rectangle

musicologie

Biographies musicales

  bandeau bio S'abonner au bulletin

 

 

Adam de la Halle

v. 1245-v. 1288

 

 

Né à Arras vers 1245 — mort vers 1288 (Naples ?). Trouvère.

Fils d'un Maître Henri le Bossu, surnommé « de la Halle » sans qu'on sache pourquoi (on peut supposer qu'il ne voulait pas porter un nom évocant une disgrâce corporelle). Dans la  « Chanson du roi de Sicile », Adam de la Halle évoque son nom : On m'appelle Bochu, mais je ne le suis mie !. On le nomme encore « d'Arras » ou simplement  « Maître Adam ».

Il aurait étudié à l'abbaye cistercienne de Vauchelles.

Il devient assez jeune un des touvères les plus appréciés d'Arras, il est un partenaire de Jehan Bretel (mort en 1272), qui le tenait en haute estime.

Vesr 1270, tournant définitivement le dos à une carrière ecclésiastique,  il épouse une nommée Maroie Le Jais, et s'installe à Douai, en raison de difficultés avec la trésorerie d'Arras.

En 1274 il est de retour à Arras, et crée Le Jeu de la feuillée.

Grâce à une bourse, il peut étudier à Paris,où il obtient le titre de Maître ès arts.

Vers 1280, il entre au Service du Comte Robert II d'Artois, le neveu de saint Louis. Vers 1283 il est dans sa suite quand, il se rend à Naples, pour soutenir le Comte d'Anjou aux prises avec la « Révolte des Vêpres siciliennes » (soulèvement en Sicile, en 1282, contre la domination française). Adam y fait représenter à la cour de Charles d'Anjou Le Jeu de Robin et de Marion. Il met en chantier la geste de Charles, roi de Sicile.

Il est certainement mort à Naples en 1287, comme l'indique l'explicit de la copie datée de la Chandeleur 1288 du Roman de Troie par Jehan Mados (ou Madot), son neveu (le fils de la sœur d'Adam) : ses oncles Adans li Boscus … laissa Arras, ce fu folie, car il est cremus et amés. Quant il morut, ce fu pitiés.

L'auteur supposé apocryphe (par ceux qui n'attribuent pas le  « Jeu du Pélerin » à Adam), prétend s'être rendu sur la tombe d'Adam de la Halle à Naples. Ce jeu pourrait nous être parvenu de plusieurs mains, comme les sont d'autres œuvres, comme « La chanson du roi de Sicile ».

Un rôle de dépenses de la Couronne britannique, de la Pentecôte 1306 signale un « Maître Adam le Boscu, ménestrel », présent à l'adoubement du prince Édouard à Westminster.

Le débat reste ouvert sur cette question, et sur la réalité du personnage. Lire à ce sujet le texte d'Olivier Bettens : http://virga.org/robin/article/

Catalogue des œuvres

  • A Dieu commant amouretes ; Aucun se sont loé d'amours ; Super te (motet à 3 voix)
  • A Dieu commant amouretes (rondeau à 3 voix)
  • A jointes mains vous proi (rondeau à 3 voix)
  • Adan, a moi respondés (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, amis, je vous dis une fois (jeu-partie)
  • Adan, amis, mout savés bien vo roi  (jeu-partie)
  • Adan, d'amours vous demant (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, du quel cuidiés vous (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, li qués doit mieus trouver merchi (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, mout fu Aristotes sachans(jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, qui aroit amée (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, se vous amiés bien loiaument (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, si soit que ma feme amés tant (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, s'il estoit ens (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, vauriés vous manoir (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Adan, vous devés savoir (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Amours m'ont si doucement (chanson monodique)
  • Amours ne me vent oir (chanson monodique)
  • Amours, et ma dame aussi (rondeau à 3 voix)
  • Assignés ci, Grieviler, jugement (jeu-partie, en collaboration avec Jehan de Grieviler)
  • Au repairier de la douce contree (chanson monodique)
  • Avoir cuidai, engané le marchié (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Bonne amourete (rondeau à 3 voix)
  • Compains, Jehan, un gieus vous vueil partir (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Dame, or sui trais (rondeau à 3 voix)
  • Dame, vos hom vous estrine (chanson monodique)
  • D'amourous cuer voel vueil chanter (chanson monodique)
  • De chanter ai volenté curieuse (chanson monodique)
  • De cuer pensieu et desirant (chanson monodique)
  • De ma dame vient ; Diex, comment porroie ; Omnes (motet à 3 voix)
  • De tant con plus aproisme mon pais (chanson monodique)
  • Dieus soit en cheste maison (ballade à 3 voix)
  • Diex, comment porroie (rondeau à 3 voix)
  • Dous est li maus qui met le gent en voie (chanson monodique)
  • Entre Adan et Hanikiel ; Chiès bien séans ; Aptatur (motet à 3 voix)
  • Fi, maris, de vostre amour (rondeau à 3 voix)
  • Fines amouretes ai (virelai à 3 voix)
  • Glorieuse vierge Marie (chanson monodique)
  • Grant deduit a et savoureuse vie (chanson monodique)
  • Hareu, li maus d'amer (rondeau à 3 voix)
  • Hé, Diex, quant verai (rondeau à 3 voix)
  • Helas, ils n'est mais nus qui aint (chanson monodique)
  • Helas, ils n'est mais nus qui n'aint (chanson monodique)
  • Il ne muet pas de sens celui qui plaint (chanson monodique)
  • J'ai adès d'amours chanté ; Omnes (motet à 3 voix)
  • Je muir, je muir, d'amourete (rondeau à 3 voix)
  • Je n'ai autre retenance (chanson monodique)
  • Je ne chant pas reveleus de merci (chanson monodique)
  • Je senc en moi l'amour renouveler (chanson monodique)
  • J'os bien a m'amie parler ; Je n'os a m'mie aler ; Seculum (motet à 3 voix)
  • Le jeu d'Adam ou de la feuillée
  • Le jeu de Pélérin
  • Le jeu de Robin et de Marion
  • Li dous maus me renouvelle (chanson monodique)
  • Li dous regars de me dame (rondeau à 3 voix)
  • Li jolis maus que je sent ne doit mie (chanson monodique)
  • Li maus d'amer me plaist mieus a sentir (chanson monodique)
  • Ma douce dame et amours (chanson monodique)
  • Merci, Amours, de la douce doulour (chanson monodique)
  • Merveille es quel talent j'ai (chanson monodique)
  • Mout plus se paine amours de moi esprendre (chanson monodique)
  • On demande mout souvent qu'est amours (chanson monodique)
  • On me defent que mon cuer pas ne croie (chanson monodique)
  • Onkes nus hom ne fu pris (chanson monodique)
  • Or est Baiars en la pasture (rondeau à 3 voix)
  • Or voi je bien qu'il souvient (chanson monodique)
  • Pour ce se je n'ai esté (chanson monodique)
  • Pour quoi se plaint d'Amours nus (chanson monodique)
  • Puisque je sui l'amoureuse loi (chanson monodique)
  • Qui a droit veut Amours servir (chanson monodique)
  • Qui n'a pucele ou dame amée (chanson monodique)
  • Sans espoir d'avoir (chanson monodique)
  • Se li maus qu'Amours envoie (chanson monodique)
  • Sire Jehan, ainc ne fustes partis (jeu-partie, en collaboration avec Jehan Bretel)
  • Sire, assés sage vous voi (jeu-partie)
  • Tant con je vivrai (rondeau à 3 voix)
  • Tant me plaist vivre en amoureus dangier (chanson monodique)
  • Trop desir a veoir (rondeau à 3 voix)

