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Annick Massis, sublissime Maria Stuarda à l'opéra de Monte-Carlo

Annick Massis (Maria Stuarda) et Francesco Demuro (Roberto, Comte de Leicester). Photographie © AlainHanel.

Monaco, 12 décembrte 2016, par Jean-Luc Vannier ——

Lorsque l'intelligente maitrise des techniques vocales soutient et amplifie l'expressivité, dense et pleinement assumée, des émotions, cela produit, comme nous avons pu le constater dimanche 11 décembre à l'auditorium Rainier III de Monte-Carlo, une version d'une exceptionnelle qualité de Maria Stuarda. Créée à La Scala de Milan le 30 décembre 1835, cette tragedia lirica en deux actes de Gaetano Donizetti sur un livret de Giuseppe Bardari, s'inspire de la tragédie, teintée de révolte contre l'injustice dans le sillon tardif du Sturm und Drang, de Friedrich Von Schiller. Également l'auteur du Guillaume Tell et du Don Carlos qui guideront respectivement Rossini en 1829 et Verdi en 1867. À l'image de la biographie enflammée de Marie-Antoinette par Stefan Zweig, la trame romanesque ne peut finalement, et nonobstant de sombres et complexes réalités historiques, que conduire le lecteur à prendre fait et cause pour la victime. Le sadisme empreint de jalousie de la reine Élisabeth rehausse par contraste la lumineuse figure de Marie Stuart. Et comme nous le mentionnons très souvent dans nos colonnes, la version de concert, loin d'appauvrir la production, libère finalement les artistes lyriques des pesantes contraintes de la mise en scène : l'investissement vocal — et quasi scénique — des chanteurs tout à leur personnage devant leur pupitre n'en revêt que plus d'ampleur. La consécration de l'affect suscite une forme d'ivresse hypnotique chez le spectateur. Acceptons de succomber.

Annick Massis (Maria Stuarda), Francesco Demuro (Roberto, Comte de Leicester) et Laura Polverelli (Elisabetta). Photographie © Alain Hanel.

La direction musicale d'Antonino Fogliani qui avait déjà mené avec succès une Sonnambula monégasque en février 2013, nous offre une superbe ouverture, haute en couleur et en relief, rythmant avec harmonie ce dialogue entre l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo, en très grande forme, et la radieuse clarinette solo de Véronique Audard égrenant en beauté cette mélodie solitaire et annonciatrice du funeste destin de Marie d'Écosse. Première d'une longue série d'applaudissements dans cette production. Le maestro n'oubliera jamais les chanteurs sur le plateau et lancera tout aussi minutieusement les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo (Stefano Visconti) magnifiques notamment dans « le peuple attend la victime ».

Que dire encore d'Annick Massis dans le rôle-titre qui ne serait pas du sucre ajouté en vain sur du miel ? La soprano française enchaîne avec le même succès, pour ne pas dire le même triomphe, les prestations dont nous rendons régulièrement compte (La Sonnambula de Bellini à Monte-Carlo, Le Feu, La Princesse et Le Rossignol dans L'Enfant et les Sortilèges à deux reprises sur le Rocher en janvier 2012 et tout récemment, Moïse et Pharaon à Marseille. Hier après-midi, elle nous a encore administré une de ces leçons de chant dont elle possède le secret : des notes placées au plus juste quel que puisse être le registre, des vocalises fluides et  aristocratiquement roucoulées, de vibrants suraigus puissamment maitrisés, une incroyable palette d'intonations et autant de nuances qui vont d'un subtil et aérien « Ô nuage… », pure merveille d'une insouciante douceur dans sa première intervention à son grand air, plus nostalgique, de l'acte II « quand le jour resplendissait … ». Sa jouissance perceptible du chant lyrique ne laisse —  presque — rien apparaître de ses efforts : à peine une prompte préparation respiratoire avant une note tenue d'une ineffable splendeur « Écoute cette prière… » pour accompagner les chœurs sur fond de harpe. Immense de majesté, abyssal de profondeur, étincelant de lumière. La très belle voix de Laura Polverelli campe une reine Elisabetta ravagée par la jalousie et dont la noirceur n'a d'égal que l'ambition du pouvoir. La belcantiste et mezzo-soprano assure des aigus très énergiques mais dont le timbre manque parfois d'éclat. Karine Ohanyan nous convainc aisément dans le rôle d'Anna.

Maria Stuarda Opéra de Monte Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Côté masculin, la distribution ne manque pas non plus de panache. Le ténor Francesco Demuro (Roberto, Comte de Leicester) développe une très séduisante ligne de chant nourrie à la fois d'un indicible magnétisme et d'une retentissante vigueur, même si l'ancien élève du Conservatoire de Sassari semble plus à l'aise dans les notes aiguës fortement accentuées que dans les médiums, plus hésitants. Nous ne bouderons pas le plaisir de retrouver, par ses chaudes intonations, l'incandescence si caractéristique des mélodies traditionnelles du sud de l'Italie dont il fut une vedette au sein du groupe Minicantadores. Souvent couvert par l'orchestre en première partie, le baryton Fabio Maria Capitanucci (Lord Cecil) revient en force au second acte. La basse coréenne In-Sung Sim (Billy Jackrabbit dans La Fanciulla del West en novembre 2012 et Stromminger dans La Wally en janvier 2016 suscite un véritable enthousiasme dans le personnage de Talbot : voix impériale, sobre mais solidement charpentée. De multiples ovations ont salué cette production dont les mélomanes monégasques conserveront sans aucun doute l'heureux souvenir.

Monaco, le 12 décembre 2016
Jean-Luc Vannier

 

 

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bouquetin

Mardi 13 Décembre, 2016 3:49