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Sur les sommets de la musique du XXe siècle : Messiaen au Pays de la Meije

Le Massif de La Meije. Photographie © D.R.

La Grave, 27 - 31 juillet 2016, par Frédéric Norac ——

Connaissez-vous La Grave, ce petit village des Hautes-Alpes, dont l'église fait face au second plus haut sommet du Massif des Écrins, La Meije, culminant à 3 982 mètres ?

C'est là qu'Olivier Messiaen est fêté chaque année depuis 1998 au cours d'un festival qui célèbrera en 2017 sa 20e édition. Rares sont les manifestations  à justifier cette appellation de festival au sens propre du terme. Messiaen au Pays de la Meije est de ceux-là.

Ambitieuse, la manifestation n' offrait pas moins de 18 concerts sur 9 jours cette année. S'y font entendre depuis sa création les meilleurs interprètes de la musique du 20e siècle. Audacieuse, c'est l'intégrale de l'œuvre pour piano qui constituait le cœur de la programmation et on a pu entendre en un concert-marathon la totalité des œuvres du compositeur consacrées aux « oiseaux  » dont au moins un inédit (La fauvette passerinette)  « reconstitué » par le pianiste et musicologue Peter Hill.

Improbable aussi. Comment imaginer, dans ces hameaux isolés de hautes montagnes, sillonnés par les randonneurs et les alpinistes chevronnés, une telle manifestation où se rencontrent compositeurs (cette année Gilbert Amy), interprètes de haut niveau et un public composé de spécialistes et de simples mélomanes, voire de néophytes, qui se côtoient et échangent sans a priori. L'ensemble donne une ambiance singulièrement conviviale qui se concrétise chaque soir par la « tisane » de l'après-concert où l'on ne boit pas que de l'eau chaude.

De cette 19e édition, dont le compositeur de référence était György Kurtág à qui le festival rendait hommage à l'occasion de ses 90 ans, nous retiendrons surtout l'exécution magistrale des Vingt regards sur l'Enfant-Jésus par Michel Béroff, un vétéran de l'interprétation du compositeur qui,  à 65 ans sonnés, n'a rien perdu de sa virtuosité ni de sa profondeur. Éblouissant également le concert du 30 juillet qui réunissait  François-Frédéric Guy, d'une finesse d'exécution magnifique dans les Notations de Boulez, à  Geoffroy Couteau dans des Visions de l'Amen jubilatoires et qui resteront longtemps gravées dans la mémoire de ceux qui y ont assisté. À ce programme, une création et une pièce contemporaine, toutes deux de Rodolphe Bruneau-Boulmier, producteur bien connu de France Musique. Comme l'avouait le compositeur lui-même, il est difficile de se retrouver pris en tenaille entre Boulez et Messiaen et, de fait, son Convoi de l'eau pour piano seul et El Borge pour deux pianos ne laissent guère de trace après la fabuleuse dernière partie du concert.

« La Nuit des oiseaux »,  au programme plus austère, aura permis de découvrir grâce au forfait de Momo Kodama, un jeune pianiste très prometteur en la personne de Lorenzo Soulès dans les Petites esquisses  d'oiseaux tandis que Markus Bellheim donnait une vision puissante de la Rousserole effarvate et Peter Hill une lecture délicate et poétique des 2e et 3e livres du Catalogue d'oiseaux.

Pour le concert de clôture, pas de Messiaen — drôle d'idée tout de même ! — mais deux pièces pour quatuor à cordes de Gilbert Amy, Mouvement de 1956 et le quatuor no 3 de 1956 dont la deuxième surtout nous a réellement captivé ainsi que L'officium breve (1988) et les 12 Microludes, opus 13, en hommage à Andras Mihaly (1977) de Kurtág, le tout interprété par le Quatuor Parisii. Un programme où l'on se demandait ce que venait faire le Quatuor « Hoffmeister » de Mozart (K.499) exécuté de façon « banale », mais que le bis (un mouvement du premier quatuor de Beethoven) faisait largement oublier.

Alors, avis aux amateurs d'altitude et de paysages sonores aussi abrupts parfois que les grands sommets qui leur servent de cadre. L'édition 2017 a été annoncée et elle est tout aussi prometteuse.

http://www.festival-messiaen.com/

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Les extrapolations d'un historien mal informé : Rossini sous Napoléon de Jean TulardLa Méditerranée s'invite à Versailles : « Il diluvio universale » de FalvettiL'hymne à Beethoven de Michele Mariotti : symphonie no 9 en ré mineur, avec choeursUne étrange cérémonie : « Luzifers Abschied » de Karheinz Stockhausen Tous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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bouquetin

Dimanche 7 Août, 2016 4:10