Éditions

  • Bettens Olivier, Li gieus de Robin et de Marion, édité d'après le manuscrit de la Vallière (Paris BN fr. 25566)
  • Le jeu du Pélerin. Dans Pascal Bacro, «  L'Encyclopédie Médiévale » (accessible le 28 avril 2009)
  • Berger Rudolf (18..-19.., éditeur), Canchons und Partures des altfranzözische Trouvère Adan de la Hale le Bochu d'Arras.  Dans « Romanische Bibliothek », M. Niemeyer, Halle-an-der-Saale 1900 ; fac-similé, Slatkine, Genève 1978
  • Brasseur-Péry, Annette (traductrice), Adam de la Halle (Adam le Bossu) : Le jeu de Robin et Marion ; traduit en français moderne. Honoré Champion, Paris 2008 [55 p.]
  • Chailley Jacques, Adam de la Halle, Rondeaux à 3 voix. Salabert (Rouart-L., 1942), Pares
  • Cohen G. & Chailley Jacques, Le Jeu de Robin et Marion, adaptation, transcription et translittération. Paris, Delagrave 1935
  • Cullin Olivier & Ferrand Françoise, Adam de Fulda. Dans François Ferrand (dir.), « La musique du moyen âge », Fayard, Paris 1999, p. 293-197
  • De Coussemaker Edmond (1805-1876, éditeur), Œuvres complètes. Paris 1872 ; Slatkine reprints, Genève 1970 ; 1982
  • Gennrich Friedrich (1883-1967), Rondeaux, Virelais und Balladen. Dresde 1921
  • Långfors Arthur (1881-1959), Recueil général de jeux-partis [2 v.]. Société des anciens textes français, Paris 1926 (avec Jeanroy et Brandin)
  • Langlois Ernest (1857-1924), Le Jeu de la Feuillée d'Adam de la Halle. Dans « Les Classiques français du moyen âge » (6), Paris 1923
  • —, Le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle suivi du Jeu du Pèlerin. Dans «Classiques français du moyen âge, Paris 1924
  • Ruelle Pierre (1911-...., éditeur),  Les congés d'Arras : Jean Bodel, Baude Fastoul, Adam de la Halle.  Dans « Travaux de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Bruxelles » (27), Presses universitaires de France, Paris 1965

