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Lille Piano(s) Festival : grand cru pour la 13e édition (I)

22 juin 2016, Par Strapontin au Paradis

La 13e édition de Lille Piano(s) Festival s'est tenu les 17, 18, 19 juin, en 21 concerts payants répartis entre le Nouveau Siècle, résidence de l'Orchestre national de Lille, et le Conservatoire. À quoi s'ajoutaient une dizaine de concerts gratuits (y compris jazz piano-bar aux heures tardives) à la Gare Saint-Sauveur et une quinzaine de « hors les murs » (Forum départemental des sciences à Villeneuve-d'Ascq, Villa départementale Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel, et à la Maison natale Charles de Gaulle à Lille), des événements scolaires, des mini-récitals au Furet du Nord, des « récitals gourmands » au restaurant Clément Marot, leçon de maître, conférence sur le piano… Tout un choix de claviers était présent : acoustique, numériques, accordéons, bandonéons, vibraphones, cloches, clavecin…

Avant même le concert d'ouverture, 12 000 billets étaient vendus, chiffre qui a finalement grimpé jusqu'à 14 000 billets achetés, soit un taux de fréquentation 17 % supérieur à l'édition précédente.

« Les esprits de la forêt » par le Duo Jatekok avec la dessinatrice de sable Marina Sosnina. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Ce résultat va de pair avec la diversité de styles, de formations et d'artistes invités. De grands concertos et des œuvres symphoniques côtoyaient des récitals plus intimistes et des concerts de musique de chambre. Des spectacles sortant du commun étaient également au rendez-vous : « Les esprits de la forêt » par le Duo Jatekok avec la dessinatrice de sable Marina Sosnina sur des musiques composées pour les Ballets russes ; « Les ombres errantes », par Iddo Bar-Shai et Philippe Beau, créateur d'ombres chinoises, sur des musiques de Couperin ; les frères Bouclier, le duo accordéon-violon extrêmement virtuoses et sensibles ; concert piano et cloches par Nicolas Stavy et Jean-Claude Gengembre, avec la grande sonate no 7 de Boris Tishchenko…

Julian Travelyan. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Concertos avec l'orchestre

Le Festival commence fort vendredi soir avec Fazil Say qui joue en solo (Gymnopédies de Satie et Gezi Park, sonate pour piano de sa propre composition), et avec l'Orchestre national de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadesus (concerto en la majeur de Mozart). Samedi 18, deux concerts avec chacun trois concertos (!) de Mozart et de Bach, pour un, deux et trois claviers, accompagnés par l'Orchestre de Picardie sous la baguette d'Arie Van Beek. Au premier de ces deux concertos, Julian Trevelyan, Prix Musicologie.org au Concours-Festival (répertoire pianistique moderne) de Paris 2015 et  Second Grand Prix du Concours Long-Thibaud-Crespin la même année, interprète le concerto no 23 de Mozart où le dialogue avec l'orchestre n'est pas encore pleinement établi. Dans les deux concertos de Bach (BWV 1060 et BWV 1063), l'élégance des phrasés par Lidija et Sanja Bizjak et Anne Queffélec séduit l'auditoire.

Lidija et Sanja Bizjak et Anne Queffélec. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Richesse de la programmation des récitals

La richesse des récitals demeure incontestablement le point fort de Lille Piano(s) Festival. Dès la première soirée, Les variations Goldberg de J.-S. Bach, par Alexandre Tharaud, nous plongent dans un univers musical intense, avec une approche remplie de couleurs, qui sonne presque symphonique. Le timbre, les nuances, la densité du son règlent et rythment son interprétation ; le temps de pause entre les variations semble être le fruit de mûres réflexions pour un meilleur enchaînement.

