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Elisso Virsaladze, magicienne du piano à la maison de la musique de Porto

Elisso VirsaladzeElisso Virsaladze à la Casa da Música Porto. Photographie © Casa da Música.

Porto, Casa da Música, 25 septembre 2016, par Eusebius ——

Rare au concert, en France en particulier, la grande pianiste géorgienne1 donne un unique récital à Porto, qu’elle aurait pu intituler « Autour de Schumann, et avec Liszt», le premier étant son musicien de prédilection, au cœur du programme, le second signant cinq des transcriptions offertes au public.

Aussitôt les saluts traditionnels, sans même attendre l’écho des applaudissements, elle s’empare du clavier. Le buste toujours très droit sur sa banquette, concentrée, à peine un mouvement de la tête vers le registre grave, seuls les avant-bras semblent en mouvement. Bach transcrit par Saint-Saëns est une excellente introduction, avec la Sinfonia d’ouverture de la cantate 29 « Wir danken dir, Gott ». Justement célèbre, elle donne un caractère jubilatoire à cette entrée en matière, tout en permettant à Elisso Virsaladze de réaffirmer, si besoin était, son extraordinaire maîtrise.

Changement radical d’atmosphère avec Schubert. Chacun des  six Moments musicaux, au toucher admirable, baigne dans une lumière fraîche, d’un romantisme intime, pudique. Ainsi les oppositions du troisième, le plus souvent appuyées, sont-elles ici réduites à l’état de clins d’œil, naïfs, souriants. La vélocité est aérienne, d’une suprême élégance. Le cinquième bondit, exubérant, d’une joie saine, authentique. Enfin, le chant des parties intérieures du dernier est admirable, avec des lignes dont la grâce, l’émotion contenue, la touche de mélancolie nous émeuvent. La première partie s’achève  sur la « Valse-caprice » no 6. La petite pièce, sans autre prétention que le divertissement, est ici magnifiée par la transcription de Liszt, admirable de vie, de liberté, de légèreté et de force : une merveille. La virtuosité humble, toujours juste de ton, élégante, raffinée, mais aussi puissante, lorsque l’œuvre ou le passage le requiert.

Elisso Virsaladze Elisso Virsaladze à la Casa da Música Porto. Photographie © Casa da Música.

Nouveau changement de perspective pour la seconde partie, dominée par Schumann et Chopin. La Novelette, opus 21 no 8 du premier est proprement inspirée, limpide, d’un jeu clair, aux expressions changeantes. Widmung et Frühlingsnacht, sont plus schumanniens que jamais. Enfin, la Berceuse, puis la Barcarolle de Chopin, débarrassées des artifices dans lesquels se complaisent tant de pianistes. Le jeu est limpide, d’une légèreté et d’une grâce rares, la conduite du chant est admirable, assortie d’une idéale indépendance des lignes et de leur équilibre. On est confondu par la simplicité, par le naturel, dont la marque est une virtuosité au service exclusif de l’œuvre. Elisso Virsaladze est au sommet de son art.

Avant les deux bis qui répondront aux longues ovations d’un public qui s’est spontanément dressé, la Valse de Faust, de Gounod, prétexte pour  Liszt de déployer toute sa palette expressive, va constituer le bouquet final. La grâce, l’élégance des phrasés, la poésie comme une dynamique exemplaire, qui respire la vie, confèrent à cette paraphrase (S. 407) l’ivresse tourbillonnante qui sied.

Elisso Virsaladze Elisso Virsaladze à la Casa da Música Porto. Photographie © Casa da Música.

Un jeu apuré, naturel, évident, avec une sonorité singulière, prenante, des phrasés modelés, sans artifice ni sollicitation, voilà du très grand piano, racé, d’une lisibilité singulière, au toucher où l’énergie le dispute à une légèreté admirable. Une grande joie que cette soirée mémorable.

Eusebius
26 septembre 2016

4. élève de Neuhaus, assistante de Lev Oborine, cette grande dame, de la génération des Sokolov, Leonskaïa, Askenazy, est particulièrement reconnue pour ses interprétations de Schumann. Elle compte Boris Berezovski parmi ses élèves, et a Natalia Gutman comme fréquente partenaire. « Une pianiste géniale… un géant du piano » écrit Alain Lompech à son sujet. Quant à Philippe Cassard, qui devrait lui consacrer plusieurs émissions, il la considère comme « une des plus grandes pianistes – musiciennes de ces cinquante dernières années ». Peut-on rêver de plus beaux éloges ? Une interview récente, où elle s’exprime en français, nous éclaire sur son parcours, sur ses maîtres, ses principes.

 

 

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bouquetin

Mercredi 28 Septembre, 2016 15:58