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Concert des candidats polonais au 17e Concours international Frédéric Chopin 2015

 

12 mai 2015, Salle Cortot, Paris, par Strapontin au Paradis ——

Au moment où le Concours international Reine Élisabeth bat son plein à Bruxelles jusqu’au 30 mai, où les futurs grands violonistes rivalisent de talent, d’autres préparent leurs concours : dans un mois le Concours Tchaïkovski s’ouvre  à Moscou (piano, violon, violoncelle et chant) ; les 15 et 16 mai, les présélections du Concours Long-Thibaud-Crespin (piano) ont eu lieu à Paris, suivies d’autres étapes dans 7 autres pays (Russie, Royaume-Uni, Italie, Japon, USA, Chine, Allemagne). Quant aux Concours Chopin de Varsovie, après les sélections par pays ou par différentes régions du monde l’année dernière, les éliminatoires ont eu lieu en avril de cette année à Varsovie, rassemblant 160 candidats venus de 27 pays, parmi les 455 candidats représentant 45 pays, initialement inscrits sur dossier ; à l’issu de cette épreuve, ce nombre a été réduit à 84 prétendants qui participeront au « vrai » concours cet automne. La concurrence est rude, le niveau très élevé. Pourtant, selon une connaissance qui a assisté à tous les éliminatoires d’avril, certains candidats n’ont pas un niveau suffisant ou ont cruellement manqué de préparation.

Les trois jeunes pianistes que nous avons écoutés le 12 mai dernier Salle Cortot, n’étaient pas dans ce cas. En effet, ils ont été placés en tête du 46e concours national Frédéric Chopin qui a eu lieu au début de cette année dans la capitale polonaise. Ce sont donc trois « pur-sang » qui, avec leur prix (deux 2e prix ex æquo et le 1er prix) sont exonérés après les éliminatoires d’avril, à à l'issue desquels le jury a retenu définitivement 15 Polonais. Pour information, la Chine partage le record du nombre de participants avec, elle aussi, 15 candidats définitifs.

La soirée est organisée par l’Institut Polonais de Paris, l’Institut National Frédéric Chopin et l’association Animato dont le directeur artistique, Marian Rybicki, fait le point sur le Concours de Varsovie dans une brève allocution introductive.

Lukasz Krupinski (2e prix ex æquo du Concours national Frédéric Chopin 2015) : nocturne en ut mineur opus 48, valse en mi♭majeur opus 18, mazurka opus 59 no 3, Polonaise-Fantaisie, opus 61

Lukasz Krupinski est très grand, il a cet avantage physique qui impressionne l’auditoire ne serait-ce qu’en entrant sur scène. Il a les mains qui semblent couvrir facilement l’intervalle de do à sol redoublé, soit 12 degrés. Les trois premières pièces n’ont pas révélé son plein potentiel, et certaines lignes mélodiques de la valse ne sont pas clairement mises en valeur ; on constate par ailleurs quelque précipitation dans le thème de la mazurka. Mais dans la Polonaise-Fantaisie, il montre son génie de constructeur avec un bel équilibre entre dynamisme et délicatesse. Une grande beauté lyrique domine la partie médiane (Poco più lento), reflet de sa remarquable musicalité. En somme, une interprétation soignée, mais quelques détails manquent pour convaincre entièrement.

Krzysztof Ksiazek (2e prix ex æquo du Concours national Frédéric Chopin 2015) : prélude en ut♯ mineur, opus 45, fantaisie en fa mineur opus 49, polonaise en fa♯ mineur opus 44

Par goût personnel, nous ne pouvons pas nous empêcher de dire que la sensibilité Krzysztof Ksiazek est très proche de la nôtre. Il choisit les trois pièces de la période de maturité, toutes composées en 1841, ce qui confère une unité dans son programme. Dès les premiers accords du prélude, il entraîne la salle dans un univers onirique à travers ses progressions harmoniques si révolutionnaires, comme pour préparer la fantaisie. C’est une sorte de rêve éveillé. Il fait preuve d’une concentration rare, un petit trou de mémoire au milieu de la fantaisie ne l’empêche pas d’affirmer son talent à la fois de mélodiste et d’« harmoniste ». Au début de la polonaise, il déploie un exceptionnel sens théâtral : il fait des 8 premières mesures de l’introduction un véritable moment dramatique, poignant et empreint de fureur intérieure, annonçant de manière condensée ce qui va suivre. Il interprète chaque passage de la partition en sorte de créer un effet pianistique, tantôt spectaculaire tantôt poétique, et sait combiner tous ces caractères pour faire évoluer la musique entière vers un climax, provoquant une marée émotionnelle chez l’auditeur. C’est un véritable artisan de la musique, connaissant parfaitement toutes les facettes que présente ce compositeur, jusqu’à tel point que la musique qu’il « rend » devient totalement évidente.

Andrzej Wiercinski (1er prix du Concours national Frédéric Chopin 2015) : mazurkas opus 24 no 1 et 4, étude en la mineur opus 25 no 11, scherzos no 2 en si♭ mineur, opus 31, no 3 en ut♯ mineur opus 39

Andrzej Wiercinski est un pianiste dont le caractère diverge totalement des deux autres. La sonorité du piano est déjà très différente, très directe, comme s’il n’existait rien entre le piano et l’oreille, ce son faisant transparaître l’énergie débordante de l’interprète. Au début, cette spécificité sonore apparaît comme une certaine agressivité, mais ce n’est qu’une impression qui se dissipe assez rapidement. Après deux mazurkas en guise d’échauffement (bien que le no 4 soit une véritable « grande pièce »), il joue l’étude « Le vent d’hiver » avec une perfection surprenante, suivie de deux scherzos tout aussi somptueux. Même s’il a tendance à précipiter les passages rapides, cela ne provoque aucun effet disgracieux. Ou bien, a-t-il consciencieusement préparé l’effet de précipitation ?… Comme Krzysztof Ksiazek, il sait créer des portées pianistiques et en profiter au maximum, mais tout à fait autrement que son compatriote : son expression est beaucoup plus extravertie, mais sans exhibitionnisme, son exubérance plaît et impressionne le public.

 

Le concours s’ouvre le 1er octobre avec le concert inaugural, suivi des épreuves récital du 3 au 16 ; après le concert spécial pour l’anniversaire de la mort du compositeur le 17, le grand final aura lieu du 18 au 20, avant le verdict dans la nuit du 20 octobre. Les lauréats aux trois premiers prix donneront leurs concerts, dans la foulée, du 21 au 23 octobre, avant de partir en tournée en novembre et en décembre. Avec un tel calendrier, il est nécessaire d’être également un bon athlète !

Strapontin au Paradis
12 mai 2015

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