viel Hochrelief zu geben, als nur möglich ist, und es um jeden Preis eine dramatische Sprache reden zu lassen? Ist dies, zum Beispiel auf Mozart angewendet, nicht ganz eigentlich eine Sünde wider den Geist, den heiteren, sonnigen, zärtlichen, leichtsinnigen Geist Mozarts, dessen Ernst ein gütiger und nicht ein furchtbarer Ernst ist, dessen Bilder nicht aus der Wand herausspringen wollen, um die Anschauenden in Entsetzen und Flucht zu jagen. Oder meint ihr, Mozartsche Musik sei gleichbedeutend mit »Musik des steinernen Gastes«? Und nicht nur Mozartsche, sondern alle Musik? - Aber ihr entgegnet, die größere  Wirkung spreche zugunsten eures Prinzips - und ihr hättet recht, wofern nicht die Gegenfrage übrig bliebe, auf wen da gewirkt worden sei, und auf wen ein vornehmer Künstler überhaupt nur wirken wollen dürfe! Niemals auf das Volk! Niemals auf die Unreifen! Niemals auf die Empfindsamen! Niemals auf die Krankhaften! Vor allem aber: niemals auf die Abgestumpften!

-165-

Sur le principe de l'exécution musicale. Les artistes modernes de l'exécution musicale croient-ils donc vraiment que le commandement suprême de leur art est de donner à chaque morceau autant de relief qu'il est possible, et de lui faire parler à tout prix un langage dramatique? Cela, appliqué par exemple à Mozart, n'est-il pas proprement un péché contre l'esprit, l'esprit de gaieté ensoleillée, de tendre légèreté de ce Mozart dont la gravité respire la douceur et non point la terreur, dont les images ne cherchent pas à jaillir du mur pour mettre en fuite les spectateurs plongés dans l'épouvante? Ou bien croyezvous que la musique de Mozart soit assimilable à la " musique du convive de pierre"? Et non seulement la sienne, mais toute la musique? Vous répondrez alors que l'effet plus puissant obtenu 'plaide en faveur de votre principe, et vous auriez raison s'il ne restait à vous opposer la question de savoir sur qui cet effet se sera fait sentir, et sur qui en somme un artiste distingué a seulement le droit de vouloir produire un effet. Jamais sur la foule ! jamais sur les immatures ! Jamais sur les âmes sensibles ! Jamais sur les malades ! Et par dessus tout,  jamais sur les âmes émoussées, jamais! 

                                          -166-

Musik von heute. - Diese modernste Musik, mit ihren starken Lungen und schwachen Nerven, erschrickt immer zuerst vor sich selber.

-166-

Musique d'aujourd'hui. Cette musique si moderne, avec ses poumons puissants et ses faibles nerfs, commence toujours par s'effrayer d'elle-même

                                     - 167-

Wo die Musik heimisch ist. - Die Musik erlangt ihre große Macht nur unter Menschen, welche nicht diskutieren können oder dürfen. Ihre Förderer ersten Ranges sind deshalb Fürsten, welche wollen, daß in ihrer Nähe nicht viel kritisiert, ja nicht einmal viel gedacht werde; sodann Gesellschaften, welche, unter irgendeinem Drucke (einem fürstlichen oder religiösen) sich an das Schweigen gewöhnen müssen, aber um so stärkere Zaubermittel gegen die Langeweile des Gefühls suchen (gewöhnlich die ewige Verliebtheit und die ewige Musik); drittens ganze Völker, in denen es keine »Gesellschaft« gibt, aber um so mehr einzelne mit einem Hang zur Einsamkeit, zu halbdunklen Gedanken und zur Verehrung alles Unaussprechlichen: es sind die eigentlichen Musikseelen. - Die Griechen, als ein red- und streitlustiges Volk, haben deshalb die Musik nur als Zukost zu Künsten vertragen, über welche sich wirklich streiten und reden läßt: während über die Musik sich kaum reinlich denken läßt. Die Pythagoreer, jene Ausnahme-Griechen in vielen Stücken, waren, wie verlautet, auch große Musiker: dieselben, welche das fünfjährige Schweigen, aber  nicht die Dialektik erfunden haben.