Bibliographie

  • Adler Alfred (1907-1986), Sens et composition du « Jeu de la Feuillée ». University of Michigan Press, Ann Arbor 1956 [46 p.]
  • Barth-Wehrenalp Renate, Der « Trouvère » Adan de la Hale : ein französischer Meistersänger. Dans « International Musicological Society Congress Report », Copenhagen 1972, p. 250-253
  • —, Studien zu Adam de la Halle (thèse). Wien 1974 ; Tutzing 1982
  • Benson Marc, L'aspect musical du Jeu de la feuillée. Dans « Romania » (106) 1985, p. 510-518
  • Cartier Normand R., La mort d'Adam le Bossu. Dans « Romania » (89) 1968.
  • —, Le bossu désenchanté : étude sur le « Jeu de la feuillée ». Droz, Genève 1971 [205 p.]
  • Chailley Jacques, La nature musicale du Jeu de Robin et Marion. Dans « Mélanges G. Cohen » Paris 1950, p. 111-117
  • Chaudemanche Grégory, La figure du poète dans l'oeuvre non dramatique du trouvère Adam de la Halle (maîtrise sous la direction d'Isabelle Bétemps). Université de Rouen 2001 [215 p.]
  • Cardevacque Adolphe de (1828-1899), La Musique a Arras depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Imprimerie Rohard- Courtin, Arras 1885 [139 p.]
  • Dufournet Jean, Adam de la Halle à la recherche de lui-même ou Le jeu dramatique de la Feuillée ; suivi de « Sur le Jeu de la Feuillée ». Quatre études complémentaires. Honoré Champion, Paris 2008 [506 p.]
  • Falck Robert, Adam de la Halle. Dans « The New Grove Dictionary of Music and Musicians [29 v.] », Oxford University Press, 2003 (2e édition)
  • Gégou Fabienne, Adam de la Hall  était-il mort en 1288. Dans « Romania » (86) 1965
  • —, Recherches biographiques et littéraires sur Adam de la Halle, accompagnées de l'édition critique de ses chansons courtoises (thèse d'État Paris IV). s.n., Paris 1973 [374 f.]
  • Gennrich Friedrich (1883-1967), Adam de la Halle. Dans « Die Musik in Geschichte und Gegenwart » Bärenreiter-Verlag 1986, (I) p. 78-79
  • Guy Henry  (1863-1947), Essai sur la vie et les oeuvres littéraires du trouvère Adan de Le Hale (thèse). Librairie Hachette, Paris 1898 [lvii-605 p.]
  • Helfenbein Ferdinand, Die Sprache des Trouvère Adam de la Halle aus Arras.  Dans « Zeitschrift für romanische Philologie » (35) 1911 [iv-94 p.]
  • Huot Sylvia, Transformations of Lyric Voice in the Songs, Motets and Plays of Adam de la Halle. Dans « Romanic Review  (58) 1987, p. 148-164
  • Le Gentil Constant, Le vieil Arras, ses faubourgs, sa banlieue, ses environs, souvenirs archéologiques & historiques (avec eaux-fortes par J. Boutry). Eugène Bradier, Arras 1877 [xi-751 p.]
  • Maillard Jean (1926-1985), Adam de la Halle et ses Jeux chantés. Dans « L'Éducation Musicale » (21-22) 1956-1957
  • —, Adam de la Halle : perspective musicale. Honoré Champion, Paris 1982 [221 p. ]
  • —, Variantes mélodiques dans les chansons de trouvères. Dans « Musique, littérature et société au Moyen Age », Paris 1980, p. 159-170
  • —, Adam de la Halle. Dans Marc Honegger (dir.) « Dictionnaire de la musique [2 v.] », Bordas, Paris 1970, (I), p. 4-5
  • Marshall John Henry (édit.), The Chansons of Adam de la Halle. University Press, Manchester 1971
  • Mauron Claude, Le Jeu de la Feuillée : étude psychocritique. Corti, Paris 1973 [123 p.]
  • Mayer Gilbert, Lexique des oeuvres d'Adam de la Halle (thèse). E. Droz, Paris 1940 ; fac-similé, Slatkine, Genève 1974 [198 p.]
  • Muzelle Stéphane, La conception du péché au XIIIe siècle d'après Les vers de la mort d'Hélinand de Froidmont et Les congés d'Arras, Jean Bodel, Baude Fastoul et Adam de la Halle (thèse sous la direction de Nicole Gonthier). Université Jean-Moulin, Lyon 1995 [207 f.]
  • Nicod Lucie, Les jeux-partis d'Adam de la Halle. Dans « Bibliographie de l'École des Hautes Études » (224) Paris 1917 ; Slatkine reprints, Genève 1974 [164 p.]
  • Reaney Gilbert, The Development of the Rondeau, Virelai and Ballade Forms from Adam de la Hale to Guillaume de Machaut. Dans H. Hüschen (édit.), « Festschrift Karl Gustav Fellerer zum sechzigsten Geburtstag », Regensburg, 1962, p. 421-7
  • Sirieix Nathalie, La folie dans le « Jeu de la feuillée » d'Adam de la Halle (maîtrise). Université de Paris-Val-de-Marne 1992 [136 f.]
  • Steel Matthew C., A Reappraisal of the Role of Music in Adam de la Halle's « Jeu de Robin et de Marion ». Dans C. P. Comberiati et M.C. Steel (éditeurs), « Music from the Middle Ages through the Twentieth Century : Essays in Honor of Gwynn S. McPeek », New York 1988, p. 40-55
  • Stevens John, La grande chanson courtoise: the Songs of Adam de la Halle. Dans « Proceedings of the Royal Musical Association » (101) 1974-195), p. 11-30
  • —, The Manuscript Presentation and Notation of Adam de la Halle's Courtly Chansons. Dans I. Bent (édit.), « Source Materials and the interpretation of music : a memorial volume to Thurston Dart », London 1981, p. 29-64
  • Tiersot Julien (1857-1936), Sur le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (XIIIe siècle). Fischbacher, Paris 1897 [27 p.]
  • Van Deusen Nancy, The Paradox of Privacy in the Love Songs of Adam de la Halle. Dans Nancy van Deusen, « The Cultural Milieu of the Troubadours and Trouvères », Ottawa 1994, p. 56-66

Discographie

01 / 145
Adam de la Halle
Le jeu de Marion et de Robin

Ensemble Perceval
Guy Robert, dir.

ARION ARN 68 162 (1981-1991)

 

 

Liens

Importante bibliographie, le jeu de Robin et de Marion dans le manuscrit de la Bibliothèque Méjanes
http://www.byu.edu/~hurlbut/fmddp/adam-h.html et http://www.byu.edu/~hurlbut/dscriptorium/aix166

Li gieus de Robin et de Marion, édité d'après le manuscrit de la Vallière (Paris BN fr. 25566) par Olivier Bettens : http://virga.org/robin

Documents

Le jeu de Robin et de Marion. Manuscrit 166 (rés. 14), Bibliothèque Méjanes

Le premier des 11 folios du manuscrit

Mariage de Robin et de Marote
Marote chante

Marote:
Robins m'aime, Robins m'a,
Robins m'a demandee, si m'ara.
Robins m'acata cotele
De burel et bonne et bele,

A leur i va.
Robins m'aime, Robins m'a,
Robins m'a demandee, si m'ara.

Li chevaliers:
Je me repairoie du tournoiement,
Si trouvai bergiere seulete au cors gent.

Marote:
Hé, Robin, se tu m'aimes,
Et par amours, maine m'ent.

Li chevaliers:
Bergiere, Diex vous doinst bon jour!

Marote:
Diex vous gart, sire!

Li chevaliers:
Par amour,
Douche puchele, or me contés
Pour coi ceste canchon cantés
Si volentiers et si souvent—
Hé, Robin, se tu m'aimes,
Par amours, maine m'ent?

Marote:
Biaus sire, il i a bien pour coi:
Car j'aim bien Robinet, et il moi;
Et bien m'a moustré qu'il m'a chiere.
Donné m'a ceste panetiere,
Ceste houlete et cest coutel.

Li chevaliers:
Or me di, veïs tu nul oisel
Voler par deseure ces cans?

Marote:
Sire, oïl je ne sai pas kans.
Encore en a en ces buissons
Et cardonnereul[e]s et pinçons
Qui mout cantent joliement.
Encore en ai je en mon sain
Et une grant pieche de pain
Qu'il m'aporta ore a prangiere.

Li chevaliers:

Or me dites, douche bregiere,
Vauriés vous venir avoec moi
Jeuer seur che bel palefroi
Selonc che bosket, en che val?

Marions au chevalier:
Aimi! Sire, ostés vo cheval!
Par .i. poi qu'il ne m'a blechie.
Li Robins ne regibe mie
Quant je vois apres se karue.

Li chevaliers:
Bregiere, devenés ma drue,
Et faites che que je vous proi.

Marions au chevalier:
Traiés vous sire ensus de moi:
Chi estre point ne vous affiert.
Comment vous apele on?

Li chevaliers:
Aubert.

Marions au chevalier:
Vous perdés vo paine, sire Aubert.
Je n'amerai autre que Robert.

Li chevaliers:
Nan, bregiere?

Marions au chevalier:
Nan, par ma foi!

Li chevaliers:
Cuideriés empirier de moi,
Qui si lonc jetés me proiere?
Chevaliers sui et vous bregiere.

