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Gabriel Tchalik et Deborah Nemtanu : la virtuosité comme on l'aime

Festival Radio France Montpellier Occitanie, le 24 juillet 2016, par eusebius ——

Gabriel TchalikGabriel Tchalik. Photographie Claire Douieb.

Il y a les accros, ceux qui peuvent ingurgiter la musique de quatre concerts consécutifs, et les autres, dont je suis, malgré ma boulimie et un estomac entraîné de longue date. Sous le titre « Ombres doubles », se succèdent depuis 12h30 jusqu'aux environs de 20 h quatre récitals d'une richesse insoupçonnée, s'ouvrant et se fermant par douze études d'exécution transcendante (celles de Liapounov, par Florian Noack à 12 h 30 et celles de Liszt, par Müza Rubackytè à 18 h 30). Entre les deux, sont illustrés le violoncelle, puis le violon, chacun par deux virtuoses.

Après m'être certainement montré sévère dans une précédente critique à l'égard de l'un d'eux, j'ai choisi, pour en avoir le cœur net, d'assister au concert auquel il participait, et bien m'en a pris. Au programme trois compositeurs : deux violonistes majeurs, incontournables pour leurs Caprices, Locatelli et Paganini, et un contemporain, Salvatore Sciarrino, écrivant en 1975-1976 ses six pièces  pour Salvatore Accordo, qui en assura très vite la diffusion. Étrangement, si la littérature pour violon seul est surabondante depuis Bach et Telemann, rarissimes sont les « caprices »1.

Sept des 24 caprices de l'opus 3 de Locatelli (cadences des 12 concertos de L'arte del Violino, publié en 1733) vont nous être offerts par Gabriel Tchalik2.  Amplement développés sans jamais être bavards, ils semblent épuiser toutes les difficultés imaginables de l'instrument. Dès le premier inscrit au programme, le no 11, en sol mineur, l'aisance du violoniste est prodigieuse, la technique stupéfiante, et, surtout, la musique est là, souveraine, nuancée, avec une pureté d'émission extraordinaire. Tous les coups d'archet sont utilisés, martelé, sautillé, ricochet, spiccato, et j'en oublie certainement, n'étant pas violoniste. Les doubles cordes, voire les triples autorisent tous les accords comme toutes les polyphonies. On est ébloui par la facilité, apparente, avec laquelle le musicien fait vivre chaque note, lui donne sa couleur, son poids. La puissance comme la légèreté, la rondeur du son comme le chuchotement, tout est là. Ce sera ensuite le no 12, en sol mineur, au jeu très nuancé, renouvelé, qui détaille, cisèle, met en relief tel ou tel motif, avec une articulation admirable, pour finir par un accelerando conduit  magistralement. Puis le septième et le huitième, tous deux en mi mineur, le premier époustouflant, avec une conduite ferme, nuancée, toujours dynamique. Le 23e sent déjà son Paganini, qui signera les siens plus de 80 ans après.  Le 24e est une vraie pièce lyrique, avec ses silences, ses respirations, ses dialogues et même un fandango endiablé. Pour ceux qui ne les connaissent pas, une œuvre à découvrir absolument, particulièrement lorsqu'elle est ainsi servie.

Violon solo super-soliste de l'Orchestre de chambre de Paris (écouté avec ravissement le 20 juillet dans des œuvres de Danzi et de Mendelssohn), Deborah Nemtanu joue un Montagna de 1740, qui sonne fabuleusement. Le programme courageux qu'elle nous propose fait alterner des Caprices de Paganini et les deux premiers des six de Salvatore Sciarrino. Là encore, on se situe à un très haut niveau de virtuosité. Le jeu est spectaculaire, la lecture des Paganini renouvelée est toujours intéressante. Les deux caprices « modernes » intercalés sollicitent une maîtrise transcendante, et surprennent par leur travail sur les cordes aiguës et les harmoniques.  Retour à Paganini avec le célèbre 24e, où chaque variation est clairement caractérisée de façon à solliciter une écoute attentive. Le 20e n'est pas moins admirable. Deux célèbres pour conclure, le 9e, en mi majeur, « la chasse », puis le 13e en si bémol, surnommé parfois « le rire du diable »3, puisque le thème comporte un decrescendo chromatique qui figure un rire sardonique. Le public acclame les deux artistes comme il se doit. Un grand bravo, et… à suivre !

Eusebius
25 juillet 2016

1. Les vionistes ne seraient-ils pas capricieux ?

2. qui les a enregistrés pour le label Évidence, CD publié en 2014, précipitez-vous pour l'acquérir !

3. référence à la célèbre sonate en sol mineur de Tartini « le trille du diable » ?

 

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bouquetin

Dimanche 31 Juillet, 2016 2:11