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« Le carnaval des animaux » de Camille Saint-Saëns

 

Camille Saint-Saëns

Le Carnaval des animaux, magnifique exercice de style, a été composé par Camille Saint-Saëns au tout début de l'année 1886 (sa mère meurt quelques mois plus tard), après une tournée à Berlin, Cassel, Prague, qui ne s'est pas toujours bien passée en raison de son antiwagnérisme virulent.

Il se détend dans un village proche de Vienne en Autriche, et boucle ce chef-d'œuvre de musique et d'humour en quelques jours.

Il s'agit d'une suite de 14 mouvements de courte durée (quelques dizaines de secondes pour les plus courts, 6 ou 7 minutes pour les rares plus longs), s'inspirant chacun d'un animal et jouant avec virtuosité avec des citations facétieuses.

L'instrumentation est originale : 2 pianos, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, clarinette harmonica (célesta) et xylophone. L'orchestration est différente pour chaque mouvement, l'orchestre étant au complet pour le dernier mouvement.

Selon la biographie de Saint-Saëns par Georges Servières en 1923, Le carnaval des animaux a été joué en privé le 9 mars 1886, pour le Mardi gras, chez le violoncelliste Charles Joseph Lebouc (on croirait une blague). Il aurait été redonné en l'honneur de Franz Liszt (ami de Saint-Saëns) le 2 avril suivant chez Pauline Viardot.

Pour une raison ou une autre, Saint-Saëns en interdit toute interprétation publique à l'exception du devenu célèbre « Cygne » (no 13). Ce n'est qu'après la mort du compositeur, en 1921, que ce joyau put être diffusé.

Camille Saint-Saëns, Le carnaval des animaux.

Partition

Biographie de Camille Saint-Saëns

Les mouvements

Introduction et marche royale du lion : 2 pianos et cordes — La marche commence après une courte introduction où les trilles dominent. Les traits chromatiques au piano peuvent évoquer les rugissements des fauves.

Poules et coqs : 2 pianos, clarinette, violons, alto — On est dans l'imitation du caquetage et de la clarinette cocorisante. Un solide et bref accord y met fin.

Hémiones : 2 pianos — Les hémiones sont des ânes sauvages d'Asie. Un animal rapide, comme le Presto de la partition, particulièrement virtuose pour les pianistes.

Tortues : Cordes, piano — Bien entendu, on s'oppose ici à la rapidité des hémiones, mais de façon très amusante, puisque ce mouvement est construit sur l'air célèbre et très ralenti du quadrille d'Orphée aux Enfers d'Offenbach, le célèbre « French Cancan ».

L'éléphant : Piano et contrebasse — Parodie de la Danse des sylphes d'Hector Berlioz (contrebasse), là encore, comme le « French Cancan » à contre-emploi, et une allusion au Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn.

Kangourous : 2 pianos — Un mouvement imitatif des sauts de l'animal et de ses arrêts.

Aquarium : 2 pianos, flûte, célesta, violons, alto, violoncelle — Tout le monde a entendu ce mouvement, dans des publicités, dans le jeu Mario Bross. De toute manière on peut oublier l'extraordinaire effet (de bulles ?).

Personnages à longues oreilles : violons — C'est l'âne, on y imite ses braiments. C'est le mouvement le plus court.

Le coucou au fond des bois : 2 pianos, clarinette (depuis la coulisse) — Mouvement plutôt poétique ou le coucou clarinette imperturbable réitère sa tierce descendante.

La volière : 2 pianos, flûte, cordes.

Pianistes : 2 pianos, cordes — Une pochade où le pianiste est prié de ne pas réussir ses exercices de gammes et de tierces.

Fossiles : 2 pianos, xylophone, clarinette, cordes — On y reconnaît sa célèbre Danse macabre, J'ai du bon tabac, Ah vous dirais-je Maman, de Mozart, Au clair de la Lune, En partant pour la Syrie, un air de Rosine (« una voce poco fa ») du Barbier de Séville de Rossini.

Le cygne : 2 pianos, violoncelle

Finale : Tutti — La parade, synthèse ou strette de tout ce qui précède.

Le texte de Francis Blanche

Francis Blanche a écrit une poésie, souvent attachée à la musique de Saint-Saëns, pour introduire l'œuvre et ses épisodes.

Au jardin des plantes,
Ainsi nommé d'ailleurs
À cause des animaux
Qu'on y a rassemblés,
Au jardin des plantes,
Une étrange ardeur semble régner.
On décore. On festonne.
On visse. On cloue. On plante.
Le castor construit des tréteaux.
La grue porte des fardeaux.
Le python accroche des tableaux.
Car ce soir, au Jardin des plantes,
C'est la grand-fête éblouissante :
Le Carnaval des Animaux.
Tout est prêt. La Foule se masse.
L'orchestre, à pas de loup,
Discrètement se place.
L'éléphant prend sa trompe,
Le cerf son cor de chasse.
Et voici que soudain
Monte dans le silence
Pour le plaisir de nos cinq sens
La musique du Maître Saint-Saëns.

