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Presque rien, belle et sombre chorégraphie du couple par Jean- Christophe Maillot

 

Vers un pays sage, chorégraphie de Jean-Christophe MaillotVers un pays sage, chorégraphie de Jean-Christophe Maillot. Photographie
© Alice Blangero

Monaco, 23 octobre 2015, par Jean-Luc Vannier ——

Pour leur rentrée monégasque, les Ballets de Monte-Carlo proposaient jeudi 22 octobre salle Garnier de l’Opéra, un programme des plus intimistes de leur directeur Jean-Christophe Maillot : en premier lieu, Vers un pays sage, chorégraphie réalisée en hommage à son père Jean Maillot donnée la première fois sur le Rocher le 29 décembre 1995 et dont nous avions rendu compte lors d’une nouvelle représentation en décembre 2012. Nous y avons retrouvé, à peine ralenti par des mouvements plus intérieurs, l’engrenage haletant du rythme musical signé John Adams, sorte de mécanique horlogère d’une vie qui s’écoule ainsi que ces duos traversant le plateau, mains et bras tendus : une direction toujours en avant de soi rappelant cette obsession humaine, son désir d’éternité. Ces bras se lancent in fine vers le ciel comme pour vénérer la figure paternelle sacralisée par l’image d’un tableau original. (Interprètes : Marianna Barabas, Gabriele Corrado, Liisa Hämäläinen, Alexis Oliveira, Anna Blackwell, George Oliveira, Victoria Ananyan, Daniele Delvecchio, Elena Marzano, Stefano De Angelis, Kaori Tajima, Le Wang).

Entrelacs, chorégraphie de Jean Christophe Maillot.Entrelacs, chorégraphie de Jean Christophe Maillot. Photographie © Alice Blangero.

Avec Entrelacs, loin de ses audaces scénographiques plus récentes, c’est un retour aux chorégraphies des années 2000 de l’auteur — première représentation à Monaco le 26 décembre du nouveau millénaire — qui nous est présenté : sur une musique aux rythmes syncopés de Yan Maresz et des lumières de Dominique Grillot, le motif de la « ligne » traversée par des « pulsations » qui la fait travailler par « ondulations » jusqu’à la cassure — comme on travaille une théorie pour en mesurer et en vérifier les capacités de résistance — impose des figures très techniques de bras qui se courbent, se tordent, s’articulent entre partenaires. Souplesse d’une ligne éminemment symbolisée par une barre de danse en fond de décor laquelle subit les assauts des corps évoluant en électrons géométriques : l’humain se fait roseau, il « plie mais ne rompt pas ». (Interprètes : Mimoza Koike, Maude Sabourin, Liisa Hämäläinen, Elena Marzano, Mi Deng, Candela Ebbesen, Stephan Bourgond, George Oliveira, Lucien Postlewaite, Alexis Oliveira, Daniele Delvecchio, Mikio Kato, Le Wang, Koen Havenith, Christian Tworzyanski, Lucas Threefoot).

Presque rien, chorégraphie de Jean Christophe Maillot. Photographie © Alice Blangero.

En troisième partie, « Presque rien » offre une création d’une sombre beauté sur le couple : « deux personnes unies par un amour tumultueux, entre attraction et répulsion » selon une note d’intention du chorégraphe. Une vision désabusée, en noir et blanc (lumières Dominique Drillot), sur les douloureux déchirements d’une relation aussi fragile que ce « fil toujours sur le point de se rompre qui relie deux êtres au bord du gouffre ». Amour heurté que traduit cette absence de communication harmonieuse dans les mouvements des corps et qui n’est pas sans rappeler la primitivité instinctuelle et l’atmosphère morbide de Tales Absurd, Fatalistic Visions Predominate donnée en juillet dernier dans le cadre de « L’été danse ! ». Contrairement à sa collègue slovaque Natalia Horecna et malgré son souhait de montrer « l’évolution du sentiment amoureux, depuis sa forme primale jusqu’à sa forme la plus poétique », cette étude chorégraphique demeure étonnamment marquée par la pudeur qui contient, pour ne pas dire restreint, l’amplitude de la trame scénographique : la dimension « reptilienne » et le « rapport de prédation » revendiqués par Jean-Christophe Maillot demeurent, gestuellement, très — trop ? — policés, urbains, civilisés. Une aseptisation qui rend parfois difficile l’appréhension du processus dynamique, ce passage vers l’amour. Les deux rets lumineux qui irradient le cœur du plateau dans la scène finale semblent même impuissants à inonder de bonheur ce couple, englué dans ses ténèbres psychiques. En cela néanmoins, Presque rien nous révèle cette somptuosité du dénuement épistémologique de l’être dans son existence. Le « plus rien » qui fait vraiment advenir l’homme, selon Sophocle. (Interprètes : Maude Sabourin, Christian Tworzyanski, Anja Behrend, Anna Blackwell, Candela Ebbesen, Gaëlle Riou, Anne-Laure Seillan).

Monaco, 23 octobre 2015
Jean-Luc Vannier

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Vendredi 23 Octobre, 2015 22:14

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