Marions au chevalier:
Ja pour che ne vous amerai.
Bergeronnete sui mais j'ai
Ami cointe et bel et gai.

Li chevaliers:
Bregiere, Diex vous en doinst joie!
Puis qu'ensi est, g'irai me voie.
Hui mais ne vous sonnerai mot.

Li chevaliers:
Trairi deluriau deluriele,
Trairi deluriau delurot.

Li chevaliers:
Hui main quant chevauchoie lés l'oriere d'un bois;
Trouvai gentil bergiere, plus bele ne vit roys
Trairi deluriau deluriele,
Trairi deluriau luroy.

Marote:

Hé! Robechon, leur leure va,
Car vien a moi, leure leure va,
S'irons jeuer, leure doleur va,
Doleur va.

Robin:
Hé! Marion, doleur va,
Je vois a toi, doleur va,
S'irons jeuer, doleureure va,
Dolereure va.

Marote:
Robin!

Robins:
Marote!

Marote:
Dont viens tu?

Robins:
Par le saint [Dieu], j'ai desvestu,
Pour che qu'i fait froit, men jupel,
S'ai pris me houce de burel;
Et si t'aport des pommes. Tien!

Marote:
Robin, je te connuc trop bien
Au canter si con tu venoies.
Mes tu ne me reconnissoies?

Robins:
Si fis, au chant et as brebis.

Marote:
Robin, tu ne sés, dous amis
Et si ne le tiens mie a mal
Yci fu uns hom a cheval
Qui avoit cauchie une moufle,
Et portoit aussi c'un escoufle
Seur sen poing; et trop me pria
D'amer et poi i conquesta,
Car je ne ferai nul tort.

Robins à Marote:
Marote, tu m'aroies mort.
Mais se ge fusse a tans venus,
Ne moi ne Gautiers li Testus,
Ne Baudons, mes cousins germains,
Diable i eüssent mis les mains,
Ja n'en fust partis sans bataille.

Robins a Marote:
Marote, tu m'aroies mort.
Mais se ge fusse a tans venus,
Ne moi ne Gautiers li Testus,
Ne Baudons, mes cousins germains,
Diable i eüssent mis les mains,
Ja n'en fust partis sans bataille.

Marions a Robin:
Robin, dous amis, ne te caille;
Mais or faisons feste de nous.

Robins:
Serai je drois ou a genous?

Marote:
Mais vien cha seoir delés moi,
Si mengerons.

Robins:
Et jou l'otroi;
Je serai chi, lés ton costé.
Mais je ne t'ai riens aporté;
Si ai fait certes grant outrage.

Marote:
Ne t'en caut, Robin, encore ai je
En mon sain .i. pou de fromage
Et les poumes que m'aportas.

Robins:
Diex, com chis froumages est cras!
Ma seur, mengüe.

Marote:
Et tu aussi.
Se tu vieus boire, si le di:
Vés chi fontaine en .i. pochon.

Robins:
Diex, qui eüst ore du bacon
Ta tante, bien venist a point!

Marote:
Robinet, nous n'en arons point,
Car trop haut pent a ses chevrons.
Faisons de che que nous avons;
Ch'est assés pour le matinee.

Robins:
Diex, que l'ai le panche lassee
De le choule de l'autre fois!

Marote:
Di, Robin, foy que tu mi dois,
Choulas tu? Que Diex le te mire!

Robins:
Vous l'orrés bien dire,
Bele, vous l'orrés bien dire.

Marote:
Di, Robin, veus tu plus mengier?

Robins:
Nennil, voir.

Marote:
Dont metrai je arrier
Che pain, che froumage en mon sain
Jusques tant que nous arons fain.

Robins:
Ains le met en te panetiere!

Marote:
Et vé li chi. Robin, quel chiere!
Proie et commande et je ferai.

Robins:
Marote, et je t'esprouverai
Se tu m'ies loiaus amiete,
Car tu m'as trouvé amiet.
Bergeronnet, douche baisselete,
Donnés moi, vostre chapelet.

Marote:
Robin, veux tu que je le meche
Seur ton chief par amourete?
M'en iert il mieus se je l'i met,
M'en iert il mieus se je l'i met.

Robins:
Oïl, vous serés m'amiete;
Vous averés ma chainturete,
M'aumosniere et mon fremalet.
Bergeronnete, douche baisselete,
Donnés le moi, vostre chapelet.

Marote:
Volentiers, ci men amiet.
Robins, fai nous .i. poi de feste.

Robins:
Veus tu des bras ou de le teste?
Je te di que je sai tout faire.
Ne l'as tu pas oï retraire?

Marote:
Robin, par l'ame ten pere,
Sés tu bien baler du piet?

Robins:
Oïl, par l'ame me mere.
Resgarde comme il me siet:
Avant et arriere,
Bele, avant et arriere.

Robins:
Oïl, par l'ame me mere.
Resgarde comme il me siet:
Avant et arriere,
Bele, avant et arriere.

Marote:
Robin, par l'ame ten pere,
Car nous fai le tour dou chief.

Robins:
Marot, par l'ame me mere,
J'en venrai mout bien a chief.
I fait on tel chiere,
Bele, i fait on tel chiere?

Marote:
Robin, par l'ame ten pere,
Car me fai le tour du bras.

Robins:
Marot, par l'ame me mere,
Tout arasinc con tu vaurras.
Est chou la maniere,
Bele, est chou la maniere?

Marote:
Robin, par l'ame ton pere,
Sés tu fere le touret?

Robin:
Ouil, par l'ame ma mere,
Ra il en moi biau vallet
Devant et derriere,
Bele, devant et derriere.

Marote:
Robin, par l'ame ten pere,
Sés tu baler as seriaus?

Robins:
Oïl, par l'ame me mere,
Mais j'ai trop mains de chaviaus
Devant que derriere,
Bele, devant que derriere.

Marote:
Robin, sés tu mener le treske?

Robins:
Oïl, mais li voie est trop freske,
Et mi housel sont desquiré.

Marote:
Nous sommes trop bien atiré.
Ne t'en caut; or fai, par amour.

Robins:
Aten, je vois pour le tabour
Et pour le muse au gros bourdon.

Marote:
Va et amaine o toi Baudon,
Se tu le trueves, et Gautier.
Aussi m'aront il bien mestier
Se li chevaliers revenoit.

Marote:
Robin, revien a grant esploit;
Et se tu trueves Peronnele,
Me compaignesse, si l'apele.
Le compaignie en vaura miex.
Ele est derriere ces courtiex
Si c'on va au molin Rogier.
Or te haste!