Soudain, Vive le Roi !
Et l'on voit,
La crinière en arrière,
Entrer le lion,
Très britannique...
La mine altière,
Vêtu de soieries
Aux tons chatoyants :
Soieries de Lyon, évidemment.
Il est fort élégant,
Mais très timide aussi.
À la moindre vétille, il rougit
Comme une jeune fille !
Peuple des animaux
É coute-le, tais-toi.
Laisse faire Saint-Saëns
La Musique est ton roi.

Gens de cour et gens de plumes
Voici les poules et les coqs!
Basse-cour et courtes plumes
Ils sont bien de notre époque.
Les uns crient cocorico très haut.
Les autres gloussent
Et caquètent, très bêtes.

Un hémione, c'est un cheval.
Des hémiones, ce sont des chevaux.
L'hémione est un bel animal.
Les hémiones de fiers animaux.
Il trotte comme un vrai cheval.
Ils galopent comme de vrais chevaux.
Il tombe sans se faire grand mal,
Se relève sans dire de gros mots.
Et si l'hémione est un cheval,
Si les hémiones sont des chevaux,
Il a, comme tous les animaux,
Ils ont, comme tous les animaux,
Leur place dans notre carnaval,
Comme dans tous les carnavaux!

Au carnaval, une fois l'an,
Les tortues dansent le cancan
Et sous leur monture d'écailles
Elles transpirent. Elles travaillent.
Elles se hâtent avec lenteur.
Mais... quand vous verrez,
Spectateurs,
Danser ce galop d'Offenbach
Au rythme de Sébastien Bach
Vous comprendrez qu'il ne faut
Point jouer avec son embonpoint
Et qu'il vaut mieux courir
Que de partir à point !

Les éléphants sont des enfants
Qui font tout ce qu'on leur défend.
Car pour l'éléphant les défenses,
Depuis le fin fond de l'enfance,
Ça se confond avec les dents.
Tous légers, malgré leurs dix tonnes.
Comme des collégiens de Cambridge ou d'Eton,
Les éléphants sont des enfants
Et qui se trompent énormément.

Athlètes universels
Comme en vain on en cherche,
Voici le Kangourou !
Redoutable boxeur,
Recordman du saut en longueur
Et champion du saut à la perche.
Oui, quand de l'Australie
Tu quitteras la brousse,
Nos sportifs, près de toi,
Deviendront des fantoches !
Kangourou, tu les mettras
Tous dans ta poche !

De la baleine à la sardine
Et du poisson rouge à l'anchois,
Dans le fond de l'eau,
Chacun dîne d'un plus petit que soi.
Oui, la coutume singulière
De cette lutte à mort
Dans les algues légères
Fait frémir en surface
Notre âme hospitalière.
Mais, au fond, c'est la vie
Quand on veut bien chercher
Et que celui qui n'a jamais pêché
Jette aux poissons la première pierre!

Las d'être une bête de somme
Dont on se moque à demi-mot
Au Carnaval des Animaux
L'âne s'est mis un bonnet d'homme!

Jouant à cache-cache
Avec on ne sait qui,
Le coucou, vieil apache,
Vient de voler un nid.
Usurpant une place,
Détruisant un bonheur,
C'est le coucou vorace
Dont les maris ont peur.
Et chacun soupire à part soi
Que le son du coucou
Est triste au fond des bois.

Étourneaux, martinets,
Merles et rossignols,
Serins et canaris,
Alouettes et arondes,
Volez ! Gentils oiseaux ! Chantez !
Personne au monde ne vous condamnera
Pour chantage ou pour vol !

Quel drôle d'animal !
On dirait un artiste.
Mais dans les récitals
On l'appelle pianiste.
Ce mammifère concertivore digitigrade
Vit le plus souvent au haut d'une estrade.
Il a des yeux de lynx
Et une queue de pie.
Il se nourrit de gammes
Et ce qui est bien pis
Dans les vieux salons
Il se reproduit mieux que les souris !
Près de son clavier, il vit en soliste.
Cependant, sa chair est peu appréciée.
Amateurs de gibiers
Chasseurs sachez chasser !
Ne tirez pas sur le pianiste !

Sortis spécialement de leur muséum
Messieurs les fossiles :
Les iguanodons, les mégathériums
Les ptérodactyles, ichtyosaures,
Nabuchodonosor!
Et autres trésors
Des temps révolus,
Sont venus simplement.
Pour prendre l'air,
L'ère quaternaire, bien entendu !
Et sous les candélabres
Ces corps qui se délabrent
Éparpillent leurs vertèbres
Dans tous les sens
Les fossiles ont tourné
Sur la danse macabre de Saint-Saëns!

Comme un point d'interrogation
Tout blanc sur le fond
De l'eau verte.
Le cygne, c'est la porte ouverte
À toutes les visions.

Et maintenant ça y est !
La fête se déchaîne
Les animaux oublient
Les grilles et les chaînes.
On danse, on fraternise.
Le loup avec l'agneau
Le renard avec le corbeau
Le tigre avec le chevreau
Et le pou avec l'araignée
Et le manche avec la cognée!
Comme c'est joyeux ! Comme c'est beau !
Le Carnaval des Animaux !

 

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