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La Wally, œuvre rare d'Alfredo Catalani à l'opéra de Monte-Carlo

 

La Wally, Opéra de Monte Carlo Photographie © Alain Hanel.

Monaco, 23 janvier 2016, Jean-Luc Vannier ——

En coproduction avec le Grand Théâtre de Genève, l'Opéra de Monte-Carlo donnait jeudi 21 janvier pour la première fois sur le Rocher La Wally, un dramma lirico en 4 actes du compositeur Alfredo Catalani (1854-1893). Tirée du livret de Luigi Illica d'après le roman de Wilhelmine von Hillern « Die Geier-Wally, eine Geschichte aus den Tiroler Alpen », cette œuvre fut créée au Teatro alla Scala de Milan le 20 janvier 1892.  Cette pièce dont l'action se situe « au Tyrol aux environs de 1800 » n'est pas sans nous rappeler, par son dénouement tragique dans les cimes enneigées, les sombres rivalités amoureuses d'une Amica de Pietro Mascagni donnée en mars 2013 à Monaco.

Sorte de Walkyrie des montagnes dont le destin nous fait aussi penser au suicide extatique de Senta dans Der Fliegende Holländer — Alfredo Catalani est un fervent admirateur de Richard Wagner — et symbole de l'émancipation féminine dans le roman de la baronne Wilhelmine von Hillern (1836-1916) où une jeune fille accomplit l'exploit, accrochée au bout d'une corde au flanc d'une paroi rocheuse, d'aller nettoyer un nid de vautours de ses petits afin de protéger les troupeaux, La Wally est le fruit de trois années de travail du compositeur, obsédé pour le présenter à La Scala en 1892. Elle ne résistera toutefois pas au décès, un an plus tard, de l'auteur et à la marche glorieuse de son rival Puccini aidé par le même librettiste pour l'écriture de La Bohème (1896), Tosca (1900) et Madame Butterfly (1904).

La Wally, Opéra de Monte Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Peut-être aussi que la structure de l'œuvre, malgré toute l'exaltation du souffle inspirée de la Giovane Scuola italienne et nonobstant les ardeurs d'Arturo Toscanini à la ressusciter, ne parvient pas à surmonter certaines faiblesses : après avoir réussi à nous entraîner dans la dramaturgie au cours des trois premiers actes, le quatrième suspend soudainement le rythme pour insister sur l'intériorité conflictuelle des sentiments vécue par les deux amants. C'est d'ailleurs l'orchestre qui prend le relais dramaturgique de la scène dans l'acte final après un magnifique prélude aux accents wagnériens d'une future immolation par la neige. A ce titre, la direction orchestrale de Maurizio Benini, qui avait conduit un inoubliable Stiffelio de Verdi en avril 2013, atteint elle aussi des sommets avec l'orchestre philharmonique et les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo : exécution à la fois puissante et rigoureuse, élégante capacité de suggérer la représentation imaginaire des paysages tout comme celle de nous faire partager les tourments intimes des personnages, direction habile des acteurs sur le plateau. Du grand art qu'il convient de saluer. Les décors en carton-pâte d'Ezio Toffolutti semblent malheureusement d'un autre âge scénique et aggravent l'impression de statisme d'une mise en scène peu élaborée de Cesare Lievi.

Eva Maria Westbroek (Wally) et Zoran Todorovich (Giuseppe Hagenbach). Photographie © Alain Hanel.

La distribution annoncée était brillante. Et surtout connue du public monégasque : dans le rôle-titre, Eva Maria Westbroek, entendue à Monte-Carlo dans Francesca Da Rimini en mars 2012, conserve son inclination naturelle à « wagnériser » sa ligne de chant. La soprano néerlandaise joue — parfois un peu trop — de sa puissance vocale mais parvient à rendre plus crédibles ses émois dans les scènes finales. Le grand air de l'acte I « Ebben…Ne andro lontana » ne manque pas de justesse ni d'intensité, mais peut-être de profondeur et de sensibilité.  Habitué du Rocher pour avoir interprété Dick Johnson dans La Fianciulla del West au Grimaldi Forum puis le personnage de Guido Bardi dans Une tragédie florentine en février 2015, Zoran Todorovich ne déçoit pas dans le rôle de Giuseppe Hagenbach même si nous sentons le ténor serbe parfois contraint de hausser artificiellement sa voix afin d'équilibrer celle de sa partenaire. Nous serons moins enthousiaste avec le baryton Lucio Gallo dont l'interprétation de Vincenzo Gellner, sans doute pour les mêmes raisons de niveau vocal évoquées précédemment, ne parvient pas à emporter notre conviction : ses médiums et plus encore, ses envolées hautes, nettement forcées, sont rarement justes. Une mention en revanche pour deux seconds rôles : la basse coréenne In-Sung Sim, Billy Jackrabbit dans La Fianciulla del West mentionnée et le Comte Rodolfo dans La Sonnambula de février 2013, interprète correctement Stromminger tandis que la jeune soprano Olivia Doray convainc dans le personnage du joueur de cithare Walter. Soyons reconnaissant à l'opéra de Monte-Carlo de nous avoir permis de découvrir l'admirable partition musicale d'une œuvre, peut-être pas sans raison, rarement inscrite au répertoire lyrique.

Eva Maria Westbroek (Wally) Photographie © Alain Hanel.

Monaco, le 23 janvier 2016
Jean-Luc Vannier

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