Robins:
Lais me escourchier.
Saches je ne ferai fors courre.

Marote:
Or va!

Robins:
Gautiers, Baudon, estes vous la?
Ouvrés moi l'uis, biau dous cousin!

Gautiers:
Bien soies tu venus, Robin.
C'as tu qui ies si essouflés?

Robins:
Que j'ai? Las! Je sui si lassés
Que je ne puis m'alaine avoir.

Gautiers et Baudons:
Di s'on t'a batu.

Robins:
Nenil, voir.

Gautiers et Baudons:
Di tost s'on t'a fait nul despit.

Robins:
Por Dieu soufrez vous .i. petit.
Je sui chi venus pour vous deus,
Car je ne sai ques menestreus
A cheval pria d'amer ore
Marotain; si m'en douch encore
Que il ne reviegne par la.

Gautiers et Baudons:
S'il revient, il le comperra!

Baudons:
Che fera mon, par ceste teste!

Robins:
Vous averés ja trop bonne feste,
Biau seigneur, se vous i venés,
Car vous et Huars i serés,
Et Peronnele. Sont chou gent?
Et s'averés pain de fourment,
Bon froumage et clere fontaine.

Gautiers:
Hé, biau cousin, car nous i maine!

Robins:
Mais vous deus irés chele part,
Et je n'en irai pour Huart
Et Peronnele.

Baudons:
Va don, va!
Et je m'en irai par deça
Vers le voie devers la ville;
S'aporterai me fourke fiere.

Gautiers:
Et je men grant baston d'espine,
Qui est chiés Bourguet, me cousine.

Robins:
Hé! Peronnele! Peronnele!

Peronnele:
Robin, ies tu che? Quel nouvele?

Robins:
Tu ne sés? Marote te mande;
Car nous aurons feste trop grande!

Peronnele:
Qui i sera?

Robins:
Et jou et tu;
Et s'arons Gautier le Testu,
Huart et Baudon et Marote.

Peronnele:
Vestirai je me bele cote?

Robins:
Nennil, Perrote, nenil point,
Or te haste; je vois devant.

Peronnele:
Va; je te sievrai maintenant,
Se j'avoie mes aigniaus tous.

Li chevaliers:
Dites, bergiere, n'estes vous
Chele que je vi hui matin?

Marote:
Pour Dieu, sire, alés vo chemin;
Si ferés trop grant courtoisie.

Li chevaliers:
Certes, bele, tres douche amie,
Je ne le di mie pour mal.
Mais je vois querant chi aval
I. oisel a une sonnete.

Marote:
Alés selonc cele haiete;
Je croi que vous le trouverés.
Tout maintenant i est alés.

Li chevaliers:
Est, par amours?

Marote:
Oïl, sans faille.

Li chevaliers:
Certes, de l'oisel poi me caille,
S'une si bele amie avoie.

Marote:
Pour Dieu, alez en vostre voie,
Car je sui en trop grant frichon.

Li chevaliers:
Pour quoi?

Marote:
Certes, pour Robechon.

Li chevaliers:
Pour lui?

Marote:
Voire, s'il le savoit,
Jamais nul jour ne m'ameroit,
Ne je n'aim rien tant comme Robin.

Li chevaliers:
Vous n'avés garde de nului
Se vous volés a mi entendre.

Marote:
Sire, vous nous ferés sousprendre.
Alés vous ent! Laissié me ester,
Car je n'ai a vous que parler.Laissié me entendre a mes brebis.

Li chevaliers:
Voirement sui je bien caitis
Quant je mec le mien sens au tien!

Marote:
Si en alés; si ferés bien.
Aussi voi je chi venir gent.
J'oi Robin flagoler au flagieu d'argent,
Au flagieu d'argent.
Biau sire car vous en alés!

Li chevaliers:
Bergerete et a Dieu remanés;
Autre forche ne vous ferai.
Ha! Mauvais vilains, mar i fai!
Pour coi tues tu cel faucon?
Qui te donroit .i. horion
Il aroit moult bien esploitié?

Robins:
Ha, sire, vous feriés pechiét.
J'ai grant paor que il ne m'escape.

Li chevaliers:
Tien de loier ceste souspape,
Quant tu le manies si gent!

Robins:
Hareu! Diex! Hareu, bonne gent!

Li chevaliers:
Fais tu noise? Or tien che tatin!

Marote:
Sainte Marie! J'oi Robin!
Je croi que il soit la entrepris.
Anchois perdroie mes brebris
Que je ne l'alaisse aidier.
Lasse! Je voi le chevalier!
Je croi que pour moi l'a batu.
Robin, dous amis, que fais tu?

Robins:
Certes, douche amie, il m'a mort.

Marote:
Par Dieus, sire, vous avés tort
Qui ensi l'avés deskiré.

Li chevaliers:
Et comment a il atiré
Mon faucon? Esgrardés, bregiere!

Marote:
Il n'en set mie la maniere.
Pour Dieu, sire, or li pardonnés!

Li chevaliers:
Volontiers, s'aveuc moi venés.

Marote:
Je non ferai.

Li chevaliers:
Si ferés voir,
N'autre amie ne voeil avoir,
Et voeil que chis chevaus vous porte.

Marote:
Certes dont me ferés vous forche.
Robin, que ne me resqueus tu?

Robins:
Ha! Las! Or ai jou tout perdu!
A tart i venront mi cousin!
 Je perc Marot, s'ai un tatin,
Et desquiré cote et sercot!

Baudons:
Hé! Resveille toi Robin,
Car on en maine Marot, car on en maine Marot.

Robins:
Baudoul! Gautier, estes vous la?
J'ai tout perdu, Marote en va!

Gautiers:
Et que ne l'alons nous secorre?

Robins:
Taisiés! Il nous couroit ja seure
S'il en i avoit .iii. chens.
C'est uns chevaliers hors du sens,
Si a une si grant espee!
Il me donna si grant colee
Que je le sentirai grant tans.

Gautiers:
Se g'i fusse venus a tans,
Il i eüst eü merlee!

Robins:
Or esgardons leur destinee,
Par amours, si nous embuissons
Tout troi derriere ces buissons;
Car je voeil Marion resqueurre
Si le m'aiderez a sequeurre.
Li cuers m'est .i. peu revenus.

Marote:
Biau sire, traiés vous ensus
De moi; si ferés grant savoir.