-167-

Où la musique est chez elle. La musique n'exerce toute sa grande puissance que parmi des gens auxquels il est impossible ou interdit de discuter. Au premier rang de ses promoteurs se trouvent ainsi les princes, qui veulent qu'on ne critique guère, que même on ne pense pas beaucoup autour d'eux; puis les sociétés qui, sous quelque pression (princière ou religieuse), doivent s'habituer au silence, mais n'en recherchent que, des enchantements plus forts contre l'ennui du sentiment (d'ordinaire, la passion éternelle et l'éternelle musique); troisièmement, des peuples entiers chez lesquels il n'existe pas de " société ", mais d'autant plus d'individus portés à la solitude, aux pensées crépusculaires et à la vénération de tout l'ineffable: Ce sont les âmes proprement musicales. Les Grecs, peuple loquace et querelleur, n'ont pour cette raison toléré la musique qu'à titre d'assaisonnement des arts sur lesquels on peut réellement discuter et disputer, alors que sur la musique on peut à peine penser honnêtement. Les pythagoriciens, ces Grecs exceptionnels sur bien des points, étaient aussi, à ce qu'on rapporte, de grands musiciens: ceux-là mêmes qui inventèrent le silence de cinq ans, mais non la dialectique.

                                     -168-

Sentimentalität in der Musik. - Man sei der ernsten und reichen Musik noch so gewogen, um so mehr vielleicht wird man in einzelnen Stunden von dem Gegenstück derselben überwunden, bezaubert und fast hinweggeschmolzen; ich meine: von jenen allereinfachsten italienischen Opern-Melismen, welche, trotz aller rythmischen Einförmigkeit und harmonischen Kinderei, uns mitunter wie die Seele der Musik selber anzusingen scheinen. Gebt es zu oder nicht, ihr Pharisäer des guten Geschmacks: es ist so, und mir liegt jetzt daran, dieses Rätsel, daß es so ist, zum Raten aufzugeben und selber ein wenig daran herumzuraten. - Als wir noch Kinder waren, haben wir den Honigseim vieler Dinge zum erstenmal gekostet, niemals wieder war der Honig so gut wie damals, er verführte zum Leben, zum längsten Leben, in der Gestalt des ersten Frühlings, der ersten Blumen, der ersten Schmetterlinge, der ersten Freundschaft. Damals - es war vielleicht um das neunte Jahr unseres Lebens - hörten wir die erste Musik, und das war die, welche wir zuerst verstanden, die einfachste und kindlichste also, welche nicht viel mehr als ein Weiterspinnen des Ammenliedes und der Spielmannsweise war. (Man muß nämlich auch für die geringsten »Offenbarungen« der Kunst erst vorbereitet und eingelernt werden: es gibt durchaus keine »unmittelbare« Wirkung der Kunst, so schön auch die Philosophen davon gefabelt haben.) An jene ersten musikalischen Entzückungen - die stärksten unseres Lebens - knüpft unsere Empfindung an, wenn wir jene italienischen Melismen hören: die Kindes-Seligkeit und der Verlust der Kindheit, das Gefühl des Unwiederbringlichsten als des köstlichsten Besitzes - das rührt dabei die Saiten unserer Seele an, so stark wie es die reichste und ernsteste Gegenwart der Kunst allein nicht vermag. - Diese Mischung ästhetischer Freude mit einem moralischen Kummer, welche man gemeinhin jetzt »Sentimentalität« zu nennen pflegt, etwas gar zu hoffärtig, wie mir scheint - es ist die Stimmung Faustens am Schlusse der ersten Szene - diese »Sentimentalität« der Hörenden kommt der italienischen Musik zugute, welche sonst die erfahrenen Feinschmecker der Kunst, die reinen »Ästhetiker«, zu ignorieren lieben. - Übrigens wirkt fast jede Musik erst von da an zauberhaft, wo wir aus ihr die Sprache der eigenen Vergangenheit reden hören: und insofern scheint dem Laien alle  alte Musik immer besser zu werden, und alle eben geborene nur wenig wert zu sein: denn sie erregt noch keine »Sentimentalität«, welche, wie gesagt, das wesentlichste Glücks-Element der Musik für jeden ist, der nicht rein als Artist sich an dieser Kunst zu freuen vermag.

