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Nicolas Stavy et Jean- Claude Gengembre dans la 7e sonate de Tishch- enko ; Hervé Billaut dans la sonate de Dukas

 

24 février 2016, par Strapontin a Paradis,

Durant ces quinze jours, nous avons suivi quatre concerts de piano (dont deux avec Annie Zhou et Vittorio Forte), comme quatre concerts de musique de chambre. Une variété surprenante quant aux choix d'œuvres comme Paris est capable d'en offrir aux mélomanes.

Nicolas Stavy et Jean-Claude Gengembre, Salle Gaveau à Paris (9 février 2016)

Nicolas Stavy et Jean-Claude Gengembre, Salle Gaveau, le 9 février 2016. Photographie © D. R.

Chez les pianistes, parlons avant tout d'un concert plus qu'original, de Nicolas Stavy et du percussionniste Jean-Claude Gingembre (timbalier solo à l'Orchestre national de Lille, au Rundfunksinfonieorchester de Berlin et à l'Orchestre philharmonique de Radio France), dans les œuvres de Liszt, Rachmmaninov, Franck, Saint-Saëns, Debussy, Gengembre et Tishchenko — dont ils ont récemment publié ensemble un enregistrement chez Bis. La première partie est consacrée au thème de la cloche. Nicolas Stavy joue en solo au début et à la fin (Les cloches de Rome de Liszt, prélude opus 3, no 2, de Rachmaninov, Cloches à travers les feuilles de Debussy, et Étude tableau, opus 39 no 9 de Rachmaninov), et avec Jean-Claude Gingembre, des morceaux arrangés par celui-ci (Les cloches du soir de Franck et de Saint-Saëns, Les cloches de Debussy) pour vibraphone, deux cloches, cloches tubulaires et petites percussions. Les notes doublées en sonorité métallique transforment quelque peu les œuvres originales, sans toutefois gêner sensiblement l'audition — nous avons donc apprécié l'ouverture d'esprit des deux musiciens qui ont osé ce petit sacrilège iconoclaste en « trahissant » nos compositeurs. (Laissons ici le débat sans fin sur la question de « la fidélité au texte » pour les longues soirées d'hiver au coin du feu). Gengembre joue dans cette première partie sa propre composition, Fenêtres sur Égaré !, pour vibraphone, petites percussions (timbales, gong en bois, tambourins, cymbales…) et cloches tubulaires. Un titre énigmatique ou symbolique, la pièce explore « par parcelle » des possibilités sonores, introduisant par moment des bribes de mélodies et d'harmonies. Son lyrisme et les accords utilisés sont tels que l'œuvre s'enchaîne parfaitement à l'Étude tableau de Rachmaninov en une continuité évidente.

Vient ensuite la deuxième partie, la plus attendue : la sonate no 7 pour piano et cloches opus 85 que le compositeur russe Boris Tishchenko (1939-2010) avait écrite en 1982. Une association singulière entre le piano et trois sortes de cloches (cloches d'église, cloches tubulaires et glockenspiel) dans une succession d'idées qui se développent à travers des contrastes fascinants : notes répétées aux cloches, accords et notes « plaqués » et percussifs au piano, polyphonies austères, un lento presque lugubre, mélodies pseudo-folkloriques, valse, variations, fragments de motifs… et ce, dans une alternance des tempi vif et lent. Durant ces 40 minutes de cette œuvre gigantesque qui ressemble à une symphonie par sa nature, les deux musiciens convainquent entièrement l'auditoire, provoquant un sentiment d'avoir assisté à une expérience musicale inouïe... plus de 30 ans après sa composition.

Hervé Billaut à l'auditorium du Musée d'art et d'histoire du judaïsme (11 février 2016)

Hervé Billaut. Photographie © Anjou-Maine fr.

Une autre pièce monumentale pour le piano, la sonate en mi♭mineur de Paul Dukas, composée de 1899 à 1901, est au programme du récital d'Hervé Billaut. Son gigantisme est inhabituel voire extravagant à une époque où la tendance allait de plus en plus vers les pièces courtes à caractère éphémère. Derrière les quatre mouvements à premier égard traditionnels, se cache une conception musicale originale : le troisième mouvement, une toccata diabolique avec une fugue lente au milieu, et le début du finale « Très lent » rempli d'enchaînements d'accords sombres et presque stoïques, suivi d'un « Animé » à la grandiloquence lisztienne. Hervé Billaut, élève de Jean Hubeau, lui-même élève de Paul Dukas, rend cette partition complexe intelligible et extrêmement vivante grâce à des moyens techniques idéalement adaptés à l'œuvre et à son esprit analytique aigu mélangé de musicalité intuitive.

Une brève lecture concernant la structure de la sonate que le pianiste offre aux auditeurs avant l'exécution contribue à une meilleure compréhension de la pièce.

Dans la première partie, Hervé Billaut a proposé des pièces composées à la même période, pour dessiner un panorama pianistique français : Pavane pour une infante défunte et Jeux d'eau de Ravel, Paysage de Chausson, Pour le piano de Debussy. Dans cette première partie, l'acoustique très sèche de la salle et le caractère du piano qui paraît lui aussi assez sec pour les musiques interprétées ne permettent pas de produire la résonance attendue. Dans la sonate de Dukas, ce défaut est quelque peu atténué grâce à son écriture ingénieuse, toutefois, cette atténuation n'a pas été suffisante pour pouvoir apprécier pleinement les effets sonores de l'œuvre.

Notons qu'avant le récital, le directeur artistique de la série musique du Musée, Frédéric Hutman, invite Simon-Pierre Perret, auteur de la biographie du compositeur (Fayard, 2007), à évoquer les origines familiales et musicales de Dukas, une initiative fort utile pour que le public puisse mieux appréhender son univers.

plume 24 février 2016
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