Li chevaliers:
Demisele, non ferai voir;
Ains vous en menrai aveuc moi,
Et si arés je sai bien coi.
Or ne me soiiés plus si fiere!
Pren suer cest oisel de riviere
Que j'ai pris. Si en mengeras.

Marote:
J'ai plus chier mon froumage cras,
Et men pain a mes bonnes poumes
Que vostre oisel a tout les plumes;
Ne de rien ne me poés plaire.

Li chevaliers:
Qu'est che? Ne porrai je dont faire
Chose qui vous viengne a talent?

Marote:
Sire, sachiés certainement
Que nenil; riens ne vous i vaut.

Li chevaliers:
Bergiere, et Diex vous consaut!
Certes voirement sui je beste
Quant a ceste beste m'areste!
A Dieu, bergiere.

Marote:
A Dieu, biau sire.
Lasse! Or est Robins en grant ire,
Car bien me cuide avoir perdue.

Robins:
Hou, hou!

Marote:
Dieus, est il ce qui la hue!

Marot:
Robin?

Robin:
Marot?

Marote:
Dous amis, comment te vait?

Robins:
Marote, je sui de bon hait,
Et tous garis puis que te voi.

Marote:
Vien donques cha, acole moi.

Robins:
Volentiers, suer, puis qu'il t'est bel.

Marote:
Esgarde de cest sosterel
Qui me baise devant le gent!

Gautiers:
Marot, nous sommes tuit parent;
Onques ne vous doutés de nous.

Gautiers:
Marot, nous sommes tuit parent;
Onques ne vous doutés de nous.

Marote:
Je ne le di mie pour vous,
Mais il par est si soteriaus
Qu'il en feroit devant tous chiaus
De no vile autretant comme ore.

Robins:
Ba qui s'en tenroit?

Marote:
Et encore!
Esgardez comme est reveleus!
Robin, tu ies moult corageus.
Mais li cose est bien alee,
De legier doit estre ouvliee,
Ne nus ni doit apres entendre.

Robin:
Si nous couvient Huart atendre
Et Peronnele qui venront.
Oez les chi!

Marot:
Voirement sont.

Robin:
Di, Huart, as tu te chievrete?

Huars:
Oïl.

Marote:
Bien veingnez vous, Perrete!

Perrote:
Marote, Dieus te beneïe!

Marote:
Tu as esté trop souhaidie.
Or est il bien tans de canter:
En si bonne compaignie
Doit on bien joie mener.

Baudons:
Somme nous ore tout venu?

Huars:
Ouil voir. Or pourpensons un jeu.
Veus tu as Roys ou as Roïnes?
Mais des jeus c'on fait as estrines,
Entour le veille du Noël.
A saint Coisne?

Robins:
Je ne voeil el.

Marote:
C'est vilains jeus; on i cunkie.

Peronnele:
Marote, si ne riés mie.

Marote:
Et qui le nous devisera?

Baudons:
Jou, trop bien. Quiconques rira
Quant il ira au saint offrir,
Ou lieu saint Coisne seu.
Et qui en puist avoir, s'en ait.

Gautiers:
Qui le sera?

Baudoil:
Jou.

Gautier:
C'est bien fait.

Huart:
Gautiers, offrés premierement.
Tenés, saint Coisne, che present,
Et se vous en avés petit,
Tenés.

Perrete:
Hé, il le doit! Il rit!

Marote:
Certes c'est drois.

Huars:
Qui le doit? Gautiers li Testus.

Marote:
Tenés, saint Coisnes, biaus dous sire.

Robins:
Diex, com ele se tient de rire!
Qui va apres? Perrote, alés!

Peronnele:
Biau sire, sains Coisnes, tenés;
Je vous aporte che present.

Robins:
Tu te passes et bel et gent.
Or sus, Huart, et vous, Baudon.
Tu ris, ribaus, dont tu le dois!

Baudons:
Non fach! Huart apres! Je vois.

Huars:
Ves chi deus mars. Vous le devés.

Huars:
Or tout coi, point ne vous levés,
Car encore n'ai je point ris.

Robins:
Qu'est ce, Huart? Est chou estris?
Mau soiiés vous ore venus!
Tu veus tous jors estre batus.
Or le paie tout sans deignier.

Huars:
Je le voil volentiers paier.

Robins:
Tenés, sains Coismes, est ce plais?

Marote:
Ho! Singneur, chis jeus est trop lais;
En est, Perrete?

Peronnele:
Il ne vaut nient.
Et sachiés que bien apartient
Que faisons autres festeletes.
Nous sommes chi .ii. baisseletes
Et vous estes entre vous .iiii.

Gautiers:
Faisons .i. pet pour nous esbatre;
Je n'i voi si bon.

Robins:
Fi, Gautier!
Savés si bel esbanoiier
Et devant Marote m'amie
Avés dit si grant vilenie?
Maudehais ait par le musel
A cui il plaist n'a qui est bel!
Or ne vous aviegne jamais!

Gautiers:
Je le lairai pour avoir pais.

Marote:
Or faisons .i. jeu.

Robin:
Quel vieus tu?

Marote:
Je voeil, o Gautier le Testu,
Jouer as Rois et as Roïnes.

Gautiers:
Et je ferai demandes fines
Se vous me volés faire roy.

Robin:
Nenil, sire, foi que vous doi;
Ains ira au nombre des mains.

Huart:
Certes, tu dis bien, biaus compains,
Et chieus qui chiet en .x. soit rois.

Baudons:
C'est bien, de nous li otrois.
Or cha! Metons nos mains ensanle.

Robin:
Sont eles bien? Que vous en sanle?
Li quiex commenchera?

Huars:
Gautiers.

Gautier:
Je commencherai volentiers.
Empreu.

Huars:
Et deus.

Baudoul:
Et trois.

Robin:
Et quatre.
Conte apres, Marot, sans debatre.

Marote:
Trop volentiers: et v. et .vi.
Et .vii. et .viii. et .ix. et .x.

Baudons:
Enhenc, biau seigneur, je sui rois!

Marote:
Par le mere Dieu, chou est drois,
Et nous tous, ce croi, le volons.
Levons le haut et couronnons!
Ho, bon est!

Robins:
Hé, Perrete, en quar me donne,
Par amours, en lieu de couronne
Au roi ton capel de festus.

Peronnele:
Tenés, roi.

Baudoul:
Gautiers li Testus,
Venés a court tantost, venés!