-169-

Sentimentalité dans la musique. Malgré tout le goût que l'on pourra avoir pour la musique sérieuse et riche, on n'en sera peut-être, à certaines heures, que davantage subjugué, envoûté et presque fondu en extase par son contraire, je veux dire par ces mélismes d'opéra italiens les plus simples qui soient et qui, en dépit de leur uniformité rythmique et de leur puérilité harmonique,semblent parfois chanter à nos oreilles comme l'âme même de la musique. Accordez-le ou non, pharisiens du bon goût, c'estainsi, et mon propos est ici de donner à débrouiller cette énigme et de tourner moi-même un peu autour pour essayer de deviner. Quand nous étions encore enfants, nous avons pour la première fois goûté au miel vierge de bien des choses; jamais plus le miel ne fut aussi bon qu'alors, où il nous conviait aux séductions de la vie, de la plus longue vie, sous la forme du premier printemps, des premières neurs', des premiers papillons, de la première amitié. C'est l'époque peut-être vers la neuvième année de notre âge où nous entendîmes la première musique, et ce fut celle que nous comprîmes d'abord, la plus simple et la plus enfantine, donc, et qui n'était guère plus qu'une continuation du chant de la nourrice, de l'air du ménétrier. (Il faut en effet être préparé et exercé pour recevoir même les plus minimes " révélations " de l'art: il n'y a absolument pas d'effet " immédiat " de l'art, malgré les contes bleus des philosophes àce sujet.) C'est à ces premiers ravissements musicaux, les plus intenses de notre vie, que se relie notre émotion à l'audition de ces mélismes italiens; le bonheur de l'enfant et la perte de l'enfance, le sentiment que ce qui est aboli sans retour est notre bien le plus précieux, tout cela fait alors vibrer les cordes de notre âme, avec une force dont n'est pas capable à elle seule la présence la plus grave et la plus riche de l'art. Ce mélange de plaisir esthétique et de peine morale, que l'on a maintenant l'habitude d'appe ler " sentimentalité",. un peu trop dédaigneusement, il me semble (c'est l'état d'âme de Faust à la fin de la première scène), cette "sentimentalité" des auditeurs sert la musique italienne, que les gourmets expérimentés de l'art, les purs " esthètes ", se plaisent d'habitude à ignorer. Au demeurant, presque toute musique ne commence à exercer un charme magique qu'à partirdu moment où nous l'entendonsparler la langue de notre propre passé; et c'est ainsi. que toute musique ancienne semble au profane gagner sans cesse en qualité, et celle qui vient de naître n'avoir que peu de prix; car elle n'éveille pas encore la " sentimentalité" qui est, comme nous l'avons dit, l'élément essentiel du bonheur de la musique pour quiconque n'est pas capable de prendre plaisir à cet art en pur esthète.

                                      -169-

Als Freunde der Musik. - Zuletzt sind und bleiben wir der Musik gut, wie wir dem Mondlicht gut bleiben. Beide wollen ja nicht die Sonne verdrängen, - sie wollen nur, so gut sie können, unsere Nächte erhellen. Aber nicht wahr? scherzen und lachen dürfen wir trotzdem über sie? Ein wenig wenigstens? Und von Zeit zu Zeit? Über den Mann im Monde! Über das Weib in der Musik!

-169-

En amis de la musique. Pour finir, nous sommes et resterons amis de la musique, comme nous restons amis du clair de lune. Ni l'un ni l'autre ne veulent évincer le soleil, ils veulent seulement, aussi bien qu'ils peuvent, éclairer nos nuits. Mais il nous sera néanmoins permis, n'est-ce pas ? de plaisanter et de rire à leur propos ? Un peu tout au moins ? Et de temps en temps ? A propos de l'homme dans la lune ! Et de la femme dans la musique !

Le texte allemand est extrait de Friedrich Nietzsche: Werke in drei Bänden. Herausgegeben von Karl Schlechta. München, Carl Hanser Verlag, Wien 1954.
La traduction française est celle de Robert Rovini (avec quelques modifications) : Nietzsche, Humain trop humain. Idées / Gallimard, Paris 1968, (2) p.305-315

références / musicologie.org