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La félicité de Mendelssohn au Festival Radio France Montpellier

Montpellier, Festival Radio France Montpellier Région, Opéra Berlioz, 20 juillet 2016, par Euseius ——

Montpellier

L'artisan de la soirée consacrée à Brahms, la veille, était Michel Dalberto. C'est à un autre pianiste que revient le mérite de celle dédiée à Mendelssohn : Philippe Cassard1. Pour commencer, une découverte, une Turandot — sans doute la première — due à Franz Danzi, qui signa un Singspiel, à partir de la version allemande de l'œuvre de Gozzi, à laquelle Schiller donne une dimension romantique et universelle. Nous n'entendrons que l'ouverture, mais ce bijou suffit pour espérer la résurrection de l'ouvrage.  Post-mozartienne, c'est une œuvre charnière, très romantique, déjà, dans un cadre encore traditionnel.  L'Orchestre de Chambre de Paris s'y révèle exemplaire de cohésion, de couleurs, de dynamique, qualités que le concert confirmera pleinement.

Quatre Lieder de Mendelssohn sont alors confiés à Natalie Dessay, accompagnée comme il se doit par Philippe Cassard. Toutes les facettes du romantisme s'y trouvent illustrées. On retiendra particulièrement le dernier,  Hexenlied (chant de sorcière), opus 8 no 8. Tourmenté, fantastique, avec une partie pianistique particulièrement riche (batteries, arpèges…), toutes les qualités dramatiques et vocales de Natalie Dessay sont convoquées pour une incontestable réussite, au point qu'on oublie Janet Baker.

Le premier concerto pour piano, opus 25,  lui aussi en sol mineur, mériterait de figurer plus souvent au programme des concerts. Concis, dense, lumineux, d'une écriture riche et variée, où tous les pupitres sont sollicités, c'est une œuvre majeure. Le merveilleux pianiste qu'est Philippe Cassard se produit trop rarement avec orchestre2. L'écriture est ici virtuose, mais la technique superlative du pianiste est toujours humble, jamais démonstrative, au service exclusif de l'œuvre. Ajoutez à cela un orchestre flamboyant, réactif, ductile, conduit avec maestria et le bonheur est au rendez-vous. Une belle Romance sans paroles répondra aux acclamations du public.

La première symphonie, en ut mineur, opus 11, n'est que la première où tout l'orchestre est convoqué, puisque douze symphonies pour cordes la précèdent. Même s'il n'a que seize ans lorsqu'il la compose, Mendelssohn atteint sa pleine maturité. Seuls Mozart et Schubert peuvent lui être comparés. La coupe en est classique, mais l'écriture, magistrale, relève du premier romantisme, juvénile, sincère, et néanmoins d'un raffinement, d'une science admirables, ainsi le fugato du finale.

La direction de Douglas Boyd impulse une dynamique réjouissante à cette œuvre trop rare, elle aussi. Le romantisme authentique, puissant, frémissant, vigoureux, élégiaque qualifie cette symphonie à l'égal des plus belles. L'intérêt est constant, la vie intense. La conduite, le modelé des phrases sont remarquables. L'ancien hautboïste3 a retenu de son instrument le souci du souffle, de la respiration, du chant des bois. Ceux de ce soir, par deux, sont exceptionnels. Aucun mouvement n'est de moindre qualité. La transparence, toujours, avec une orchestration dont peu sont capables. Au brillant, éclatant, premier mouvement succède un andante très lyrique, aux cordes auxquelles s'ajoutent et répondent les bois. Le scherzo, particulièrement vigoureux, heurté fait place à un tendre trio, que l'on pourrait presque qualifier de schubertien. Le finale, aux épisodes contrastés, nous conduit à la félicité. Les quarante-trois musiciens de l'Orchestre de Chambre de Paris sont longuement ovationnés ainsi que leur chef, et le méritent pleinement.

Eusebius
21 juillet 2016

1. Les auditeurs du Matin des musiciens ont sans doute en mémoire une émission d'août 2013.

2. On est toujours surpris par les capacités de travail de ce grand monsieur : comment trouve-t-il le temps de cultiver son art, de découvrir, de partager ses découvertes, et de se réserver le temps d'apprécier la vie en épicurien ?

3. Hautbois et fondateur du prestigieux Orchestre de Chambre d'Europe – le COE – il explique qu'en 2002, après un concert avec Claudio Abbado, à Paris, il rangea instrument dans son étui pour la dernière fois.

 

Eusebius, eusebius@musicologie.org, ses derniers articles : Le Quatuor Diotima à MontpellierAimez-vous Brahms à Montpellier ? mais lequel ? Festival de Montpellier : Alla turca ?Contes amoureux du Maghreb à l'Orient, avec Amel Brahim-Djelloul Le secret de Menahem PresslerZoroastre, avant la Flûte… au Festival de MontpellierFantastique ! Lucas Debargue et l'Orchestre du Capitole à MontpellierChef d'œuvre d'une verve loufoque, irrésistible : Ba-Ta-ClanLes mille et une nuits de MontpellierPlus sur Eusebius.

 

 

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bouquetin

Jeudi 21 Juillet, 2016 16:28