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Fin de saison et de règne : Les mousque- taires au couvent

 

Les mousquetaires au couvent, Opéra-Comique, juin 2015. Anne-Catherine Gillet (Simone) et Ronan Debois (Rigobert). Photographie © Pierre Grosbois.

Paris, Opéra Comique, 13 juin 2015, par Frédéric Norac ——

Ces Mousquetaires au couvent n'avaient pas paru sur une scène parisienne depuis 1992, déjà à l'Opéra-Comique alors dirigé par Thierry Fouquet, et dans une mise en scène plutôt classique due à Michel Dunand.  Petit chef-d'œuvre de l'opérette IIIe république, avec son subtil mélange de grivoiserie et d'anticléricalisme, son orchestration raffinée, ses mélodies vives, elle réclame un certain doigté pour rendre toute sa saveur. Varney s'y révèle le digne successeur d'Offenbach avec une culture musicale qui rejaillit à tout instant dans des numéros parodiques comme ce trio de l'acte I qui nous renvoie clairement à Guillaume Tell ou le finale des faux moines où d'évidence Meyerbeer est à son tour convoqué. La richesse de la partition, son inventivité ne sont jamais prises en défaut et donnent un singulier relief à un livret au deuxième ou troisième degré particulièrement réussi.

La mise en scène de Jérôme Deschamps n'y va pas de main morte avec la religion, ridiculisant à plaisir les nonnes, ce qui est parfaitement bénin, mais ajoutant carrément dans la scène du couvent, un crucifié grandeur nature qui saute de sa croix pour prendre sa pause déjeuner, ce qui pourrait bien passer pour du blasphème et ne manque pas de mettre le spectateur légèrement mal à l'aise.  Le comique est évidemment issu en droite ligne de celui décalé des fameux Deschiens, avec un numéro personnel  du maître des lieux en gouverneur de Touraine complètement déjanté et celui de Nicole Monestier, une des ses complices de longue date, en Mère supérieure. Les faux costumes XVIIe très inventifs de Vanessa Sannino participent du caractère burlesque qui domine quasiment d'un bout à l'autre, même dans les quelques passages sentimentaux du deuxième acte. Rien au fond de bien neuf, mais un humour souvent exogène et un peu chargé qui fait mouche et plait au public.

Les mousquetaires au couvent, Opéra-Comique, juin 2015. Sébastien Guèze (Gontran de Solanges) et Marc Canturro (Narcisse de Brissac).. Photographie © Pierre Grosbois.

Là où sans doute on pourra faire quelques réserves, c'est sur l'aspect vocal car l'œuvre demande autant à être chantée que jouée. Excellent comédien, l'Abbé Bridaine (« La faridondaine, la faridondon »") de Franck Leguérinel manque un peu d'épaisseur et ne saurait rivaliser avec le souvenir du baryton tout en rondeurs de Gabriel Bacquier en 1992. De même, le Brissac de Marc Canturri (d'où nous vient donc cet illustre inconnu ?) paraît bien pâlichon quand on se souvient de la musicalité que donnait Michel Vaissière à son Narcisse de Brissac. Tout comme lui, le Gontran de Sébastien Guèze est plutôt joli garçon mais on se demande, à l'entendre forcer en permanence son émission, comment il a pu ruiner des moyens naturels si évidents et une voix au timbre splendide.  Heureusement, du côté féminin, la musicalité retrouve tous ses droits. Charmante la Marie d'Anne-Marine Suire, délicieusement piquante dans son « Furet du couvent » la Louise d'Antoinette Dennefeld mais c'est surtout l'extraordinaire Simone d'Anne-Catherine Gillet, de laquelle on n'attendait guère un tel tempérament et un tel abattage vocal et théâtral, qui s'impose comme la révélation de cette production.

Les mousquetaires au couvent, Opéra-Comique, juin 2015. Chanteuses de l’Académie de l’Opéra Comique, Les Cris de Paris, Nicole Monestier (la Mère supérieure), Doris Lamprecht (sœur Opportune). Photographie © Pierre Grosbois.

Très enlevée, la direction de Laurent Campellone fait pétiller la partition à la tête d'un orchestre symphonique de l'Opéra de Toulon tout simplement excellent. L'homogénéité des Cris de Paris tant du côté des pensionnaires que des mousquetaires fait honneur à leur chef et l'ensemble des petits rôles assumés par les élèves de l'Académie locale a tout le relief souhaitable.

Fin de saison et de règne donc joyeuse et réussie. Il faut remercier Jérôme Deschamps qui aura réussi en huit ans le tour de force de remettre l'Opéra Comique  au centre de la vie musicale parisienne et, non seulement, d'y avoir ramené  la critique, comme le prouvait abondamment cette soirée de première, mais surtout de lui faire prendre au sérieux le répertoire français léger. Un gage on l'espère que l'aventure se prolongera avec son successeur à la réouverture de la maison en janvier 2017.

plume Frédéric Norac
13 juin 2015

Prochaines représentations les 15, 17, 19, 21 et 23 juin.
Spectacle diffusé en direct sur France Musique et Arte Concert le 17 juin.

Les mousquetaires au couvent, Opéra-Comique, juin 2015. Nicole Monestier (la mère supérieure), Anne-Catherine Gillet (Simone), Jérôme Deschamps (le Gouverneur), Franck Leguérinel (l’abbé Bridaine), Doris Lamprecht (sœur Opportune), Les cris de Paris. Photographie © Pierre Grosbois.

 

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Dimanche 14 Juin, 2015 22:10

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