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L'Opéra de Dijon entre Vienne et Istanbul

 

Le Chœur de l’Opéra de Dijon Le Chœur de l'Opéra de Dijon, dirigé par Anass Ismat.
Photographie © Eusebius.

Dijon, Temple protestant, 25 octobre 2015, par Eusebius ——

L'Opéra de Dijon a choisi de suivre l'Orient-Express pour la saison qui s'est ouverte il y a peu. C'est pourquoi le Chœur nous propose de participer au voyage à travers un programme singulier qui permet d'écouter Schubert, Liszt, des compositeurs des Balkans et le Turc Ahmed Adnan Saygun, disparu en 1991. Ce concert constitue un événement dans la mesure où, c'est le premier que donne à Dijon son nouveau chef, d'origine marocaine, Anass Ismat1. Le confort acoustique, visuel et physique du Temple en fait une salle de concert appréciée, avec son bel orgue.

La Serbie orthodoxe, tout d'abord, avec Stevan Hristić (Svjati Boze) et Stevan Stojanović Mokranjac (Le chant des chérubins). Dès la première intonation, la qualité d'émission ne laisse aucun doute : c'est à une formation de haut niveau que nous avons affaire. La palette expressive est large, la dynamique intense ; la puissance atteinte et l'émotion sont au rendez-vous. La gestique du chef paraît sûre, efficace sans jamais tomber dans l'exagération. l'Ave Maria de Liszt, S.212, avec orgue, résolument moderne par ses surprenants décrochements et modulations, est une pièce d'une force singulière. Quelques mots du chef explicitent l'ordre (modifié) des pièces au programme et introduisent le puissant Jézus és a kufárok [Jésus et les marchands du Temple], de Kodály. À l'unisson des sopranes et ténors succède le brouhaha des marchands qui soulèvent la colère du Christ et la destruction de leurs étals (avec une ample et puissante fugue). Le mot « Rablok » (voleurs !) passe de voix en voix jusqu'à l'apaisement final, lumineux. Les séquences, tout-à-tour animées, véhémentes, progressant jusqu'à un fff pour retrouver une douce plénitude sont d'une réelle puissance dramatique. La pièce, redoutable par ses difficultés proprement musicales et par la langue hongroise, confirme l'excellence du chœur.

Succèdent trois parties de l'oratorio Yunus Emre, écrit en 1946 par un Turc formé pour part à Paris3, Ahmed Adnan Saygun. Le langage expressif en est fort, personnel, dès le début. Sur un accompagnement riche du piano, les voix de femmes dont la mélodie est très occidentale, auxquelles s'ajouteront les ténors, illustrent le texte dit, scandé par les basses. La seconde pièce, homophone, avec des passages a cappella, parfois doublés par le piano, surprend par des unissons et des harmonies singulières, bien que simples. Quant à la dernière, avec un piano aux accents ravéliens, avec de puissants graves, la marche lente obstinée qu'ouvre l'instrument débouche sur une opposition du chœur a cappella et du piano, puis sur un riche développement. La double culture du compositeur donne à cette musique une saveur très particulière.

Anass Ismat. Photographie © D.R.

Des 27 chœurs à deux ou trois voix égales que Bartók publia en 1937, onze4 ont été retenus pour ce concert. Kodály écrivit à leur propos : Les enfants hongrois ne savent pas encore qu'ils viennent de recevoir pour la Noël 1936, un cadeau pour la vie … Qu'il serait heureux l'enfant hongrois, et quel adulte il deviendrait plus tard s'il n'entendait que des hommes de la valeur de Bartok ! Plus lumineux, plus gais que l'essentiel de son œuvre, ils comportent des pièces vives, très articulées, de véritables scherzi et  des pièces teintées de mélancolie, parfois de douleur. Le chœur de femmes s'y révèle remarquable, prenant un plaisir évident à chanter ces petits joyaux. Tout juste peut-on regretter que le rebond des pièces vives, l'appui sur les consonnes n'aient pas été aussi débridés que chantés par des voix d'enfants.  Pour faire bonne mesure, et pour notre plaisir, les hommes, autour du piano, ont intercalé le célèbre « Die Nacht »  D. 983c, de Schubert. D'autres ensembles suivront, plus beaux les uns que les autres, avec le magnifique piano de Maurizio Prosperi (CoronachGott in der Natur, An die Sonne…) ou a cappella (Gott im Ungewitter). On atteint alors à une autre dimension, particulièrement dans le dernier, avec son fugato. L'homogénéité des pupitres, avec une mention particulière pour les ténors, la belle conduite des phrasés, emportent l'adhésion. Le courant passe entre le nouveau chef et ses choristes, et le public y est sensible. Entretemps, une pièce du jeune Enesco, écrite à 17 ans, qui traduit la réelle maturité de l'adolescent, mais où la personnalité du compositeur se cache encore derrière les références de son temps. Pour finir en beauté, Der Tanz, de Schubert : bondissant, exubérant, juvénile, d'une joie communicative.

Eusebius
26 octobre 2015

  1. Anass Ismat, qui a commencé ses études musicales au Maroc,  a connu un brillant parcours qui l'a conduit au CNSMD de Lyon, puis à la Musikhochschule de Stuttgart, enfin à la responsabilité du chant choral au CRR de Toulon. Violoniste, basse (du chœur Epsilon), chef de chœur (élève de Bernard Têtu), il a remporté le concours  organisé par l'Opéra de Dijon pour pourvoir au remplacement de Mihály Zeke, successeur de Pierre Cao à la Cité de la Voix de Vézelay.
  2. Liszt nous en laisse 6, en comptant les remaniements, souvent en relation avec son oeuvre pianistique.
  3. Élève d'Eugène Borrel au Conservatoire, et de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum.

 

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