Gautiers:
Volentiers, sire. Commandés
Tel cose que je puisse faire,
Et qui ne soit a moi contraire.
Je le ferai se j'onques puis.
Le roi parle:
Gautier, premierement te ruis
Que tu dies ci devant nous:
S'onc fus de t'amie jalous.
Et puis s'apelerai Robin.

Gautiers:
Oïl, sire, pour .i. mastin
Que j'oïs hurter l'autre fie
A l'uis de le cambre m'amie;
Si en soupechonnai .i. home.

Gautiers:
Oïl, sire, pour .i. mastin
Que j'oïs hurter l'autre fie
A l'uis de le cambre m'amie;
Si en soupechonnai .i. home.

Le roi parle:
Or sus, Robin!

Robins:
Rois,
Commande moi che qu'il te plaist.

Li rois:
Robin, quant une beste naist,
A coi sés tu qu'ele est femele?

Robins:
Ceste demande est bonne et bele!

Li rois:
Dont i respon!

Robins:
Non ferai voir!
Mais se vous le volés savoir,
Sire rois, au cul li wardés.
Ja plus de moi n'en porterés.
Me cuidiés chi faire honte?

Marote:
Il a droit, voir.

Li rois:
A vous que monte?

Marote:
Si fait car li demande est laide.

Li rois:
Marot, et je voeil qu'il souhaide
Son voloir.

Robins:
Je n'os, sire.

Li rois:
Non?
Va, dont s'acole Marion,
Bien douchement si que il li plaise.

Marote:
Esgar dou sot, s'il ne me baise!

Robins:
Certes, non fac.

Marote:
Vous i mentés.
Encore i pert il; esgardés!
Je cuit qu'il m'ait morse el visage.

Robins:
Je cuidai tenir .i. froumage,
Si te senti je tenre et mole.
Vien avant, seur, et si m'acole
Par pais faisant.

Marote:
Va a dyable sos!
Tu poises autant comme .i. blos!

Robins:
Or, de par Dieu! Vous vous courchiés?
Venés cha, si vous rapaisiés.

Marote:
Biau sire, je ne dirai plus.
N'en soiés honteus ne confus.

Le roi parle:
Venés a court, Huart, venés.

Huars:
Je voiss puis que vous le volés.

Li rois:
Or di, Huart, si t'aït Diex,
Quel viande tu aimes miex.
Je sai bien se voir m'en diras.

Huars:

Bon fons de porc pesant et cras
A le fort aillie de nois.
Certes, j'en mengai l'autre fois
Tant que j'en oi la menison.

Le roi parle:
O Diex, con faite venison!
Huars n'en diroit autre cose.
Perrete, vien a court!

Perrete:
Je n'ose.

Le roi parle:
Si feras, si Perrete. Or di,
Par cele fois que tu dois mi,
Le plus grant joie c'ainc eüsses
D'amours, en quel que lieu que fusses.
Or di, et je t'escouterai.

Perrete:
Sire, volentiers le dirai.
Sire ce que mes amis vint
A moi aus chans et si me tint
Longuement bonne compaignie
Lés mes brebis, sans vilenie,
Pluseurs jors menu et souvent.

Le roi parle:
Sans plus?

Perrete:
Voire, voir!

Le roy:
Ele ment.

Robins:
Par le cors Dieu, je le croi bien.

Le roi parle:
Marote, or sus, vien a court, vien.

Marote:
Faites moi dont demande bele.

Le roi parle:
Volentiers. Di moi, Marotele,
Combien tu aimes Robinet,
Men cousin, che joli varlet.
Honnie soit qui m'en mentira!

Marote:
Par foi, je n'en mentirai ja.
Je l'aim, sire, d'amour si vraie
Que je n'aim tant brebis que j'aie,
Nis cheli qui a aignelé.

Le roi:
Par le saint Dieu, c'est bien amé!
Je voeil qu'il soit de tous seü.

Gautiers:
Marote, il t'est trop meskeü!
Li leus emporte une brebis!

Marote:
Robin, ceur i tost, biaus amis,
Anchois que li leus le mengüe!

Robins:
Gautier, prestés moi vo machue;
Si verrés ja bacheler preu.
Hareu! Le leu, le leu, le leu!
Sui je li plus hardis qui vive?
Tien, Marote.

Marote:
Lasse, caitive!
Commme ele revient dolereuse!

Robins:
Mais esgar comme ele est croteuse!

Marote:
Et comment tiens tu chele beste?
Ele a son cul devers le teste.

Robins:
Ne puet caloir; che fu de haste
Quant je le pris. Marote, or taste
Par ou li leus l'avoit aierse.
Mais esgar comme ele est chi perse.

Gautiers:
Gautier, com vous estes vilains!

Robins:
Marote, tenés le en vos mains,
Mais wardés bien qu'el ne vous morde.

Marote:
Non ferai, car ele est trop orde;
Mais laissié le aler pasturer.

Huars:
Sés tu de quoi je voeil parler,
Robin? Se tu aimes autant
Marion, com tu fais sanlant,
Sachez je le te loëroie
A prendre, si Gautiers l'otroie.

Gautiers:
Il m'est bel et je l'otroie.
Je le veill bien pren le donc.

Robin:
Ce est tout mien?

Gautiers:
Oïl, nus ne t'en fera tort.

Marote:
Hé, Robin! Que tu m'estrains fort!
Ne sés tu faire belement?
C'est grans merveille qu'il ne prent
De ches deus gens Perrete envie.

Perrete:
Cui? Moi? Je n'en ai nul en vie
Que jamais eüst de moi cure.

Huars:
Si aroit, voire, par aventure.

Perrete:
A cui?

Huart:
A moi ou a Gautier.

Gautiers:
Voire, sire, pour vo musete?
Tu n'as el monde plus vaillant.

Huars:
Si ai au mains ronchi traiant,
Bon harnas charrete et carue,
Et si sui sires de no rue.
S'ai houche et sercot, tout d'un drap,
Et s'a me mere .i. bon hanap
Et une rente c'on li doit
Qui m'escherra s'elle moroit,
De grain seur .i. molin a vent,
Et une vake qui nous rent
Le jour assés lait et froumage.
N'a il en moi bon mariage?
Dites, Perrete?

Perrete:
Oïl, Gautier,
Mais je n'oseroie acointier
Nului pour mon frere Guiot;
Bien en porroit tost venir bataille.

Gautiers:
Si tu ne le veus, ne m'en caille.
Entendons a ces autres noches.
Di moi, c'as tu chi en ches botes?

