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Idylle tahitienne : L'Île du rêve de Reynaldo Hahn

ïle du rêveL'Île du rêve. Photographie © Winterreise.

Théâtre de l'Athénée, 6 décembre 2016, par Frédéric Norac ——

Créé en 1898 à l’Opéra-Comique avec une distribution prestigieuse (Julia Guiraudon, Edmond Clément), L’Île du rêve, opéra en 3 actes sur un livret inspiré du Mariage de Loti1, est une œuvre de prime jeunesse de Reynaldo Hahn. Cette « idylle polynésienne » où se sent partout l’influence de Massenet qui du reste encensa beaucoup le jeune compositeur, peine à susciter l’intérêt au plan dramatique malgré sa musique raffinée. L’intrigue est pour le moins linéaire. Lui est un officier de marine marchande, elle une jeune Tahitienne de la cour de la reine Pomaré. Ils se rencontrent, ils s'aiment (il l'épouse), il s'en va (il l'abandonne). Les trois actes sont construits autour de trois duos de belle venue dont le seul défaut est de se ressembler un peu trop, quelle que soit la situation, ce qui secrète, au moins dans les deux premiers actes, une certaine sensation de monotonie.

Le livret n'offre aucun antagoniste à cet amour qui pourtant finit mal, si ce n’est la différence des cultures et les visées des deux protagonistes.  Mahénu, l'héroïne, c'est un peu Lakmé sans Nilakhanta ou Leila sans Nourabad. Bien sûr, il y a la princesse Oréna qui lui parle raison au moment où elle veut tout quitter pour suivre son marin mais si le drame est bien là, c’est en creux, dans le personnage de Téria, la fille abandonnée à qui un autre officier a fait un enfant avant de disparaitre et qui semble préfigurer le destin de l’héroïne. Au final, du reste, la petite Tahitienne se résigne et choisit son peuple et sa culture, dédouanant ainsi le marin colonial qui peut la quitter tranquillement après lui avoir bien sûr juré qu'il avait le cœur brisé. Une situation caractéristique des amours exotiques que l’on retrouve dans toute l’œuvre de Pierre Loti, d'Aziyadé à Mme Chrysanthème. Cela nous vaut un bel air de ténor qui n'est pas sans rappeler les remords d'Enée ou ceux de Pinkerton dans une vocalité qui tire plutôt vers Des Grieux.

La production, créée en mai 2016, au festival « Musiques au Pays de Pierre Loti », évite habilement l’exotisme de pacotille mais pas toujours un certain kitsch, jouant de photos anciennes projetées sur des  transparents pour évoquer cette Ile de Bora-Bora, paradis des amours exotiques.  Les vahinés ici ne dansent pas le tamouré en pagne de fibre, elles sont curieusement vêtues de robes d’un gris monacal et seules leurs couronnes de fleurs nous rappellent un peu la culture tahitienne. La musique  du ballet du troisième acte est typiquement dans le registre des danses de salon de la Belle Époque et même si le compositeur intègre à sa partition un chœur en langue autochtone, d’évidence c’est l’optique occidentale sur cette culture « paradisiaque » qu'il a voulu capter.

Île du rêveL'Île du rêve. Photographie © Julien Mignot.

La distribution essentiellement composée de jeunes chanteurs issus de l’ancienne Académie de l’Opéra-Comique sans être parfaite fait preuve de nombreuses qualités. Chez la Mahenu au timbre suave et à la belle musicalité de Marion Tassou, très engagée dans son rôle, se profilent déjà les grands rôles de lyriques légers du répertoire français qu’elle abordera bientôt. Malgré une émission un peu serrée Enguerrand de Hys, rend pleinement justice au rôle de ténor lyrique de Loti. À Éléonore Pancrazi revient sans doute la palme de l’émotion dans sa très belle scène de l’acte II où elle incarne Téria, la Tahitienne, qui apprend la mort du père de son enfant, mais la jeune mezzo sait également se montrer brillante ou profonde dans celui de la princesse Oréna. Safir Behloul dans le rôle épisodique du Chinois Tsen-Lee et Ronan Debois dans celui de Taira, le père de l’héroïne, complètent ce plateau homogène où se note de temps en temps un petit déficit en termes d’articulation comme du reste chez les nombreux seconds plans. Excellent également les douze musiciens de l’Orchestre du Festival Musiques au pays de Pierre Loti sous la direction précise et élégante de Julien Masmondet.

Comme le roman dont il s'inspire, l'opéra de Reynaldo Hahn laisse un souvenir doux et mélancolique qui donne, après coup, envie de le réentendre.

Prochaines représentations les 10 et 11 décembre.

Frédéric Norac
6 décembre 2016

1. Premier roman de Pierre Loti publié sous son propre nom de Julien Viaud et qui choisira par la suite celui de son héros comme nom de plume, inventant ainsi à sa façon « l'autofiction »

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Le baroque allemand selon Philippe JarousskyBonne fête, Cécile (à Notre-Dame de Paris)23e concours de chant de Mâcon : un palmarès déséquilibré (en collaboration avec Strapontin au Paradis)Colères rossiniennes : (H)Ermione au Théâtre des Champs-ÉlyséesUn Rossini baroque : Franco Fagioli et Armonia AteneaLe charme désuet de l'opérette finissante : Monsieur Beaucaire d'André MessagerAmbronay 2016 : le meilleur pour la fin De la suite dans les idées : la saison 2017 de l'Opéra-Comique Tous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Dimanche 11 Décembre, 2016 2:24