Alexandre Tharaud. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Samedi 18 juin, nous avons assisté à deux récitals au sein de la très belle salle rénovée de l'auditorium du Conservatoire. D'abord à 11 heures, celui d'Anne Queffélec rassemblant des pièces courtes de compositeurs français de la fin du XIXe siècle au début du XXe : Erik Satie, Maurice Ravel, Francisz Poulenc, Déodat de Séverac, Claude Debussy, Pierre-Octave Ferroud (1900-1936), Reynaldo Hahn, Gabriel Dupont (1878-1914), Charles Kœchlin, Florent Schmitt. Comme à chaque concert, elle prend brièvement la parole avant de jouer  ; cette fois son attention est portée sur « L'après-midi de dimanche » (extrait des Heures dolentes) de Gabriel Dupont, mort de tuberculose, suggérant que cette musique exprimerait l'exact sentiment que le compositeur aurait éprouvé un dimanche après-midi, dans son lit de malade, pris soudain par l'élan de la vie à l'image de la partie médiane de la pièce. Des morceaux à caractère différents, enchaînés soit immédiatement soit après un temps ; les doigts de la pianiste peignent des tableaux sonores divers et variés, dont la poésie est renforcée par le bruit de la pluie plus ou moins battante.

À 14 heures, Ismaël Margain, lauréat du Concours international « Génération SPEDIDAM » en 2011 et le 3e prix du Concours Long-Thibaud en 2012, donne, au même auditorium, un récital de très haut vol dans une atmosphère détendue. En effet, il parcourt les époques en compagnie de ses compositeurs préférés : Partita no 1 de Bach, 3 Klavierstücke D 946 de Schubert, L'isle joyeuse de Debussy, puis il ajoute une pièce très jazzy de Nikolaï Kapoustine (né en 1937), une œuvre de Chik Corea (né en 1941) et une improvisation. Une simplicité dans Bach, un romantisme tourmenté de Schubert, des harmonies voluptueuses de Debussy… tous ces caractères, fort différents, sont exprimés avec style, mettant en avant sa technique éblouissante au service exclusif de la musique. Son grand talent aussi bien dans la classique que dans le jazz impressionne l'assemblée qui, heureuse de découvrir un pianiste capable de naviguer avec autant de naturel entre les deux univers musicaux, quitte les lieux un grand sourire aux lèvres.

Ismaël Margain. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Le Festival invite de grands prix internationaux

Si Ismaël Margain est un ancien lauréat de prestigieux concours internationaux, d'autres pianistes, fraîchement récompensés, sont également présents au Festival. Nous avons déjà parlé de Julien Trevelyan, le plus jeune lauréat premier nommé dans l'histoire du Concours Long-Thibaud.

Dimanche 19 juin dans la matinée, c'est au tour de Nathalia Milstein d'offrir son récital. Née en 1995 à Lyon dans une famille de musiciens russes (en l'occurrence de pianistes et non de violonistes), elle est la première femme à remporter le premier prix au Concours de Dublin, en 2015. Elle poursuit actuellement ses études à Haute école de musique de Genève avec Nelson Goerner. Son programme — toccata en do mineur BWV 911 de Bach, sonate no 28 de Beethoven, trois mazurkas opus 50 de Chopin et La Valse de Ravel — fait transparaître à la fois ses grandes qualités (dynamisme, son très consistant, détermination dans l'expression…) et ses faiblesses (toucher parfois brutal, maladresse dans l'équilibre sonore, détails manquants d'attention…). C'est une pianiste qui, à notre sens, recèle un talent très intéressant dont nous avons réellement envie de suivre l'évolution.

Lukáš Vondráček. Photographie © Ugo Ponte - Orchestre national de Lille.

Le même dimanche au milieu de l'après-midi a lieu le récital tant attendu de Lukáš Vondráček, le premier prix du Concours Reine Élisabeth, en mai dernier. Deux œuvres seulement : Memories, opus 6 du compositeur tchèque Vítězslav Novák (1870-1949), comprenant trois pièces, Triste, Inquieto, Amoroso ; et la sonate en fa mineur opus 5 de Brahms. Sa capacité d'entrer d'emblée dans la musique, dans une concentration phénoménale, attire elle seule notre attention. Ses grands gestes ne sont en rien inutiles, il fait ainsi sonner idéalement l'instrument, et son expressivité très personnelle a la force de convaincre entièrement, malgré des passages parfois exagérés. La manière dont il explore la possibilité sonore de l'instrument suppose qu'il est peut-être également intéressé à l'acoustique. Nous nous demandons cependant si son interprétation, parfaitement adaptée à la forme actuelle de concert dans le contexte d'une grande salle de 2000 places, et probablement encore mieux adaptée dans des concertos avec grand orchestre, serait aussi efficace dans une salle de plus humbles dimensions.

Stapontin au Paradis
22 juin 2016

 

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bouquetin

Mercredi 29 Juin, 2016 0:26