Peronnele:
Il i a pain, sel et cresson.

Gautiers:
Et tu, as tu rien, Marion?

Marote:
Naie, voir, demande Robin
Fors du froumage d'ui matin,
Et du pain qui nous demoura.
Vés en chi se vous en volés.
Qui eüst deus gambons salés?

 

Marote:
Ou sont il?

Gautiers:
Vés les chi tous pres.

Huars:
Et jou ai deus froumages fres.

Marot:
Di, de quoi sont il?

Huart:
De brebis.

Baudon:
Segneur, et j'ai des pois rotis.

Marote:
Quides tu pour tant estre quites?

Robins:
Naie, encor ai je des poumes quites.
Marion, en veus tu avoir?

Marote:
Nient plus?

Robins:
Si ai.

Marote:
Or di dont voir.

Robins:
Encore ai je .i. tel pasté,
Qui est de coulon tubé,
Que nous mengerons, Marote,
Bec a bec et moi et vous;
Chi me ratendés, Marote,
Chi venrai parler a vous.
Marote, veus tu plus or di?

Marote:
Oïl, certes.

Robins:
Et jou te di
Qu'encore ai je un tel capon
Qui est cras seur le crepon,
Que nous mengerons, Marote,
Bec a bec et moi et vous;
Chi me ratendés, Marote,
Chi venrai parler a vous.

Marote:
Robin, revien dont tost a nous.

Robin:
Ma douche amie, volentiers.
Et si mengiés endementiers
Que g'irai; si ferés que sage.

Marote:
Robin, nous feriemmes outrage.
Saches que je te voeil atendre.

Robins:
Non feras, mais fai chi estendre
Ten jupel en lieu de touaille,
Et si metés sus vo vitaille,
car je revenrai tout errant.

Marote:
Met ten jupel, Perrete, avant;
Aussi est il plus blans du mien.

Peronnele:
C
ertes, Marot, je le voeil bien,
Puis que vo volentés i est.
Tenés et vés le chi tout prest.
Estendé ou vous le volés.

Marote:
Or cha, biau segnieur, aportés,
S'il vous plaist, vo viande cha.

Peronnele:
Esgar, Marote, je voi la,
Che me samble, Robin venant.

Marote:
C'est mon, et si vient tout balant.
Que t'en sanle? Est il grans caitis?

Peronnele:
Certes, Marot, il est faitis,
Et de faire a ton gré se paine.
Esgar les corneurs qu'il amaine!

Marot:
Ou sont il?

Perrete:
Vois tu ches varlés
Qui la tienent ches .ii. cornés?

Marote:
Par le saint Dieu, je les voi bien.

Robins:
Marote, je sui venus—tien!
Or di, m'aimes tu de bon cuer?

Marote:
Oïl, voir.

Robins:
Tres grant merchis, suer,
De che que tu pas ne t'escuses.

Marote:
Hé, que sont che las?

Robins:
Che sont muses
Que j'ai pris en chele vilete.
Suer, esgar quel bele cosete!

Marote:
Robin, par amours, sié te cha,
Et chil compaignon seront la.

Robins:
Volentiers, douce amie chiere.

Marote:
Tien che morsel, biaus amis dous.
Hé! Gautier, a quoi pensés vous?

Gautiers:
Certes, je pensoie a Robin,
Car se nous ne fuissons cousin,
Je t'eüsse amee sans faille,
Car tu es de trop bonne taille.
Baudon, esgar quel cors chi a!

Robins:
Gautier, ostés vos mains de la!
En est che mie vo amie.

Gautiers:
En est tu ja en jalousie?

Robins:
Oïl, voir!

Marote:
Robin, ne te doute.

Robins:
Encore voi je qu'il te boute!

Marote:
Gautier, par amours, soiés cois;
Je n'ai cure de vo gabois.
Mais entendons a nostre feste.

Gautiers:
Je sai trop bien canter de geste.
Me volés vous oïr canter?

Robin:
Oïl.

Gautiers:
Fai moi dont escouter.
Audigier, dist Raimberge, bouse vous di

Robins:
Ho! Gautier, je n'en voeil plus—fi!
Dites, serés vous tous jours teus?
Vous chantez com ors menestreus.

[Gautiers:]
[En mal eure] gabe cis sos
[Qui me va blamant mes bi]aus mos.
N'est che mie bele canchons?

Robins:
Nennil, voir.

Marot:
Par amours, faisons
Le tresque et Robins le menra,
S'il veut, et Huars musera,
Et chil doi autre corneront.
Or ostons ains ches coses dont.
Par amour, Robin, or le maine.

Robins:
Hé, Dieus! Com tu me fais de paine!

Marote:
Or fai, dous amis, je t'acole.

Robins:
Et tu verras passer d'escole
Pour chou que tu m'as acolé.
Mais nous arons anchois balé,
Entre nous deus, car bien balons.

Marote:
Soit, puis qu'il te plaist; or alons,
Et si tien le main au costé.
Dieu, Robin,, que c'est bien balé!

Robins:
Marotele,
Certes! Tous li cuers me sautele,
Que je te voi si bien baler.
Or voeil jou le treske mener.

Marote:
Voire, pour Dieu, mes amis dous.

Robins:
Or sus, biau segneur, levés vous!
Si vous tenés, g'irai devant.
Marote, preste moi ton gant,
S'irai de plus grant volenté.

Marot:
Dieu, Robin, que ch'est bien passé!
De trestous dois avoir le los.
Par amors mainne nous au bos.

Robins:
Venés apres moi, venés le sentele,
Le sentele, le sentele, lés le bos.

 

Explicit de Robin et de Marion 

Jean-Marc Warszawski
18 avril 2005
27 avril 2009, révision de la bibliographie (version 2005)
28 avril, révision de la bibliographie, catalogue des œuvres

Discussion hallucinante à propos du plagiat de cette page dans la Wikipédia

Musicologie.org
56 rue de la Fédération
93100 Montreuil
06 06 61 73 41

À propos - contact
S'abonner au Bulletin
Liste musicologie.org

Flux RSS

Biographies de musiciens
Encyclopédie musicale
Articles et études
La petite bibliothèque

Analyses musicales
Cours d'écriture en ligne

Nouveaux livres
Nouveaux disques
Agenda

Petites annonces
Téléchargements

Presse internationale
Colloques & conférences
Universités françaises

Collaborations éditoriales

Soutenir musicologie.org


ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2014

musicologie.org

Mardi 16 Août, 2016 16:10