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« Faust » de Jean-Christophe Maillot au Grimaldi Forum : damnation ou rédemption de Bernice Coppieters ?

 

Bernice Coppieters, Faust. Photographie © Alice Blangero.

 

31 décembre 2014, par Jean-Luc Vannier —

Fin ou commencement ? « Mors et Vita » signait Charles Gounod qui précisait sur son oratorio de 1886 : « C'est qu'en effet la Mort n'est que la fin de l'Existence qui est un mourir continuel ; mais elle est le premier instant et, en quelque sorte la naissance de ce qui ne meurt plus ». En assistant, mardi 30 septembre au Grimaldi Forum, à la représentation de « Faust », le ballet de Jean-Christophe Maillot dédié à Maurice Béjart, il nous était difficile de ne pas penser à Bernice Coppieters, présente par son absence. Annoncée dans le rôle de « La mort » comme sa dernière prestation sur les planches après plus de vingt années au côté du célèbre chorégraphe monégasque, l'étoile empyréenne des Ballets de Monte-Carlo était inopinément remplacée par Maude Sabourin. Quelques jours plus tôt, présentant sa création « La mégère apprivoisée » par les Ballets du Théâtre Bolchoï en ouverture de l'Année de la Russie à Monaco, Jean-Christophe Maillot reconnaissait in petto qu'une promesse faite à sa compagne sur la scène comme à la ville n'était pas sans lien — inconscient — avec sa décision d'accéder à la requête de Sergueï Filin, de mener à bien cette expérience moscovite. Comment alors appréhender, après sa mise en scène du « Faust » opératique de Gounod au Théâtre de Wiesbaden au printemps 2007 et sa chorégraphie inspirée par ce travail et présentée en décembre de la même année sur le Rocher, celle remontée pour ces fêtes de la saint-Sylvestre 2014 avec « une complète carte blanche » laissée à Bernice Coppieters ? La charge symbolique à la croisée de telles circonstances induisait ces prolégomènes

Mimoza Koike, Bernice Coppieters, Faust. Photographie © Hans Gerritsen.

Créée sous la baguette du compositeur en septembre 1857, la « Faust Symphonie » de Franz Liszt d'après les « trois études de caractère » de Goethe (Faust, Gretchen, Mephistopheles) fournit la trame musicale brillamment interprétée par l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Nicolas Brochot, déjà aux commandes de la phalange monégasque pour le « Casse-Noisette » du 31 décembre de l'année passée. Aidés, dans la conception d'éblouissants effets spéciaux, par une scénographie de Rolf Sachs, la vidéo de Gilles Papin et les costumes de Philippe Guillotel qui avait déjà réalisé ceux de « Choré » en avril 2013, Jean-Christophe Maillot — et Bernice Coppieters ? — développent une approche très élaborée du mythe faustien, bien au-delà des clichés attendus par le pacte d'une âme vendue au diable en échange d'une jeunesse éternelle. L'universel biblique — le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal — y côtoie l'empreinte du singulier : du souffle pestilentiel de la parole comme des langoureux baisers procède l'accomplissement du maléfice. L'ambivalence des attitudes et la psychologie des profondeurs marquent par surcroît cette fascinante proposition chorégraphique, d'essence néanmoins très féminine : de victime présumée, Faust l'humain (Lucien Postlewaite) devient l'enjeu d'une subtile rivalité amoureuse entre La Mort (Maude Sabourin) et Méphistophélès (Gabriele Corrado) se divertissant d'un affrontement destiné à mesurer leur puissance respective, à l'image des dieux olympiens se distrayant des joies et des peines dont ils éprouvent les mortels. Les évolutions, les gestuelles et les mimiques ne lésinent pas sur les manifestations d'ambiguïté sexuelle nourries de déstabilisantes confrontations à « l'autre en soi ». Elles multiplient les manigances perverses de séduction exploitant toute la panoplie des  ressources offertes par la jalousie tout comme par celles de la tiercéité affective. Elles n'hésitent pas in fine à jouir de leur pulsion d'emprise : à ce petit jeu, La Mort perd la première manche à l'acte I contre Méphisto mais gagne une revanche décisive à la fin de l'acte III en réunissant Faust et Marguerite (Mi Deng), tous deux sauvés par une divine rédemption. Celle contenue dans l'Andante du Chorus mysticus interprété par les chœurs masculins de l'opéra de Monte-Carlo (nonobstant la maladresse de départs différés) et qui se termine par une ode au féminin : « Das Ewig weibliche zieht uns hinan » (l'éternel féminin nous tire vers le haut). Et La Mort d'escalader une échelle aux marches luminescentes. Fût-elle incarnée par Bernice Coppieters que nous l'eussions aveuglément suivie.

Bernice Coppieters, Mimoza Koike, Faust. Photographie © Marie Laure Briane.

Monaco, le 31 décembre 2014
Jean-Luc Vannier

 

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